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Avant-propos
L’ignorance porte à croire et à prier,
la connaissance à prier de croire.
par willy bohane

Table des Matières

    Humanité
    Homo Conscius
    On rassemble des os, on mesure des crânes, mais pas un mot sur l'origine de la conscience, tapie dans l'amas de tissu tout aussi mystérieux qui nous sert de cerveau et sans lequel, excusez du peu, l'humain ne serait pas humain. Ben oui, il peut rester humain sans un bras, un poumon, certaines glandes, sans un rein ou même les deux, bref, sans plein de choses, mais pas sans un cœur qui bat et une conscience éveillée, cette étrange batterie immatérielle tapie dans cette matière grise bardée de circuits électrochimiques qui, lorsque l'univers l'anime de son énergie, dirige le monde et dont les dons s'estompent en l'absence du souffle de son propriétaire. Batterie dont les corps sans vie se démunissent en un rien de temps ne laissant aux reliques que des espaces vides, incapables de témoigner, ne serait-ce que de son existence passée.   
    
    Alors comment savoir ce qu'il était de cette conscience et de l'intelligence qui va avec puisque les paléoanthropologues, ces experts en reliques humaines, sont hors de leur juridiction : pas de restes, pas d'expertise. Il s'avère que le seul moyen de se faire plaisir ou de se prendre au sérieux lorsqu'on est en charge du passé, c'est bizarrement de s'inventer une histoire plausible. Ce n'est pas une démarche très scientifique, mais dans le cas précis de la conscience, ou même de l'univers lui-même, en fait, il faut admettre qu'il n'existe aucune autre solution. En astrologie on parle plutôt de théorie, le principe est identique.   
    
    Ce qui nous rappelle, en passant, que les élucubrations des premiers philosophes posent bien les premières pierres de la pensée scientifique et par conséquent aussi celles de la science. L'Histoire, (cette fois avec un grand H) n'est pas avare d'éloges à l'égard des grands esprits grecs comme Thalès, Anaximandre de Milet, Pythagore, Aristote ou Archimède, références incontournables de cette pensée. Car comment inventer la science sans y penser ? La fameuse réaction de Newton, anecdotique ou pas, n'était-elle pas de se demander, assis sous un pommier, pourquoi une pomme était tombée à terre et non autre part ? Il faut citer Einstein aussi qui, malgré ses titres universitaires et sa renommée de grand physicien, était le maître absolu des expériences de pensée qui, très reconnaissantes, lui rendirent bien la politesse en le couronnant d'une éternelle aura.  
    
    Une histoire disais-je, pour pallier au total blackout qui illustre la conscience du passé. Quelque chose comme l'Hominisation, par exemple. Oui, le nom sonne bien et préfigure parfaitement le passage silencieux de l'animal à l'Homme, ainsi que la place d'honneur qu'occupe la conscience de soi dans la définition et la qualification de l'humain. Qualification dont on parle déjà depuis la Grèce Antique et le Moyen-âge, mais qui deviendra débat surtout depuis qu'en 1534, François Rabelais utilise l'aphorisme Propre de l’Homme dans l’avis aux lecteurs ouvrant Gargantua.  
    
    Puis, au fil du temps, échappant aux érudits pour s’infiltrer dans la langue courante, tantôt définition sérieuse, tantôt fourre-tout philosophique, ce Propre de l’Homme devint un épuisoir à convictions où chacun projette ce qu’il veut croire de l’humain, proposant termes et formules improbables, mais probables quand-même, disposées en listes interminables :  
     Parole, raison, expérience de la mort, deuil, culture, institution, technique, vêtement, mensonge, feinte de la feinte, effacement de la trace, don, rire, pleur, respect… etc. – L’humain y devient un millefeuille moral à la carte et la liste est nécessairement infinie… (Derrida, J. 2006. L’animal que donc je suis.)    
    On y trouve aussi des essais comme Le rire, essai sur la signification du comique, des commentaires de Hegel qui tend à vouloir oublier ou faire oublier le passé animal de l'Homme au profit d’une identité à l’aura plus prononcée. Il y a aussi des jugements malveillants inhérents aux aléas de l'intelligence humaine comme la stupidité, la cupidité, la vanité, la haine, l’inhumanité, l’égocentrisme... qui évidemment débouchent sur l'usage des stupéfiants, le génocide ou l'extermination en masse de Charmetant et qui alimentent ainsi le fonds de commerce de ses détracteurs.   
    
    La liste des propriétés, attributs, prouesses ou méfaits de l’Homme est immense, et ce jeu des comparaisons vise toujours à le distinguer — ou pas— de l’animal, selon qu’on adopte une perspective zoocentriste, antispéciste ou spéciste. Ce débat, très vif depuis les années 1970, reste pourtant latéral : il est surtout convoqué par les défenseurs de la supériorité humaine, les spécistes, qui cherchent à la justifier par les qualités énumérées ci‑dessus — qualités qui n’ont pourtant rien à voir avec la question centrale de l’antispécisme, à savoir la considération morale des animaux. 
    
    Alors en quoi la comparaison directe avec l’Homme est-elle utile si, à l’œil nu, on voit bien que les chimpanzés ne sont pas férus de physique quantique ? En rien effectivement, sinon à chercher maladroitement à distinguer l’Homme, ou pour certains, à le désavouer. Résultat, l’actuel propre de l’homme accumule, dans nombre d'ouvrages, des comparaisons sans limites et surtout sans réel intérêt, comme s’il existait juste pour le plaisir de parler comme on le fait, un soir sombre et pluvieux, au coin du feu, une fine à la main.   
    
    Si cela peut tranquilliser les spécistes, il n'est pas impossible que le cerveau de l'Homme, terrain d’investigation certes très peu propice aux confidences quoique grand architecte de sa suprématie intellectuelle, puisse faire quelque révélation assez révolutionnaire, nous affirme Cécile Charrier, chercheuse à l’Inserm, qui montre qu’un gène spécifiquement humain dont le nom est un poème : SRGAP2C, est à l’origine de caractéristiques typiquement humaines et donc uniques dans la faune terrestre.   
    
    Selon cette histoire donc, la conscience apparaît il y a des millénaires, sur une période certainement très longue que l'on nommera Hominisation. Et, si je ne me trompe, je pourrai qualifier d'Oublié, cet être pensant qui réussit progressivement à se faire une opinion de lui-même. On l'a carrément laissé sur le bas-côté à force de ne trouver que des reliques osseuses pour recomposer les quelques squelettes qui alimentent les musées et qui, plaçant à leur sommet des crânes évidés et muets, permettent à la science de supposer l'existence d'êtres qui peuplèrent la Terre avant nous. Eh donc, cet Oublié n'apparaît nulle part. Ni dans les livres d'école, ni dans les manuels de sciences naturelles, ni dans la mémoire collective des Hommes d'aujourd'hui, bien conscients eux, mais innocemment à l'obscur de la conscience qu'ils acquirent jadis. À ce stade, je pense qu'il soit primordial de comprendre que Sapiens et ses prédécesseurs sont des définitions incomplètes et qu'un terme comme Conscius (du latin : conscient) pourrait, pour plus de clarté, accompagner le nom des espèces propriétaires d'une conscience de soi selon les artefacts qui lui sont attribués. Tant qu'à se raconter une histoire, autant le faire comme il faut et que tout le monde en profite. Une option pourrait donc être d’ajouter le suffixe aux espèces concernées comme, par exemple : Homo neanderthalensis-conscius, en définissant, au préalable, ce que l'on pense que Conscius pourrait signifier. Si, en outre, par le plus pur des hasards, il arrivait à la science d'identifier des marqueurs biologiques ou archéologiques fiables de cette conscience, il serait bien sûr d'autant plus justifié d’envisager une révision de la nomenclature pour refléter cette capacité cognitive majeure.   
    
    Il est fort probable qu'on ne saura jamais qui, de ces ossements du passé, est devenu Homo Conscius, mais ceci ne remet pas en cause son existence dont, sans l'ombre d'un doute, nous sommes les héritiers directs.  En l'absence de cette reconnaissance scientifique, disons que Homo Conscius suffira, même si le physique anthropologique, par définition, de bien moindre importance, n'est pas spécifié.   
    
    Néanmoins, c'est suite à cette inimaginable hominisation, qu'Homo Conscius s'aperçoit de vivre, qu'il se découvre, que des sensations se manifestent dans sa tête et, quoiqu'elles guident ses pas, ses gestes et ses faits, il ne saurait les identifier. Tout ce qu'il entreprend, depuis, ou presque tout, mis à part les indéfectibles sursauts instinctifs persistants, suit ce flux d'idées, de pensées, de réflexions. Il perçoit que quelque chose vient épauler le seul instinct animal qui animait tout son être :  
    
    Ce matin-là, Homo Conscius cesse de ne réagir qu'en animal. Des pensées commencent à habiter son crâne, transformant certains de ses instincts en regard hagard, en impressions, en éveil singulier. Son avenir lui apparaît chargé d’appréhensions et de projets. Son interprétation du monde s’imbibe de sentiments jusque-là ignorés. Il ne maîtrise pas encore sa pensée et pourtant, l’étrange lucidité qui désormais s’empare de son esprit augure de la plus inimaginable, la plus fascinante et peut-être la plus cruelle des mutations que l’Univers ait opérées. Le jour commençait à éclairer la colline. Il lève les yeux au ciel, flaire l’orage et s’abrite.   
    
    Il sait être resté le seul mâle du clan, l'assaut d’un fauve lui serait fatal. Il a déjà vu ses aînés combattre. Lorsque l’eau tombe du ciel, il s’abrite, lorsqu'il a froid, il se couvre, lorsqu'il est attaqué, il se défend et lorsqu'il a faim, il traque tout ce qui bouge s'il en sent la relative faiblesse. Il vit instinctivement, perpétuant les gestes de ses ancêtres et, dans cet immense désert céleste clairsemé de lueurs lointaines, il reconnaît sa solitude. Le jour se couche, le jour se lève, c’est tout ce qu'il sait du temps qui passe. 
        
    Puis un soir, éreinté par une harassante journée de chasse comme il en a déjà connues, il s’allonge pour la petite mort qui, d'habitude, dure jusqu’au jour nouveau, mais ne trouve pas le sommeil. Pour la première fois, sa poitrine bat et résonne dans ses oreilles. Dans sa tête, il revoit des images et son estomac se serre comme le fit, avant de s’enfuir, la gueule de ce fauve sur le cou de son frère.  
    
    Il n’est pas à côté de lui, ce soir, pour la petite mort de la nuit tombée. Il gît encore quelque part sous les arbres. La grande mort l’a frappé et, le jour venu, il ne se lèvera plus. Mais cette fois, c’est différent, il sent qu'il ne peut pas le laisser en proie aux charognards. Malgré le danger de la nuit, il se lève et sort de la grotte à sa recherche puis le ramène sur son dos, creuse un énorme trou non loin de sa couche et l’y dépose avant de le recouvrir de terre. Là, les fauves ne le trouveront pas, sa grande mort sera paisible. Il retourne s’allonger auprès de son clan et, finalement, s'endort.   
    
    Cela ne s'est probablement pas passé comme dans cette petite escapade romanesque, mais cette métamorphose a bel et bien existé et j'aurais payé cher pour y assister. Certes, il n'était sans doute pas si court, mais ce qui est sûr, c'est que Homo Conscius est bien le maillon manquant de la science évolutionniste. Sans lui, la Lune serait restée anonyme et vierge de tout drapeau. Nul ne pourrait témoigner de l’existence de l’Univers. Les Hommes ne seraient que des beaux gosses bipèdes avec un QI de singe, incapables de laisser, outre son squelette, quoi que ce soit à la postérité. Premier interprète du savoir, premier penseur conscient de penser, aurait dit Descartes, il incarne la parenthèse évolutive au cœur de laquelle son cerveau, fraîchement mature, l’a téléporté.
        
    Des milliers d'années se sont écoulées depuis cet avènement et non, on ne sait toujours pas le dater : pas les moindres neurones ou synapses à se mettre sous le microscope pour témoigner de son apparition ou de l'époque de son émergence. Au fond, ce n'est pas vraiment un problème. Il n'est pas la seule chose à ne pouvoir être localisée dans le temps ou dans l'espace. L'univers regorge de mystères bien plus intrigants qu'une existence sans pedigree et il est notoire que la science n'attend pas après ces lumières pour résoudre nombre de questions. Une telle amnésie systémique n'empêche pas l'humanité de se construire et les caprices de l'univers échappent tellement à tout contrôle qu'en définitive, l'Homme a appris à s'en accommoder. Comme de cette parenthèse. 
    
    Parenthèse évolutive qu'il incarne dans l'histoire connue de l'univers et qui dérange autant que la lampe désuète que les détectives pointaient sur le visage de leurs suspects dans les films américains des années soixante. On a envie de sortir du champ de sa lumière pour en savoir plus sur celui qui la tient, sur ce qui nous a fait Hommes et nous fait respirer. Ça crève les yeux, l'humanité ne se plaît pas dans son rôle de farce divine, d’erreur de programmation ou de dérapage incontrôlé, sa perplexité reste intacte, quelle que soit son époque.  Cette parenthèse n'était pas prévue quoique, dans l'univers, rien ne le soit vraiment. J'entends qu'elle aurait pu aussi ne jamais se produire et que ce monde aurait continué son existence comme si de rien n'était, sans témoignage humain, tout comme pendant les treize milliards d'années qui, selon les astrophysiciens, précédèrent son apparition. Mais parenthèse qui revêt tout de même le destin d'une véritable plaie, puisqu'elle condamne l'Homme conscient à perdre son insouciance et à assister au spectacle de son existence, à ses joies, oui, mais aussi à ses scènes les plus tristes. Spectacle dont, souvent, il se serait bien passé. Elle lui dévoile sa mort future dont, tant qu'il était animal, il ne se doutait pas, bien que son instinct lui suggérait ponctuellement   les dangers qui l'affolaient. La perte d’un proche, jadis balayé d’un coup de griffe, devient un gouffre d’empathie, un malaise communautaire parfois bien plus pesant qu’une blessure physique. L'angoisse du lendemain tourne au cauchemar quotidien, toujours à son chevet pour lui rappeler le prix exorbitant de la santé, de sa liberté et de son indépendance et aussi de la paix.  
    
    Une plaie dont il est, sur Terre, la seule espèce connue à devoir supporter et qui suppurera sans répit jusqu’à son dernier soupir. À bon entendeur, salut!, lui murmure l'univers, sans se douter qu'il est, en réalité, le premier à comprendre qu'il existe.  
    
    Jusqu'à Homo Conscius, l'univers n'existait pour personne. Donc il n'existait pas.  
      
    Et c'est lui qui, si la science, en plus de mesurer des os, avait mentionné l'importance de sa conscience, aurait pu éviter ce débat sur le Propre de l'Homme.  Sa définition n'est tapie ni dans les récits flatteurs ou diffamatoires des uns et des autres, ni dans les dissimilitudes comportementales, comme le rire, des Hommes et des animaux. Elle s'exprime surtout dans sa perception singulière des paramètres universels, la matière, l'espace et le temps, paramètres qui firent de l'animal un Homme et d'Einstein, des millénaires plus tard, l'étoile montante de la science moderne en élaborant, avec une définition rigoureuse, ses théories sur la relativité. Ce n'est pas un secret pour les astrophysiciens et Jacques Reisse l'écrit :  
    
    Le temps, l’espace et le couple énergie-matière constituent les seuls composants de notre Univers en ce sens que toute description de cet Univers, à quelque niveau que ce soit, fait appel explicitement ou implicitement à ces notions.  
    Pour Homo Concius, on se doute bien qu'il n'est pas question de paramètres, mais il n'en est pas moins le premier découvreur de ces concepts dont il va, par ces gestes, exprimer l'appréhension :   
    Celle de l'espace, en évaluant les distances ou la grandeur d'une montagne alors qu'un animal ne la différencie pas cognitivement du plat.  
    Celle de la matière, lorsqu'il fabrique des outils dont la dureté lui procure une certaine supériorité pour chasser. Puis depuis les premières sépultures par lesquelles il distingue clairement les morts des vivants au point de les enterrer sans chanceler devant l'étrangeté ou la dangerosité du geste.  
    Les mêmes sépultures nous informent qu'il perçoit le temps, qu'il évalue par la perte d'un proche qui ne reviendra pas.   
    
    Le Propre de l’Homme est bien une faculté très singulière d'exploiter les paramètres universels, distinguo inaccessible aux animaux. On peut donc remplacer, sans complexe, l'imbroglio des supputations de salons en statuant que :  
    
    Quiconque connait la matière, l’espace et le temps, n'est plus un animal. 
    
    de la Croyance
    Cela dit, il n'en reste pas moins que la conscience, ce cadeau empoisonné qui n'a rien du salut, se résume plutôt à une espèce de pic en travers de la cuisse d'un manchot. Conscius devra faire avec cette nouvelle perception. S'adapter, changer son mode de vie, ses habitudes. Il devra se protéger et protéger les siens, réfléchir avant d'agir. Mais son esprit s'aiguise trop lentement et, vu le poids démesuré du tourment et de la tâche, sa conscience s'opacifie, paralysant ainsi ses facultés de réflexion. C'est l'impasse. Trop d'idées se bousculent dans sa tête, alors, il lève les yeux au ciel comme pour hurler qu'il préférait ne pas savoir. C'est la prière.
    
    
    C'était prévu. La nature avait tout prévu. Elle n'attendait que son signal, son appel de détresse. Elle va le libérer, l'épauler. Comme elle l'a toujours fait d'ailleurs, pour toutes ses créatures. Elle ne laissera pas Homo Conscius nu et désarmé sur le seuil de ce portail béant que la conscience incarne. Il faut le mettre à l'abri du savoir qui désormais l'agresse, pénètre son cerveau sans préavis, sans bruit, sans odeur, sans substance. Il faut lui éviter le contact incandescent de la connaissance soudaine : 
    Devoir mourir un jour, n'est pas : savoir qu'on va mourir. 
    
    C'est pour ça que les médecins mentent à leurs patients. Que le cerveau lui-même, lorsque le danger ou la douleur menace, sait déformer l'information néfaste, créer des amnésies afin de repousser tant bien que mal les limites de la tolérance avant, dans les cas extrêmes, de se déconnecter et plonger l'esprit dans un coma qu'il souhaite réparateur. Le savoir, la connaissance, la conscience des choses, bien que parfaitement impalpables, exposent l'esprit à tous les dangers et seul un antidote savamment préparé à affronter les idées noires, les baisses de moral, les dépressions, peut enrayer ses agressions : la croyance. 
    
    Au sortir de sa peau de bête, Conscius doit désormais être protégé de sa conscience. Jusque là, lorsqu'une lionne déchiquetait une biche, il ne voyait  qu'un fauve affamé qui assumait son quotidien de chasseur. Aujourd'hui il voit aussi une biche innocente et désarmée qui n'aura pas vécu assez longtemps juste parce que sa mère, pour un moment, la perdit de vue. Son effroi se concrétise désormais, l'empathie le terrasse et l'incite à devenir plus craintif pour les siens, pour lui… La vie en somme, la vie des humains, le tracas. L'humanisme aussi, qui le transforme.
     
    Alors oui, la croyance résume et investit parfaitement la réponse de la nature. C'est dans cet exercice de protection qu'elle excelle. Elle l'a déjà fait avec le système immunitaire, la croyance n’est autre que celui de l'esprit sous forme d'une énorme perméabilité, ou d'une énorme réservoir, comme il plaira de se l'imaginer, qui permettra de stocker les idées à destinées à endiguer les tentatives incessantes de sa conscience de nuire à son fragile équilibre. Elle n’est donc pas un credo, un objet, un totem ou un dieu, mais bien un organe à part entière, un coffre-fort immatériel au sein d'une conscience immatérielle. Sans elle, les venins silencieux de la crainte entraîneraient vers le fond quiconque ne serait pas suffisamment armé pour affronter la vie.
     
    La croyance n’est pas non plus une option philosophique ou un choix personnel, mais bien une condition sine qua non de sa santé physique et spirituelle de l'Homme. Une chose est sûre, sans cette main tendue que la croyance incarne, qui pardonne les erreurs et nourrit les espoirs, sa vie, ne serait pas imaginable.  Les fleurs d’un jardinier ne décident ni d’être plantées, ni d’être coupées. Elles subissent simplement, sans réagir, sans jamais se plaindre, se montrant autant que possible jolies et parfumées. Et, lorsque le jardinier les sent un peu défraîchies ou désuètes, il en sectionne la tige, sans la moindre hésitation. Il plante, fait naître, cultive bien ou mal, fait souffrir peu ou prou, puis fait mourir. Pas toujours de vieillesse. Pas toujours au  bon moment. Comme l'univers pour les humains.
    
    
    Son nouveau chemin est parsemé d'embuches :  premier être conscient de soi, Homo Conscius va devoir aussi répondre à l'évidente question : Qui suis-je ?. L'animal qu'il était ignorait cet écueil : La vache qui regarde le train passer, ne sait toujours pas ce qu'est un train et ne le saura probablement jamais. Pour l'Homme, en revanche, la question se pose et le cours de sa vie dépendra de la couleur qu'il attribuera à cette question et à sa réponse qui, sans nul doute éternellement insatisfaite, influencera ses choix, son mode de vie, son regard sur les autres.
    
    
    Avec la croyance, Homo Conscius pourra s’en donner à cœur joie, s’investir dans l'apaisement de cette conscience trop sollicitée, mettre sa vie en scène, transformer son quotidien en un théâtre de marionnettes pour exorciser l'épouvante qui parfois le séquestre. Il pourra se construire un monde imaginaire à mesure de ses connaissances afin d'adoucir la nuit de cet inévitable crépuscule, y faisant même naître, au bout du tunnel, un espoir, une autre lueur. Celle d’une vie après la vie, histoire de ne jamais disparaître définitivement.
    
    Mais évidemment, toutes les médailles ont un revers, et celui de la croyance est aussi néfaste que son avers est bénéfique. C’est en effet bien trop souvent à coups de n’importe quoi qu’elle calme les pourquoi, contant le tout et le rien, mentant, berçant de fables souvent aussi maléfiques que séduisantes. Autant les anticorps sont pointus et perfectionnistes dans leurs combats biologiques, autant la croyance, censée protéger l'esprit du blues, est perméable et infidèle et en cela, elle a plus de la mare stagnante et microbienne que du lac bleu azur. Tout et tous peuvent la pénétrer, l’influencer, la manipuler. Elle ne demande qu’à croire, et bien que bouclier par définition, elle va interpréter, par sa chronique porosité, son rôle le moins estimable : servir de creuset aussi bien aux cultes, sectes, chamans, astrologues et voyants en tout genre qui, tout au long de l’histoire humaine vont y déverser leurs rituels, prières, totems, icônes et autres amulettes, qu'aux idéalismes les plus extrêmes, fruits des cerveaux malsains ou dangereux de certains Attila, Hitler, Staline ou autres religieux fanatiques tel Torquemada ou ses collègues de l'horreur les Ayatollah en tout genre. La croyance leur laissera le champ libre pour la pénétrer, s'y installer confortablement et pour convaincre les uns de massacrer les autres, perpétuant ainsi une l’histoire qui jamais ne manqua de combats chargés de credo discutables ou carrément pourris. 
    
    du Dilemme
     J'ai mal à ma conscience,  pourrait hurler Conscius tant le dilemme est ardu, tant l'inconnu est vaste et perturbant, tant la nature est injuste de lui imposer ce choix. Il est vrai qu'esquiver l'évidence, se jouer la pièce d’une autre réalité, se convaincre que la vie dure au-delà de la vie et que, par conséquent, la mort est le début d’autre chose peut être très tentant, en effet. Aussi tentant que son contraire, le Deus sive Natura, de Spinoza, celui d'accepter la nature comme elle est, de résister à la tentation des credo qui, en fin de compte, sont des histoires qu'on se raconte pour ne pas affronter notre faiblesse. 
    
    C'est par ce choix de vie qu'après le genre qui partage naturellement l'humanité en hommes et femmes, l'individu va se distinguer et décider de sa façon d'interagir avec les forces de la nature. Avec ou sans aide spirituelle : 
    D’un côté les acceptationnistes ou athées comme Macchiavelli, Da Vinci, Freud Oscar Wilde ou Einstein, prêts à s'accepter tel que l'univers les a créés, à regarder l’absurde en face et à embrasser l’inconfort de la parenthèse conscientielle et temporaire qu'ils incarnent. Pour le dire simplement, prêts à ne croire en rien d'autre que ce que leurs cinq sens  suggèrent. Ne pas se méprendre sur les sens, en revanche, ils font partie des credo dont la croyance se nourrit. Je veux dire que la non-croyance en une idéologie mystique n'implique pas la non-croyance tout court. Même les bébés semblent croire en s'arrêtant de pleurer lorsqu'ils perçoivent que leur mère vient de les prendre dans ses bras. Les sensations que les sens provoquent sont des preuves de l'existence et donc font partie des croyances, l'adage est clair : Je ne crois que ce que je vois. Ainsi, les acceptationnistes pour lesquels les credo mystiques sont bannis, croient tout de même à leurs sensations sensorielles, ce qui fait d'eux des croyants à part entière.
    Et de l’autre, les récusationnistes ou croyants, ceux qui, récusant la crudité simple et sans filtres de la nature, préfèrent les leurres. Ils se créent un monde imaginaire et mystique pour avancer sur des rails sans failles de peur de s’égarer dans l’immensité du monde, sa mixité, son infinitude. Ils dessinent eux-mêmes les barreaux de leur cage, par prudence ou par foi, et la défendent bec et ongles — au nom d’une descendance qu’ils croient, à tort ou à raison, pouvoir prémunir du chaos.
    
    Pléthore de philosophes se sont penchés sur le sort de l’humanité. De Platon à Foucault en passant par Nietzsche et son "surhomme", ou encore Cioran qui la traitait d’erreur tragique de la nature. Une erreur, en effet, un dérapage évolutif. Même s'il peut sembler que l’Univers ne se trompe pas, ses objets n'ont rien de logique, d'où certains à-côtés incongrus. L’humanité pourrait bien être cela : un effet secondaire, un sixième doigt inutile, mal soudé à une main cosmique. Humanité si rare, d’ailleurs, que nulle autre planète voisine ou connue ne semble l’avoir héritée. Lorsqu'on a compris l'étrangeté que le vivant représente dans un univers si glacial et glaçant, si hostile et secret qu'il lui fallu plusieurs milliards d'années avant d'éclore, les questions n'ont plus de sens. L'humanité n'avait simplement rien à y faire et son malaise devient son naturel.
    
    Les récusationnistes, selon les credo naissant dans chacune des contrées du monde, vont s'organiser  : cultes et religions vont identifier chaque peuple, chaque tribu, chaque clan, ou qu’il soit sur la planète et quelle que soit son origine. Presqu'indénombrables, ils vont du totémisme aux cultes animaliers ou théistes... Certains, peu conventionnels comme la rencontre avec un extraterrestre chez les Raëliens, la sacro-sainte B.A. de fumer de la marijuana parce qu'elle pousse sur la tombe du roi Salomon pour les Rastafariens, le suicide collectif pour les adeptes du Temple Solaire ou l’escroquerie en bande organisée dont la Scientologie fut accusée, mais toutes ont un mode opératoire commun : l’exploitation à outrance de la croyance humaine, ce système, nous l'avons vu, malheureusement aussi défaillant qu’immunitaire. La liste ci-dessous, bien que non-exhaustive, en donne un aperçu. (Il n’est pas vraiment important de la lire, mais plutôt de prendre acte de son amplitude)
    
    Christianisme, islam, judaïsme, bahaïsme, hindouisme, bouddhisme, religion populaire chinoise, taoïsme, confucianisme, dieu chinois, Yin-Yang, courant syncrétiste, jainisme, sikhisme, bouddhisme Nichiren, bouddhisme Shingon, bouddhisme Tendai,· bouddhisme de la Terre Pure, bouddhisme Zen, shintoïsme, Shugendō, Bön, caodaïsme, Hòa Hảo, javanisme, zoroastrisme, Bwiti, Candomblé, Macumba, Quimbanda, Kenbwa, rastafarisme, Santeria, Sérère, Umbanda, Vaudou Ásatrú, Cananéisme, Ellinais, Hellénisme, Kémitisme, Néo-druidisme, Nova Roma, Wicca, Aladura, Alliance universelle, Amish, Amis de l'homme, Antoinisme, Assemblées de Dieu, Communauté des chrétiens, Église de l'unification (Moon), Églises du Christ internationales, Église néo-apostolique, Église universelle du royaume de Dieu, Famille (ex-Enfants de Dieu), Jakob Lorber, Mouvements issus du mormonisme, Église kimbanguiste, Legio Maria, Mouvement des Focolari, Mukyōkai, Science chrétienne, Société religieuse des Amis (quakers), Spiritisme (Allan Kardec), Témoins de Jéhovah, Universalisme unitarien, Ahmadisme, Nation of Islam, Moorish Science Temple of America, United Submitters International, Aum Shinrikyō, Mukyōkai, Ōmoto, Reiyukai, Sōka Gakkai, Tenrikyō, Kryeon, Enfants indigo, Horus, Urantia, Alice Bailey, Jane Roberts, Lobsang Rampa, Neale Donald Walsch, Églises gnostiques, Kabbalisme chrétien, AMORC, Ordre Martiniste Traditionnel, Ordre du Temple Solaire, Société théosophique, Anthroposophie, Association rosicrucienne, Rose-croix d'or, Fraternité Blanche Universelle, Energo Chromo Kinèse, Nouvelle Acropole, Église de Satan, Luciférisme, Satanisme LaVeyen, Satanisme théiste, Dianova (ex-Patriarche), École de l'essentialisme, Église positiviste, Mouvement raëlien, Pèlerins d'Arès, Scientologie, Ahmadisme, Nation of Islam, Moorish Science Temple of America, United Submitters International… 
     Certains de ces credo incluent, en outre, des sous-courants : le christianisme, par exemple, qui en comporte une dizaine, tout comme l’islam et le judaïsme. La longueur absurde de cette liste dispense de commentaires quant à la pertinence de chacun qui, comme il se doit, affirme détenir la vérité et, pour certains, y tiennent tant, que les moyens les plus incitatifs sont employés pour l'imposer : prosélytisme, inquisition, question, guerres de religions, missions, massacres, holocaustes, génocides…
    
    La conscience d'Homo Conscius peut accueillir le destin tel qu'il est ou passer sa vie à l’esquiver, en se jouant la pièce d’une autre réalité, en arrondissant les angles trop aigus, convaincue que la vie dure au-delà de la vie et que, par conséquent, la mort est obligatoirement le début d’autre chose.
                                    
    Elle a du pain sur la planche. 
                                
    de Notre Monde
    Comme quoi, ses maints revers privent la croyance d'une aura qui serait bien méritée si elle ne desservait que sa fonction de système immunitaire. Elle aide à survivre, en effet, mais sa perméabilité permet aussi tous les excès. Nul n'est parfait, on le sait, et on ne peut décemment pas prétendre que Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, comme le faisait ironiquement Jean Yanne avec le titre de sa comédie. En suivant le flux des idées qui envahissent sans cesse l'esprit, on pourrait en effet imaginer que la nature joue aux dés — Einstein va se retourner dans sa tombe puisque sa phrase originelle dit le contraire — et qu'une fois jetés, chacun doit se débrouiller comme il peut. C'est assez agaçant, rien ne semble cadrer pour les Hommes. Ils sont toujours à se démener, à devoir survivre, à combattre un ennemi invisible lorsqu'il n'est pas de chair. On voudrait pouvoir rêver parfois, prendre le temps d'apprécier ces spectacles merveilleux que le monde nous offre, certains soirs d'été, lorsqu'il s'habille et se maquille à son avantage pour le balai des navires posés, tels des funambules, sur le fil de l'horizon, sombrant dans la rougeur du soleil couchant, cette immense boule de feu pourtant si familière qui s'efface lentement sous la courbure du globe comme pour cacher sa honte de devoir mourir un jour, emmenant avec elle tout ce qu’elle a fait vivre. Œuvre divine pour les uns, casualité pour les autres et mystère pour tous, ces images magiques ont de quoi subjuguer plus d'un blasé. Puis, le matin, on peut aussi toiser son immensité en scrutant la profondeur bleue du large qui rejoint l’azur d’un ciel serein, seuil de l’espace qui nous est concédé. Trompeur aussi, le ciel. Il est bleu, certes, beau, très beau parfois, mais aussi impraticable que spectaculaire. De jour, par temps clément, sa couleur nous enivre et de nuit, sur son trente-et-un avec son smoking plein de strass et de paillettes, c’est la danseuse du Crazy Horse qui nous éblouit, nous épate et nous flatte. On ne sait plus quelle Ourse contempler, quel astre chevaucher, quelle étoile enflammée surprendre à filer comme un feu d’artifice égaré. Un festival démesuré, la revue hollywoodienne des soirs d’été, ce ciel, de quoi éblouir petits et grands. Plus que trompeur même, aguichant, tant il fait miroiter ce faux excès de liberté, cette envie de voler toujours plus haut, toujours plus loin, pour satisfaire notre sens inné de la découverte — celui qui, depuis la nuit des temps, emmène les Hommes vers de nouvelles terres, de nouvelles images, et qui, un jour du vingtième siècle, les déposa sur la Lune.  
     
    Mais, malgré ce spectacle immanquable, notre Terre reste bien une prison à ciel ouvert où les anars se clament libres et où les prisonniers sont enfermés par deux fois. Un peu comme Papillon lorsqu’il s’échappe de son île de malheur, sachant très bien que l’océan aura raison de sa fausse liberté. On est en droit de se demander si les distances de l’univers ont un sens pour ces petits humains que nous sommes. Parcourables ni en navette, ni même par la pensée — nous serions bien trop morts de vieillesse avant d’arriver quelque part et profiter du petit-déjeuner de bienvenue, à supposer qu'on invente l’énergie intarissable qui nous y emmènera. 
     
    Nonobstant, banalisation oblige, on parle de notre planète avec une certaine désinvolture, comme si tout était normal. On ne s’ébahit plus d’une Terre qui se balade sans attache et sans but dans le vide astral alors que nous, les humains, devons creuser comme des damnés pour enterrer et stabiliser les soubassements de nos immeubles. Tudo bem nous chanterait un brésilien, ne te prends pas la tête, c’est là qu’on habite meu irmão. Et, lorsque, chaque matin, on prend le bus pour aller au boulot, on ne se demande pas non plus pourquoi il ne quitte pas la route pour faire un tour dans l’espace — vu que ce dernier entoure la Terre, vu que la Terre est ronde, et vu que les roues du bus ne sont pas collées à la chaussée.
    de l'Univers
    Vu que nos sens ne sont qu'humains, qui nous assure qu'ils soient l'unique manière de percevoir ? Mieux, puisque l'Homme est un produit de l'univers qui ne saurait, par définition, engendrer quoi que ce soit de nuisible à son intégrité, comment ces chers physiciens du CERN, à défaut d'être de Berne, comptent-ils s'y prendre …comprendre de quoi est fait l'Univers et comment il fonctionne… 
    Feraient-ils abstraction de toutes ces limites que l'univers pose à notre endroit, de tous les murs que l'intelligence humaine se saurait traverser, non par manque d'intelligence, loin de là, mais par manque d'accroche surtout. Une mouche aurait-elle  jamais la possibilité de pénétrer un miroir lisse ? Ces particules élémentaires qui sortent sans raisons apparentes du champ de captation des nos ordinateurs sont-elles réellement des objets bien qu'elles semblent plus des idées ? La Flèche du Temps, cette étrange sensation que nous, les humains, subissons quant au temps qui passe toujours dans le même sens sans jamais se retourner, est-elle un leurre que nous saurions surmonter pour aller voir là-bas si j'y suis ? Y croire ne serait-il croire qu'un humain pourrait retourner dans le ventre de sa mère ? Je ne donnerais pas cher de l'appellation humain
    si cela devait arriver.
    
    Pas que l'univers sache ce qu'il fait, non, loin de là, ce serait lui prêter une détermination dont il est, à nos sens, dépourvu. Il ne fait rien pour nous déplaire, mais, en se regardant bien dans un miroir, un individu, aussi physicien qu'il soit, pourrait-il s'adresser à l'univers avec l'arrogance nécessaire pour lui dire : Tu vas voir c'que tu vas voir, mon pote. Honnêtement, j'ai des doutes. Et puis quoi, depuis quand la nature serait-elle assez illogique pour créer une intelligence à son niveau capable de la détruire ou de révéler ses rouages ? Je ne voudrais froisser personne au CERN ou mettre en doute l'utilité des recherches qui, chemin faisant, c'est vrai, donnent naissance à de merveilleuses technologies, mais j'ai plutôt envie de leur conseiller de revoir la définition de leurs aspirations car comprendre de quoi est fait l'Univers et comment il fonctionne, n'est carrément pas de leur ressort. D'ailleurs, dans le no man's land de la mécanique quantique, là où nul n'est le bienvenu, la science ne fait-elle pas figure de malheureuse à force de tentatives qui ne font que s’écraser contre une paroi invisible comme un insecte contre une vitre. Même si nous ne sommes pas dans un cours de physique nucléaire, prenons juste quelques secondes pour mesurer les habitudes comportementales perturbantes de ces particules qui sont un peu partout à la fois, qui sont, à leur guise, tantôt objet, tantôt onde et qui, si par mégarde elles se rencontrent, restent à vie jumelles inséparables même éloignées de milliers de kilomètres. De quoi rendre chèvre un bon père de famille, un cultivateur, un prof de français ou, en fait, n'importe quel humain digne de ce nom. Ces propriétés sont des aberrations qui offensent les cinq sens dont nous sommes dotés et qui constituent, pourtant, notre unique patrimoine cognitif. 
    
    Quoique, même si bien moins étrange, l'uniformité genrée, ne soit pas mal non plus. Il s'agit d'un phénomène dont j'ai dû me permettre d'inventer le nom et qui n'apparaît bizarrement pas dans les livres d'école. Soit on le trouve trop banal pour le remarquer, soit on l’a gentiment enterré sous des silos disciplinaires, ou aussi plus sûrement sacrifié sur l’autel des cloisonnements académiques. Bien que la conscience de son existence ne change rien à l'évolution de la science, il est cependant déterminant dans l'analyse de notre réalité. En effet, cette uniformité caractérise les éléments, vers le bas, à partir de l'échelle des molécules : ainsi, une molécule d'eau (H2O), donc composée de trois atomes, ressemble parfaitement à une autre molécule d'eau alors que, dans notre quotidien, une pomme Golden n'a pas son identique. Mais pas qu'elle. Rien en fait, à notre échelle, n'est parfaitement identique à un jumeau du même genre. Là où l’humain s’échine à reproduire, l’univers lui, copie-colle sans trembler. Même les chaînes de production industrielle ne reproduisent jamais d'objets si identiques que deux atomes d'oxygène ou deux molécules de n'importe quoi d'ailleurs. De quoi rendre heureux certains esthètes qui, désormais, pourront s'enorgueillir de l'absolue unicité de leur Ferrari au cas où le voisin d'en face aurait acheter la même pour les narguer.
     
    L'uniformité genrée est, par conséquent, une propriété typique des éléments de la matière et de ses composants. Le phénomène n'est pas si anodin puisqu'il n'apparaît que dans les niveaux où nous, les Hommes, ne sommes pas particulièrement les bienvenus. En effet, La science humaine peut soulager, bâtir, communiquer ou propulser des avions dans le ciel... mais elle est incapable de fabriquer un atome, sorte d'exclusivité indiscutable de l’univers, une prouesse originelle que nous ne faisons qu’observer, jouir ou manipuler, sans jamais la créer ou la recréer.  
     
    Il va sans dire, qu'une fois de plus, l’humilité s’impose : tout ce qui relève de la création primaire — particules, éléments, molécules — est frappé d’uniformité, tandis que tout ce qui en découle — faune, flore, humains, artefacts — est condamné à l’unicité, à l’imperfection. L’univers se rirait-il de qui veut le singer ?
    
    Pour en revenir à notre échelle, puisque la cuisine universelle se mijote bien en dessous de notre seuil de visibilité, il faut s'imaginer que si nous nous comportions comme des particules élémentaires, nos enfants chéris, que nous aimons prendre dans nos bras, se transformeraient en hologramme dès qu'ils auraient capté notre intention de les approcher. Je vous fais grâce des autres propriétés, celle-ci étant largement représentative de l'incapacité humaine à comprendre ces phénomènes. 
    
    Si cela peut consoler, l'incompréhension est identique pour le climat. Moins compliquée, mais pareillement chaotique et là aussi, les Hommes s'agitent dans tous les sens. Ils génèrent des COP qui coûtent la peau des fesses et produisent plus de dioxyde de carbone que la conférence même le préconise pour, au final, applaudir des avancées rédigées au conditionnel, pendant que le thermomètre, lui, continue d’indiquer le présent de l’indicatif. On multiplie les objectifs à horizon 2050 comme on empile des promesses sur un compte à découvert : ça ne rassure que sur le moment. Alors on compense par des mots, des graphiques, des engagements historiques aussitôt vidés de leur substance, et chacun rentre chez soi, se félicitant d’avoir évité le conflit plutôt que la catastrophe. Pendant ce temps, le réel, psychopathe obstiné, n’a toujours pas signé d'accord. 
     
    Et puis il faut avouer aussi que le fait de vivre dans l'univers n'arrange pas nos affaires, bien au contraire. C'est bien connu, mieux vaut être dehors pour ouvrir la porte d'un coffre fort. De l'intérieur, on fait partie du décor, pire, en ce qui nous concerne, NOUS sommes le décor, ses particules, son énergie, nous respirons l'air qu'il veut bien nous dispenser. Et même si la pensée peut nous propulser au fin fond de notre imagination, il ne nous est pas pour autant donné de résoudre quoi que ce soit au-delà de nos synapses. Alors qu'on aille pas s'imaginer que nos progrès scientifiques flirtent avec l'âme de l'univers, avec son fonctionnement ou la source de son énergie. Feynman ne disait-il pas  Si vous pensez comprendre la mécanique quantique, c’est que vous ne la comprenez pas. ? Ce serait se tromper lourdement, confondre l'énergie et sa source, l'univers même et le spectacle qu'il nous offre. Ce serait se méprendre sur la distance physique et mentale qui nous séparent de ce monstre. 
     
    Cela n'empêche pas les physiciens de s'évertuer à lui extorquer l’inavouable tout en faisant croire qu'ils croient sincèrement à ce qu'ils disent bien que l'on sait bien que leur intelligence ne leur permettrait pas. Mais ils doivent justifier les milliards que coûtent leurs recherches aux contribuables, leurs méga-structures aussi. Il y jouent aux  photons éclectiques à défaut des petits trains électriques  de leur enfance dont la vitesse n’avoisinaient certainement pas celle de la lumière nécessaire à ces expériences, puis, de temps à autres, ils trouvent quelque boson de Higgs — quoiqu’honorable lui —  à jeter en pâture aux badauds attardés sur les comptes de leurs collisionneurs, anxieux de savoir si les deniers engloutis ont réellement servi la cause. Quelques moments de suspense, le temps de savoir si le budget successif est voté, et ces grands enfants surdoués auront à nouveau convaincu leur audience que l'univers finira par céder ses secrets, et qu'ensuite… Ben ensuite rien, parce que si l'univers dévoile ses secrets, c'est que, comme je l’expliquais plus haut à propos de son impitoyable logique, il n'y aura plus personne pour en profiter. Surtout pas d'humains, qui se seraient décodés eux-mêmes en décodant l'univers.
     
    Bien que d’aucuns puissent penser que cette sentence d'impénétrabilité sonne prétentieusement comme une loi physique indétrônable, nul, à part les chercheurs qui vivent de cette promesse hasardeuse, ne saurait vraiment la contredire. Elle est tellement évidente qu'il n'est nul besoin d'être physicien pour l'imaginer. En fait, elle ne fait qu’exprimer, quant à l'essence de l'univers, notre actuelle notoire et profonde ignorance ainsi que celle qui couronnera les années de recherche à venir si elles s'obstinent dans cette direction.. 
     
    C'est ce que d'ailleurs expriment nombre de penseurs aguerris qui me font l'honneur d'être de mon avis. Des gens comme Kant, Schopenhauer, Spinoza ou même Darwin qui affirme   Le mystère du commencement de toute chose est insoluble pour nous. Certes, direz-vous, leur parole de philosophe ne fait pas le poids face à l'assurance des scientifiques du CERN. mais il faudrait, auparavant, que ces derniers daignent nous éclairer de  lumières probantes. Et puis, il n'est pas impossible que tant d'autres n'assument pas publiquement l’impénétrabilité de l'univers afin de ne pas se compromettre face au tumulte des certitudes scientifiques. Peut-être, aussi, est-il plus confortable de croire que l'univers se laisse dompter par des équations et que ses mystères finiront par faire surface sous la pression des accélérateurs et des télescopes, que de penser qu’il n'est qu'un tas de gravats difforme et disgracieux que nul ne réussirait à disséquer tant il épouvante malgré la magie de ses nuits étoilées.  Il suffit de penser à ce que nous savons de lui, à ses constantes métamorphoses, ses galaxies en mouvement, ses milliards d'étoiles qui naissent puis explosent, les collisions de ses objets ou ses maudits trous noirs qui semblent aboutir sur d'autres néants pour admettre que finalement, il existe des choses plus glamour. 
     
    Non, l'univers n'est pas vraiment un grenier oublié au fin fond de la forêt de Brocéliande qu'il suffirait d'investir et fouiller pour s'éblouir de mille merveilles d'antan, de trésors cachés, de bas de laine enfouis sous les lattes du parquet. Non, on n'y trouvera pas une guitare oubliée par Jimi Hendrix, vestige de son passage dans ce trou perdu. Il n'est ni un grenier, ni un parcours de chasse au trésor. L'univers n'est simplement pas notre came, diraient les jeun’s et nous sommes condamnés à n'être que des hommes comme ceux qui viendront après nous. Peut-être plus bêtes, plus faibles, trop connectés ou plus déroutés, mais, tout comme nous, privés d'un passé visitable. 
    
    En attendant, l’univers se moque bien des problèmes existentiels des Hommes. Les récusationnistes se construisent des temples, les acceptationnistes se contentent de vivre et de mourir sans bruit. Le son infernal des fers, ou désormais des missiles qui se croisent inlassablement, bat la mesure de cette interminable symphonie de différences et autres différends. Avec l'humanité, l'univers semble s'être alourdi d'un sale gosse qui ne sait se tenir et qui fait honte aux étoiles. Mais bon, il relativise, je suppose, se consolant des limites territoriales du phénomène. Aucune métastases connues, la radiographie est clean et les conditions de la malignité sont loin d'être remplies vu que les Hommes ne sont pas adaptables à d'autres planètes connues. Et que fait un chirurgien lorsque le mal est localisé ? Il l'extirpe. Ce que fera L'univers lorsqu'il se sera fatigué de les supporter, ces humains qui se bouffent le nez. Bon, ce n'est pas de leur faute non plus. Ne pas savoir qui ils sont, pourquoi on les a mis là, pourquoi, une fois qu'ils sont là, ils doivent partir vers l'autre monde, pourquoi leur Terre, qui les tient prisonniers, est-elle si loin de tout, pourquoi la société ne sait pas s'organiser sans tribunal, sans peines, sans prisons, sans échafauds, pourquoi, pourquoi, pourquoi. 
    
    Si tout ça n'est pas le signe de l’immense mare d'incompréhension où l'humain patauge dans l'univers qui l'héberge… C'est pratiquement un cas de syndrome de Stockholm où, malgré cette curieuse intrication émotionnelle des otages et de leur bourreau, ils ne sont clairement pas faits l’un pour l'autre. On est loin de la symbiose animale, cette espèce de pacte ad vitam aeternam entre certaines espèces qui se protègent mutuellement ou s'accompagnent à des fins de bien-être réciproque — la plus mignonne étant sans doute la relation fusionnelle entre poissons-clowns (Nemo) et anémones. Dommage, c'était plus romantique. 
    
    Mais, qu'on se console, tout n'est pas si dramatique. Les pauvres, par exemple, n'ont pas vraiment le temps de se poser toutes ces questions. Réfléchir à l’univers est le privilège des nantis : Il faut manger, payer les factures, survivre. C’est la logique froide de la pyramide de Maslow où le luxe et les futilités culminent au sommet et avant d'y goûter, il faut en gravir toutes les parois. Autrement dit : on ne pense au sens de l’univers qu’une fois la carte vitale à jour, le frigo plein et, pour les chanceux, les vacances réservées. Raison pour laquelle les grands philosophes, à commencer par ceux de la Grèce Antique, venaient pratiquement tous de familles très aisées. Eh oui, il faut de quoi exister pour méditer sur l'existence. Je connais la chose, mais ne la sais point  pourrait dire Pascal, usant de la sémantique afin de résumer le mystère qui règne dans l’univers, à notre relative ignorance.
    
    
                                
    Du Décalage Evolutif
    Difficile de parler de philosophie sans citer Pascal ou Descartes et, à travers eux, embrasser tous les penseurs de ce monde dont les esprits éveillés ont façonné ou assisté notre vision des choses. Aujourd'hui, le cerveau de leurs homologues contemporains projettent déjà l’industrie future, la mondialisation, la fusion nucléaire, l'intelligence artificielle ou l’ordinateur quantique, idées que ni Pascal, ni Descartes ne pourraient entendre, mais étrangement, ces penseurs, quelque soit leur époque, jouissent de la même carcasse. Tout comme Diogène et ses congénères de la Grèce Antique. Ils sont tous de la fournée de ce bon vieux Sapiens, dont le corps, depuis 300.000 ans, paraît-il, n'a pas bougé d'un iota — c'est bien le cas de le dire . A dire vrai, il peine même à suivre le rythme, il subit les remous des enthousiasmes, des revirements, des idées qui fulminent à la vitesse de la lumière. Tout le problème est là, en fait, dans la différence systémique qui les caractérise : L'esprit, donc la conscience, donc toute cette machinerie cérébrale est régie, outre par sa matière organique, aussi par les interactions quantiques qui fabriquent les idées et qui, par conséquent, suivent un rythme plus proche de la vitesse de la lumière que celui de la pesanteur produite sur les tissus par la force de gravité. Pas étonnant, donc, que le corps ne soit pas aussi alerte que l'esprit. Ses impulsions, comparables aux ondes hertziennes, peuvent puiser instantanément dans les ressources quasi infinies de la mémoire pour s’adapter, se dépasser, tirer profit de chaque curiosité, mutation ou découverte alors que le corps, lui, éternel suivant, encaisse coups et accous, accroissant une fragilité handicapante à mesure que l’âge progresse. Pire, et Ironie du sort,  les longues années qui voient le corps s'affaiblir, profiteront plutôt bien à l'esprit et à sa légendaire sagesse qui ne fera que s'enrichir. 
     
    Ce décalage évolutif, cette divergence entre un esprit leste et un corps lesté, n’a rien d'une nouveauté des temps modernes. C'est l’héritage des premiers moments d’Homo Conscius, lorsqu’une conscience naissante commença à se projeter au-delà de l’instinct, à s’élever sur le flux des nécessités corporelles. Jacques Brel — tout nu dans sa serviette — semblait avoir compris que le corps n'est qu'un suivant, qu'il ne commande rien et que, lorsqu'il souffre, il pèse plus que son poids alors que l'esprit survole, vit sa vie, ses projets, ses buts, ses envies. Le résultat n'est pas toujours à la hauteur de ses ambitions, certes, porter un corps aux horizons moins élastiques peut aussi relever de la torture psychologique. 
     
    Comme celle que les athlètes de haut niveau, même dopés, subissent lorsqu'ils ne parviennent, au bout d'insupportables efforts, à modifier leurs performances que très sensiblement. Leurs corps qui, dans ce cas précis, ont un rôle purement mécanique, ne sont pas pour autant des machines. Ainsi les records de vitesse, comme celui du cent mètres ou du saut à la perche, stagnent parfois pendant des décennies avant de bouger d’un dixième de seconde ou de quelques centimètres. 
    
    De quoi remettre l'église au milieu du village en confirmant que l'histoire de l’Homme n’est plus, depuis l'avènement de sa pleine conscience,  celle des ses os. Elle est surtout jonchée de neurones protagonistes et bouillonnants, de circuits imaginaires, d'idées qui s'obstinent à trouver comment combattre la passivité d'une nature dédaigneuse, ou s’inventer une vie en  apaisant sa tourmente. Il va errer longtemps, des millénaires avant de se poser, de trouver un équilibre, de progresser puisque rien, rien de rien, n'était à sa mesure, à ses besoins, à sa volonté. La nature le créa comme le reste de ses bévues ou de ses conséquences, qu'au final elle ignore par défaut. En fait, non. La nature ne le créa pas. Il éclora tout seul, de nulle part, et c'est bien pour ça qu'il a du mal à s'adapter. Tel une ivrogne qui déambule, la nature sème, ici et là, ses roches, ses plantes, ses montagnes, ses étendues puis rince à grande eau pour s'en laver les mains, comme si déposer ça et là de quoi se nourrir suffisait. On se croirait dans la Genèse où les premiers versets, disposés décousus à la queue leu leu, se refilent une patate brûlante : et Dieu créa le ciel et la Terre. « Allez, circulez, c'est fini, j'ai fait tout c'qu'il fallait, ya plus rien à voir », laissant aux créatures vivantes une espèce de chasse au trésor où la récompense, si elles trouvent leur chemin, se résume au droit de vivre. 
    
    Ainsi, l'Homme n'eut d'autres choix que d'user du contenu de sa boîte crânienne plutôt que de son contenant. Là, il avait de l'espace, de la marge, de l'avenir. Il le sentait, car son esprit jouait le jeu, lui donnait la répartie, le poussait à créer et à se dépasser.  Mais à dépasser son corps, aussi, voire à le semer. C'est le coup d'envoi d'un festival de mauvais choix dont il n'est pas toujours aisé de le blâmer. En suivant son instinct et persuadé de bien faire, il mettra souvent son espèce en danger, comme avec sa science qui, dans son indiscutable excellence, réussit à trafiquer sa propre nature en prolongeant sa vie. Certes, la prouesse est notoire, excellente, magique même, mais cette médecine qui apaise et sauve des vies, s'avère progressivement servir à fabriquer des vieux, moins forts et moins résistants que leurs progénitures. L'application des soins est onéreuse et ces bataillons de centenaires qu'il faut aussi salarier tant qu'ils vivent, ne risquent pas de favoriser la longévité de l'espèce. Impossible d'évaluer, depuis le piédestal humain, si les animaux sont mieux logés, mais chez les mammifères, les adolescents quittent le clan dès qu’ils savent chasser et ne s'encombrent pas de leurs géniteurs à qui, de plus, ils ne doivent rien. 
    
    La science les porte à bout de bras, ces sursitaires qui pèsent sur les ressources de la planète, qui coûtent cher au contribuable malgré leur inutilité productive et qui, en outre, prolongent souvent, pour leur descendance, la manne d’un héritage qui les arrangerait bien. Les humains sont la seule espèce, grâce à leur médecine du bonheur ou de malheur, à maintenir en vie leurs individus plus que nécessaire. Certains d'entre eux ont des grands-parents, des arrière-grands-parents, des arrière-arrière-grands-parents avec un nombre « d’arrière » toujours proportionnel à l’avancée de la science. C'est le propre même de l'humanité, au sens empathique du terme.
    
    À se demander si cette vie de sursitaire signifie quand même être vivant ou si elle n'incarnerait pas une espèce à part entière, soumise à la probabilité de s'approvisionner en drogues. Oui parce qu’en cas de pénurie, d’éloignement géographique d’un point de vente, point de vie ! Alors, quelque part, c'est aussi humiliant, pour un cerveau encore éveiller, de devoir mendier un peu de rab au médecin qui renouvelle les ordonnances puis au pharmacien qui vous les dispense selon la disponibilité dans son stock ou dans celui des fabricants qui livrent ou ne livrent pas, puis des politiciens qui décident ou non si votre drogue est digne de souveraineté ou si elle devra attendre le bon vouloir des Chinois et de leur prochain cargo… C’est flippant hein ? Non ? Si ? Ah, vous préférez ne pas y penser. Ok mais les vieux y pensent, eux. Ils y pensent parce que l'usure de leur corps ne correspond pas du tout à celle de leur lucidité. Je suis sûr que certains ont le sentiment d'être ce mendiant de vie qui implore, se soumet, prie et qui  survit périodiquement, temporairement, d’une boîte à l’autre, d’une pilule à l'autre. 
    L'important c'est que la société soit convaincue des bienfaits de l'humanisme.
    
    Bien que de prime abord le Covid, pour ne citer que lui, semble simplement faire partie des aléas de la vie sur Terre, lieu réputé pour abriter ces bestioles qui, de temps à autre, viennent gâter la fête, il incarne bizarrement une réponse on ne peut plus claire de la nature aux choix des sociétés gérontocultrices. Là où l'Homme n'oserait s'auto-réprimander quant à sa conviction de conserver ses vieux le plus longtemps possible, la nature, elle, le fait sans complexes. Grain de sable dans un énorme rouage que l'on pensait plus robuste, le Covid frappe comme un uppercut improbable à la face d'un novice bravant la cour des grands. En purifiant le monde d'une partie de ses seniors, elle donne son avis sur cet excès inopiné de science. 
    
    Il est vrai qu'on pourrait en dire de même d'Hiroshima et de Nagasaki, rage destructrice qui somme l'Homme de ne pas trop chatouiller les atomes et leurs interactions fondamentales, partie émergente d'un système universel où, comme déjà stipulé, l'Homme n'est pas le bienvenu.
    Mais je pense que le message est clair.
     
    Ce que la nature refuse, avec ses machins comme le COVID qui nous explosent au visage, c'est aussi ce que prévoient les transhumanistes, ces auto-proclamés futurologues du vivant qui prônent l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer la condition humaine en augmentant synthétiquement ses capacités mentales et mémorielles. Ils envisagent des implants, des puces sous-cutanées ou cérébrales, un accès permanent à des bases de données pour savantiser  l’individu au-delà de ses capacités naturelles. Tout un programme pour creuser encore la distance déjà coupable entre nos deux héros, le corps et son cerveau et les éloigner irrémédiablement. Ce nouvel individu aura-t-il encore droit à l’appellation contrôlée « Sapiens-Conscius »  ou sera-t-il tellement biocybernétisé que sa partie bio ne sera plus assez glamour pour les femelles du genre, ce qui, inéluctablement, embarquerait l'espèce à bord de son dernier voyage virtuel ? À suivre…
     
    En revanche, loin de moi l'idée que le cerveau ne doive pas penser ! Les faibles d’esprit sont assez mal logés dans une société comme la nôtre. Les extrêmes sont rarement les meilleures solutions et le cerveau doit évoluer, c’est sûr, mais il semble que la nature ne soit pas vraiment d'accord qu'il perde de vue les limites de son corps. Comme pour la nutrition, où les fruits et légumes locaux et de saison sont mieux adaptés aux besoins de chacun. Plus on respecte le corps et ses repères, mieux il accompagne l’esprit. Quoique, lorsque l'informatique prend de l'ampleur, tout bascule. Les systèmes intelligents accélèrent le processus de déstabilisation métabolique jusqu’à parfois laisser le corps loin derrière. Certes les penseurs ont toujours existé, les mathématiciens et physiciens de génie aussi, mais jamais on ne pouvait imaginer qu’un être puisse vivre de grandes aventures culturelles « sans son corps » , ou plutôt que le cerveau puisse s’en abstraire comme dans le cas de  Stephen Hawking, cet exemple emblématique : cloué dans un fauteuil roulant par une maladie paralysante, il a pourtant exploré l’Univers et publié de nombreux ouvrages, démontrant que, technologie aidante, l’intellect peut transcender les limites corporelles. Ce n’était pas prévisible. Ni pendant l'émergence des premières sociétés industrielles, ni par la suite. Naguère, le progrès était assez lent et permettait une certaine connivence physique et mentale, un certain parallélisme équilibré. Avec l'évolution technologique, la donne change : le cerveau peut s’envoler vers des sphères où le corps est encombrant, superflu, voire inutile. (Qu'il soit clair que l'abstraction totale du corps n'est pas mon sujet. Le corps et le cerveau sont étroitement liés et mes propos restent ancrés dans leurs liens indissociables.) 
     
    À l’ère de l’« Industrie 4.0 », un enfant avec un smartphone entre les mains développe un potentiel intellectuel et technique bien supérieur à celui de son homologue d’il y a vingt ans, qui jouait avec des camions ou des poupées. Plus le cerveau s’acclimate à la technicité galopante, plus ses prouesses s’accroissent. (UNICEF 2017, Les enfants dans un monde numérique)
    Société
    MeToo Pas sûr
    Il n’est pas question ici de violences conjugales ou de violences faites aux femmes en général, mais seulement du vulgaire harcèlement sexuel des lourdauds, mis en cause par des femmes victimes de longues amnésies. 
     
    les statistiques 
    Pas besoin d’etre diplômé du M.I.T pour constater que, dans l’humanité tout entière, la demande de sexe de la part des hommes est nettement supérieure à l’offre proposée par les femmes. Selon les 217.000 violences sexuelles perpétrées sur les femmes en France en 2022, il faut croire que la prostitution et la pornographie ne suffisent pas à combler le gap entre l’offre et la demande. Pourtant, les commerçants du sexe font vraiment tout ce qu’ils peuvent, là-dessus, aucun doute ! 
     
    les hommes 
    Créatures, donc, pour la plupart naturellement affamées de sexe, même si, par défaut, les hommes ne sont pas tous des prédateurs. 
     
    les lourdauds
    Hommes particulièrement cons qui abusent de la relative faiblesse des femmes pour les provoquer sensuellement par des paroles déplacées ou des toucheries variées et multiples, nommées aussi drague lourde ou harcèlement sexuel, sans pour autant passer obligatoirement à l’acte du viol. 
    Comment le prouver ? Simple ! Certaines femmes s'en plaignent et on les croit sur paroles parce que même un juge non-lourdaud, malgré la robe rouge qui couvre son pantalon qui couvre son slip qui couvre son sexe, pourrait penser tout bas d’une témoin à la barre, dotée d’une poitrine charnue et invitante : j’aimerais bien me la faire. Et cela pourrait arriver même si le juge est LA juge. L'humanité est ainsi faite, on n'y coupe pas et c’est la faute à personne. 
     
    les femmes 
    Objets naturels et permanents du désir masculin (relire éventuellement le paragraphe les statistiques) avec, pour la plupart, des besoins moins importants que celui des hommes et dont les performances sexuelles sont plus guidées par l’utilité que par la vile pulsion. Attention d’ailleurs, car la préméditation ou l’espérance de procréation et de maternage pour laquelle la nature les a programmées et qui représente une des causes majeures de leurs dispositions à copuler, pourrait passer, dans un moment d’égarement du cerveau masculin, pour de réelles pulsions érotiques. 
     
    En fait, la sexualité des femmes est très différente de celle des hommes, on l'aura compris, et par conséquent, les deux ne sont pas particulièrement compatibles. Les femmes peuvent, par exemple, rester de très longues périodes sans activité sexuelle ce qui, pour l’homme, relève plus du miracle que de sa configuration biologique. 
     
    Relativement moins fortes physiquement que les hommes et donc moins aptes à se défendre ou se procurer ce qu’elles convoitent, les femmes ont souvent tendance, pour combler ce déficit, à profiter de ladite très pertinente loi économique de l’offre et de la demande, et ainsi faire de la coucherie utile, la seconde grande cause de leur disposition à copuler. 
     
    Comment le prouver ? Là non plus, pas besoin de longues études dans une des mythiques universités de la planète, il suffit de vérifier de quoi vivent de très nombreuses femmes dans le monde, sauf celles, bien sûr, qui n’ont plus besoin de travailler par suite d'un mariage ou un divorce bien orchestré. Ces métiers, par exemples sont tous fondés sur la féminité, la beauté, le sex-appeal, les formes abondantes etc…: On trouve donc des mannequins, des serveuses aux seins nus, des égéries de sites de rencontre ou de marques diverse de cosmétiques, de santé, de dessous…, des prostituées et des call-girls, des hôtesses de l’air ou de salons d’exposition, des soubrettes en tous genres, des danseuses ou chanteuses sexy… et je pense qu'en me creusant un peu la cervelle je trouverais encore quel qu'autre métier de cette lignée. 
    Cela dit, il n'est pas exclu que ces activités soient pratiquées aussi par des personnes d'autres genres, mais il est indéniable qu’elles restent majoritairement féminines. N’oublions pas que ces métiers, à la portée du plus grand nombre, permirent à moult femmes de sortir de chez elles, de s’émanciper et qu’elles ont naturellement profité de l'aubaine. Toutes n'ont pas vocation à devenir Marie Curie, c’est clair, et nombreuses, justement, grâce à leurs attraits, réussirent à gagner bien plus d’argent que de prestigieuses scientifiques ou autres érudites et ce, de leur propre chef, sans coercition aucune. 
     
    mais un beau jour… 
    Donc, la planète tout entière tourne, depuis des millénaires, autour de femmes et d’images de femmes qui n'hésitent pas à se faire passer, dans l'imaginaire collectif, pour la sirène de service que tout homme aimerait avoir dans son lit. Puis, il y a peu, un certain mouvement MeToo sort de l’ombre, succédant au MLF des années 70, à cause d’un violeur en série nommé Weinstein et, dans cet élan, pléthore de femmes, restées jusque-là très longtemps amnésiques, commencèrent à se plaindre d’avoir, elles aussi, été vulgairement tâtées par des lourdauds. Mais comme tâtée n’est pas violée, le rapprochement avec MeToo reste du domaine idéologique. De quoi viennent se plaindre exactement ces actrices, par exemple, qui accusent Depardieu, plusieurs années après les faits, de ces attouchements, puisque les femmes, comme nous venons de le voir, ont jusque-là toujours tout fait pour que les hommes aient envie d’elles ? Mais soit, ce n'est pas super élégant de peloter les filles sans autorisation, nous sommes d’accord, alors pourquoi sont-elles restées bosser avec lui ? Pourquoi ne lui ont-elles pas filé une baffe en hurlant gros porc avant de claquer la porte ? Qui les a obligés à supporter ce calvaire, si elles jugeaient que c'en était un ? 
     
    la psychologie 
    Certains répondront que les faits n'apparaissent pas toujours très clairement à la victime lors d'un attouchement. L’acte pourrait aussi être inconsciemment pardonné à cause d'un sentiment de culpabilité. Sa trop grande jeunesse, le cas échéant, pourrait jouer un rôle important dans la confusion mentale et fausser l'interprétation des mots et des gestes du lourdaud. La subjectivité, donc, peut donc être invoquée, c'est vrai et, à supposer que certains de ces arguments soient acceptables, ils le seront, en revanche, dans des cas bien déterminés. C'est pourquoi, en ce qui concerne les actrices en question, ça ne marche pas. Actrices professionnelles, elles ne sont pas si jeunes au moment des faits et selon leur témoignage, les attouchements se sont reproduits régulièrement sur de longues périodes, le temps, évidemment, de bien les comprendre et les analyser. 
     
    la loi 
    Raison pour laquelle, la loi, citée ci-dessous, tient compte majoritairement du témoignage de la victime et non de celui de l’agresseur, ce qui signifie que le tribunal ne retient pas le manque de conscience ou d'appréciation des faits de la part de la victime dont le témoignage va bel et bien déterminer l’accusation : 
        	Un arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 18 novembre 2020 (n° pourvoi 19-81790) vient rappeler fort à propos que c’est bien à partir du point de vue de la victime des agissements de harcèlement sexuel, dans ce qu’elle a subi et dans l’impact qui en est résulté pour elle, que se positionnera le juge pour la qualification de l’infraction, et pas à partir de celui de l’auteur de ces agissements, qui prétend et allègue de la gentillesse de son comportement. 
     
    les traitresses 
    Pour en revenir à nos actrices, si leur préoccupation était de ne pas perdre leur job, elles sont, logiquement et éthiquement dans de bien sales draps : en effet, se laisser toucher pour de l'argent, ça porte un nom : la prostitution. Alors d'abord elles se laissent tripoter sans réagir, profitant ainsi de l'aubaine de travailler avec une star qui les met bien en lumière et, des années plus tard, parce que d'autres se plaignent de faits sans aucun rapport, décident de se venger ? Mais de quoi ? De leur propre lâcheté ? de leur appât du gain ? Si, depuis la nuit des temps, les femmes se servent du sexe sans vergogne pour manipuler les hommes, pour leur soutirer de l'argent, pour s'attirer des faveurs, pour monter les échelons… ces actrices pensent-elles vraiment avoir le droit moral de clouer ce Gérard, ou d’autres, au pilori pour une main aux fesses ? Elles ne doutent de rien, alors, amnésiques et aussi traîtresses ? Comme si elles ne connaissaient pas les aléas de ce métier, les risques encourus, car combien, avant et après elles, profitèrent de cet ascenseur social qui, au su de tous, était légion dans la profession. 
     
    les chauffards 
    Et puis quoi, ne se méfient-elles pas des chauffards, ces dames, en regardant attentivement à gauche puis à droite avant de traverser ? Pourquoi alors, ne pas adopter le même comportement avec les lourdauds? La raison se cacherait-elle dans le désir inné et irresponsable de plaire et de séduire à tout prix ? Le problème est que lorsqu'on se fait aguichante pour les uns, on l'est aussi pour les autres. Et là, plutôt que de changer d'attitude ou de mode vestimentaire en général, elles préfèrent accuser les lourdauds, alors que les cibles visées par les attraits mis en œuvre sont les bienvenues. Et elles, dans ce cas, savent-elles se retenir de séduire. Sont-elles si innocentes qu'elles le prétendent ? Les chauffards, dont elles ont vraiment peur, sont la preuve vivante qu'elles savent parfaitement être vigilantes. Facile d'interpréter le sexe faible tout en manipulant l'opinion publique tout entière, à commencer par ses propres collègues de travail. 
     
    pas corps, pas fortes 
    Un autre problème des femmes, est qu’elles ne sont pas exactement une secte. Elles ne font pas corps, ne sont pas unanimes et certaines, moins gâtées par le destin, aimeraient bien être à la place de ces actrices par trop sollicitées. Qui, penserait que se faire casuellement tripoter les seins pour un court instant est plus dur que de travailler à la mine ? Qui oserait dire qu'être au front, baïonnette au canon et prêt à se faire embrocher comme un vulgaire poulet, est plus facile que de subir quelque attouchement ? Qui, pense qu'être seulement éboueur, soit ramasser les ordures des gens en travaillant dans la puanteur, est plus facile que de se faire serrer langoureusement et stupidement contre un lourdaud ? Ou qui oserait comparer la prostitution professionnelle avec une caresse aussi déplacée et indésirée qu’elle soit ? Pourtant, des femmes et des hommes font ces métiers, chaque jour de leur triste existence, pour vivre ou pour survivre. Et vous, les actrices, non seulement votre métier est mille fois plus agréable, mais en plus, je le répète, vous n'êtes absolument pas obligées de l'exercer si les conséquences vous pèsent. Si vous l’acceptez, c’est donc votre problème, par le leur. Car eux, il faut croire, la trouveront toujours la femme prête à se faire tripoter pour gravir les étapes. 
     
    l’ombre des hommes 
    Ce qui est troublant aussi, dans le comportement féminin, c'est le sentiment de frustration, de haine, de malveillance et surtout de jalousie qui s'exprime dans leurs vengeances, quel qu'en soit le type. Sénèque n'a-t-il pas dit : toute méchanceté émane de la faiblesse ? Car de faiblesse il s’agit, lorsqu’on lève le doigt, telle une enfant gâtée, en criant moi aussi m’dame après s'être volontairement jetée dans l’arène. Ces actrices ne sont ni victimes ni à plaindre et leur indignation sonne aussi faux que celle d'un mercenaire devant un cadavre. 
     
    Je l'ai dit plus haut, les femmes sont bien pires que les hommes dans l'usage du sexe comme arme et malgré cela, elles sont capables du pire aussi dans la destruction des hommes qu'elles ont dans le pif. A croire que leur rêve de vengeance —  on ne saurait pourquoi — demeure intarissable. Sans cette jalousie maladive, comment expliquer celles qui passent leur vie à vouloir égaler les hommes jusque dans les activités typiquement masculines et/ou violentes : les joueuses de rugby, de foot, les boxeuses ou les gonflées des salles de gym qui se déforment en Schwarzenegger au point de se déchoir totalement de toute féminité. Et d’ailleurs, y a-t-il un seul sport que les femmes aient inventé par elles-mêmes, un sport qui serait majoritairement pour les femmes ? Si je n’en ai pas trouvé, seraient-ce qu’elles sont démunies de toute imagination lorsqu'il ne s'agit pas de nuire aux hommes ? Comment expliquer que même les femmes d'affaires, les ministres, les hautes fonctionnaires prennent des allures de mecs avec leur mallette et leur tailleur Chanel. Comme si Coco avait inventé MeToo avant l'heure ou exprimait simplement ce désir de ressemblance profondément ancré dans l'inconscient des femmes. Comment expliquer, encore, le discours ou l’écriture inclusive, sinon pour obliger chaque francophone, où qu’il soit, d’où qu’il soit et quoi qu’il ait envie de dire, de spécifier que les femmes aussi existent en imposant le : celles et ceux ou l'écrivaine ou la lieutenante‘. N'y a-t-il pas là-dessous un problème prononcé d'identité ? Craignent-elles à ce point qu’ils oublient leur propre mère, leur mamie, leur sœur, leur épouse ou leurs filles ? Sans ces bouleversements de la langue, insinuent-elles que les noms de Jeanne d’Arc, de Marie Antoinette ou de la reine Elisabeth s'évaporeraient des cerveaux masculins ? Le symbole de la France, pays donc présumé macho et misogyne par ces femmes frustrées, n’est-il pas une Marianne ? A force de tout faire pour qu’on les regarde et les admire, elles me font penser à Mélenchon, ce politicien qui râle par défaut, même quand y'a rien à dire. 
     
    femmes d'honneur 
    Heureusement qu'elles viennent, ces femmes d'honneur, enrichir ce triste panorama. Pensez-vous, lecteurs (je reste d’avis que lecteurs comprend aussi les femmes), que ces femmes-là seraient enclines à déballer leurs déboires sexuels au grand jour ? Les croyez-vous capables d’accusation promotrice ? Peut-on imaginer une Simone Weil, une Bernadette Chirac, une Élisabeth Badinter, une Christine Ockrent, une Carla Bruni, une Catherine Deneuve et toutes les autres femmes qui ont su exister, s’humilier à raconter qu’untel leur a touché les seins ? Ben non, elles disent, au contraire, que le viol est un crime, certes, mais que la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.   
    Dans une tribune au Monde, un collectif de 100 femmes, dont Catherine Millet, Ingrid Caven et Catherine Deneuve, affirme son rejet d’un certain féminisme qui exprime une « haine des hommes ». 
     
    Donc, les femmes se connaissent et savent de quoi elles sont capables. Et certaines savent aussi se défaire de ce complexe d’infériorité qui les tire vers le bas. 
     
    tant qu'il y aura des hommes 
    En résumé, je ne dis surtout pas que les attouchements sont élégants ou utiles. Je dis que si Gégé a agi comme un porc, c’est que, sans aucun doute, c’est un porc mais que l'hypocrisie n'a rien à faire dans l'analyse de ces gestes. Pour conclure ce « J'accuse » mon souhait sera que tant qu'il y aura des hommes, il y ait aussi des mains aux fesses des actrices qui préfèrent se faire tripoter plutôt que de changer de plateau. Vu que pour elles, l'argent, la gloire et leur carrière passe bien avant l'amour propre, la fierté et la grandeur d'âme, il n'est pas impossible qu'au fond, elles ne méritent pas mieux. 
    
    Vivre et Laisser Mourir
    La majeure partie des gens ne vivent pas seuls sur une île déserte, c'est clair et donc, la comparaison sociale (comparaison avec autrui) est un geste instinctif qui sert à se confirmer sa propre existence. Ça ne saute pas aux yeux, mais elle est destructrice, voire meurtrière. Sans elle, le mètre de l'auto-évaluation, de la fierté ou du sentiment d'infériorité disparaît. Pour le dire sèchement, sans comparaison, on n'a pas vraiment de raisons de se diminuer, de se flageller ou se suicider. Autant l'isolement favorise le réflexe de survie et dans ce cas, le suicide ne représente donc pas une option, autant la comparaison, elle, incite soit à l'excellence, soit, dans le cas d'une personnalité plus fragile, à la déception ou pire, à la dépression. Le bateau peut couler.
    
    Il peut aussi couler pour les gens en souffrance physique, à cause d'une maladie incurable et pour qui l'horizon s'obscurcit sans merci. Ceux-là sont souvent doublement punis : d'une part, la douleur et l'inconfort qui accompagnent leur quotidien et de l'autre, la médecine, qui les maintient en vie souvent contre leur gré, comme pour faire durer le plaisir du législateur qui se félicite de l'efficacité des antidouleurs qu'on administre à ces pauvres bougres. De toutes manières, elle est assurée, la conscience du législateur, que des solutions sont à l'étude depuis des décennies et que, de toute façon, les mourants ne souffriront pas assez longtemps pour profiter des solutions qui ne verront le jour qu'après d'autres longues décennies.
    
    Ah, le législateur ! Quel personnageS merveilleux, studieux, consciencieux et tellement brillantS qu'il en est émouvantS. Oui, pardonnez les fautes d'orthographe, c'est toujours un problème avec ce type. On ne sait jamais combien il est. Je vous en donne la définition de manière à vous mettre dans la confidence, je ne voudrais pas avoir l'air me marrer tout seul : 
    Le mot désigne toute personne physique ou institution qui participe à l'élaboration de la législation. Lorsque les juristes utilisent ce terme, il a généralement un sens plus large : il signifie abstraitement l'ensemble des personnes et organes qui ont le pouvoir d'établir les lois.
    
    Voilà, vous êtes fixés et avez compris, comme moi, que ça lui permet aussi de surtout ne répondre de rien. Un peu comme dans un peloton d'exécution où il suffit d'un fusil chargé à blanc pour que chaque tireur ait le doute de ne pas avoir exécuté le condamné. Je disais donc que le législateur est bourré de qualités et que par-dessus le marché, sa ferveur religieuse ne gâchait rien et en particulier, pas la loi 1905, que je ne vous ferai pas à l'affront de détailler. Donc, ce législateur a décidé que les mourants ne doivent pas mourir de leur propre chef. En fait c'est pas tout à fait ça : il a décidé que son Dieu a décidé que les mourants ne doivent pas mourir de leur propre chef. Et comme dans leur état, ils ne risquent pas d'avoir la force ou la possibilité de se suicider, il est assuré qu'ils vivront bien l'enfer sur Terre avant de passer au purgatoire. Et gare à qui, des proches, ne supportant plus de les voir dans cet état, s'aventureraient à les aider à partir (mais, hors de la bien pensance, on dit aussi euthanasier). 
    
    Ce n'est pas fini. Ça, c'était seulement pour les mourants. Mais les suicidaires, qui n'ont pas de problèmes de santé, ne sont pas considérés comme mourants. Et donc, pour le législateur, s'ils ont envie de se foutre en l'air, ce n'est pas son problème, qu'ils se débrouillent. Depuis la Révolution Francaise et sa Déclaration des Droits de l’Homme, le suicide n'est plus interdit, certes, et puis on ne peut décemment pas assigner un agent de police à chaque habitant ou infliger une peine à qui est déjà mort parcequ'il s'est suicidé, mais rien n'empêche le législateur de ne rien faire pour les aider à mourir dignement. Il est en droit de laisser les gens sauter du haut d’un immeuble comme Gilles Deleuze, s'allonger sur des rails, se remplir les poches de pierres en entrant dans l’eau glacée comme Virginia Woolf, s’enfoncer un pistolet dans la bouche comme Montherlant ou Romain Gary, s’étouffer sous un sac en plastique comme Bruno Bettelheim. Oui, il est en droit de regarder ailleurs, le législateur, que personne ne peut accuser d'inhumanité puisqu'il a la particularité salvatrice d'être plusieurs!
    
    En revanche, il peut décider,  « pour le bien de la société », que certains ont le droit, volontairement ou pas, de tuer des gens : Un flic peut buter des voyous, un soldat peut te faire avaler une grenade si tu n'est pas du bon coté, un juge peut te condamner à mort (plus en France, c'est vrai), une voiture te transformer en sauce tomate, un voyou te mettre une balle perdue dans la tête, mieux, un boxeur peut, involontairemen, donner un coup mortel mais toi, toi, l'idiot du village, le commun des mortels, le dernier des Mohicans, toi, tu n'as pas le droit de mourir dignement quand tu le désires parce que ta vie ne t'appartient pas ! On est en droit de se demander s'ils ont la lumière à tous les étages, le législateur. 
     
    En fait, ta vie, elle appartiendrait à Dieu. A dieu, oui, une figure aussi absente que nous sommes vivants, un imaginaire que certains rêvent d'imposer à tous, cette chose exemplairement irréelle est encore à se mêler de la vie d'une société qui a passé ses siècles à s'entretuer inopinément en son nom. Et lorsque je dis s'entretuer, c'est par élégance, les vrais mots étant plus se trucider, se transpercer, s'égorger, se torturer à mort ou s'éventrer comme des porcs. Comme si elle n'avait pas encore assimilé que les dieux, muets par définition puisqu'ils sont un credo, n'exhaucent que les rêves de ce derniers et que le seul fait d'adhérer à ce mysticisme peut se transformer en haine de ceux qui n'en sont pas. Sans se perdre trop longtemps dans des propos hors sujet, il suffit de constater que l'islam radical dont souffre le régime religieux irannien est un témoignage probant de cette haine inconditionnelle au même titre que la chasse aux paysans palestiniens pratiquée en cisjordanie par les colons religieux israéliens et couverte par le silence coupable de l'État d'Israël. 
    
    Ce qui prouve bien que la vie des gens, suicidaires ou pas, ne peut pas appartenir à une croyance et encore moins à une croyance assoiffée de vengeance. On a le droit de croire à ce que l'on veut, mais pas de confier la vie d'autrui à un credo.
      
    Dans le film culte d'anticipation « Soleil Vert » l'euthanasie assistée est chose courante et parfaitement organisée, car la vie proposée par les événements climatiques et l'épuisement des ressources naturelles devint insupportable. Faudra-t-il attendre ce destin de fin du monde pour que les Hommes respectent les Hommes et cessent de devoir pratiquer l'euthanasie clandestine dont tous sont au courrant ? Quelle hypocrisie !
    
    Depuis la naissance et dans les civilisations modernes et libres, il n'est de répit dans la soumission. A ses parents, d'abord ou à l'organisme qui les remplace s'ils manquent à l'appel. A l'école, ensuite, puis à l'armée si la nation appelle et sinon au hautes études ou à l'apprentissage d'un métier. Et enfin à son patron ou ses clients selon qu'on choisisse le salariat ou l'indépendance. Bref, pas un seul moment de répit car même les vacances, pour les chanceux, ne sont que l'antichambre de la reprise où le repos est rarement franc. Dans ce parcours classique, mais plein d'embûches, il n'est pas rare de mourir de maladie, d'accident ou sur un champ de bataille. Glorieuse ou pas, cette mort elle-même, fait figure de soumission aux aléas de la vie. On dira il est mort d'une longue maladie, elle est morte pour la patrie, il a dédié sa vie à son travail ou son entreprise était sa famille, mais rarement  on entendra elle était libre comme l'air, ne s'est jamais occupée de ses enfants, il vivait d'amour et d'eau fraîche sans penser aux lendemains.
    
    Lorsqu'un quidam se suicide, la gloire ne profite à personne, certes, mais on pourrait entendre il voulait en finir, il a eu le tort et le plaisir de mourir pour lui-même, il n'a pas décidé de sa vie, mais s'est vengé avec sa mort.     
    
    Le Tropique du Cancer
    Lorsque l’on construit sa maison au bord de la mer, il se peut qu’un jour, elle se retrouve entourée d’eau, voire submergée. Les Hollandais connaissent bien le problème. Ils avaient deux solutions : soit s’éloigner de la mer si l’espace le permettait, soit s’adapter. C’est ce qu’ils ont choisi de faire en construisant des maisons flottantes afin de concilier la présence de l’eau avec leur quotidien citadin. S’ils n’avaient pas choisi cette solution, ils seraient certainement en train de se quereller, se reprocher leur inaction et finir par se noyer. 
     
    Les populistes d’Europe, naguère désignés par les termes nationalistes, fascistes, xénophobes ou racistes, ont le même problème que les Hollandais, mais dans leur cas, l’eau est remplacée par le migrant. Bien que l’appellation diffère, la haine et la peur sont intactes et, se sentant inondés et menacés par ces vagues migratoires, ils surgissent du cœur des peuples comme des tigresses protégeant leur portée, fermant les frontières et renvoyant chacun chez soi. C’est une solution, en effet, et le syndrome n’est pas nouveau. Solution populaire même, puisqu’elle plaît désormais au plus grand nombre dans maint pays. L'égoïsme, dicté par l'instinct de survie, fait effectivement partie du génome humain, mais combien de temps ces pays résisteront-ils aux vagues humaines vu que la population mondiale ne fait que croître et avec elle, l'ampleur du phénomène migratoire. 
     
    L’Europe, installée sous la bonne latitude — au nord du Tropique du Cancer — là où encore aujourd'hui il fait bon vivre., s’est trouvée privilégiée par le sort, Les hollandais, au lieu de s’adapter, auraient pu s'entêter et colmater toutes les ouvertures de leurs maisons pour empêcher l’eau de s'infiltrer. Mais il est clair que ça n'aurait duré qu’un temps. Qu’un jour ou l'autre l'eau aurait tout submergé et que la rouille et la moisissure auraient fini par tout ronger. Car l’eau n’a pas le choix. Elle va où elle peut, tant qu’elle le peut. Et ce que les populistes n’ont pas compris, c’est que les migrants aussi, vont là où ils peuvent, là où la vie est encore possible. 
     
    La fuite hors des zones de conflits, le manque de travail et les persécutions, causes déclarées par les migrants lors des demandes d'asile, ne sont souvent qu’une conséquence de la raison première : celle de vivre dans une zone subtropicale, où le climat est moins tempéré, où le soleil tape sans mesure, où le manque d'eau paralyse et où l’aridité redessine les paysages laissant s'évaporer aussi toute forme d'activité. Nombre des fuyants sont donc, en premier lieu, victimes de leur lieu de naissance qui, du fait de sa nature, engendre toutes les autres situations aggravantes. Lieux où souvent, la religion endoctrine les plus faibles et convainc de ses desseins, où les plus vaillants préfèrent s’enrôler dans quelque milice pour un repas par jour, et où Ils préfèrent parfois la noyade à l’immobilité plutôt que de perdre tout espoir de se projeter. 
    
    Au sud du Tropique du Cancer, c’est ce qui se passe et se passera tant que le climat le décidera. Il n'est d'ailleurs pas dit que les pays du nord soient épargnés, mais relativement, leur situation devrait être toujours meilleure. Des milliers voudront et devront, sous peine d’agonie programmée, rejoindre les zones vivables de la planète. À moins de trouver une solution miracle, toujours souhaitable certes, les conflits et la pauvreté augmenteront proportionnellement à la sécheresse, les pays les mieux géopositionnés demeurant les destinations les plus prisées. S’ils ne choisissent pas la solution de l’adaptation, comme les hollandais avec les maisons flottantes, les populistes n’auront plus qu’à tirer sur tout ce qui s'approche de leurs frontières car de toute manière, ceux qui ont quitté le néant n'y retourneront pas. 
    
    Le Nouveau Clergé
     Le décalage évolutif, ce gap exponentiel donc, entre corps et esprit, c'est aussi l’Homme statufié  devant son écran, plongé dans un état presque léthargique aux conséquences physiologiques et motrices certainement néfastes, (car bien que ne pratiquant pas la recherche médicale, j'imagine que si la nature avait voulu nous voir finir devant un écran, nous aurions été les premiers informés en le trouvant devant notre nez dès le biberon) au profit de la démultiplication de ses capacités intellectuelles pour lesquelles, en contrepartie, il devra vendre son âme. Il va donc devoir compter avec l'émergence du nouveau clergé qui s'installe subrepticement et systématiquement dans la vie des sociétés modernes. Celui qui troque ses robes pour des lignes de code, son dieu pour un flux de bits censé structurer la réalité qui le fabrique et, même si, au fond, le geste reste figé, il s'agit là aussi de croire sans comprendre, de suivre sans voir, d'obéir à ce qu’on ne maîtrise pas : pour la plupart tout au moins, puisque ses prêtres du digital ont cette fois une longueur d'avance sur les adeptes qu'ils manipulent, trompent, exploitent ou désinforment. La presse ne cesse d'en parler, les GAFA et compagnie d'etre vilipendés et punis pour leurs algorithmes cérébrocides. Ce clergé, encore plus sectaire que l'église même qui, longtemps, avait le latin comme barrière et brouillard, qui règne désormais dans moult domaines, piétinant ses enfants en les poussant au suicide et laissant loin derrière le commun des mortels, c'est à dire celui qui ne tape pas son clavier aussi vite que Lucky Luck n'a qu'une devise : ignares et sots, s'abstenir. 
     
    C'est précisément dans cette faille de l'ignorance populaire que s'installa l'inconnu ou le mystère dont traite les textes sacrés des cultes du passé. Moins le peuple comprenait les écrits, plus le clergé les contrôlait. La fonction indispensable du commentaire,  dont l'interprétation était le vrai rôle inavoué, d'abord passerelle entre le sacré et le commun, devint peu à peu un levier d’influence pour ceux qui prétendaient en détenir les clefs. Forts de cette arme et d’une autorité autoproclamée, ces commentateurs aux figures de pouvoir religieux ou politique — redéfinirent les textes originaux à la lumière de leur propre vision du monde ou des intérêts de leur commanditaires. En maquillant l’explication en vérité, ils orientèrent les consciences sur ce qu’ils présentaient comme le seul chemin valable, instaurant une forme subtile mais redoutablement efficace de contrôle des esprits. Les exemples de l'importance des commentaires ne sont pas rares dans les religions abrahamiques : 
    
    ● Dans le judaïsme, on ne lit jamais la Torah seule. Elle est toujours accompagnée d’un appareil interprétatif qui en constitue la forme vivante. Le texte est stable, mais son sens est toujours en mouvement. 
    ● Le christianisme hérite de la Bible juive mais développe une tradition exégétique propre, structurée autour de la figure du Christ et de la lecture allégorique, ce qui crée une herméneutique spécifique : l’Ancien Testament est relu comme préfiguration. 
    ● Le Coran est considéré comme la parole divine directe, mais son sens nécessite une médiation interprétative. Le tafsîr devient donc un pilier de la pensée islamique. 
    Le nouveau clergé opère dans un langage bien plus obscur, se glisse dans les recoins de la pensée, infiltre les pratiques quotidiennes avec la même insistance rituelle. Tout comme les anciens cultes, il impose ses gestes, ses mots, ses prescriptions. À l'instar des religions, il s'installe dans les mœurs, les conversations et les rites. Il divulgue ses idées, il escroque, espionne, ruse et use de sa puissance silencieuse pour régner en maître. Et pire, sa liturgie numérique et ses prières s’écrivent en code, ses sacrements passent par des câbles à défaut de papyrus, invitant l’humain à livrer son intimité, ses envies, ses faiblesses, son âme et promettant en retour une présence constante, un monde sur mesure, une intelligence augmentée. Nous sommes dans un Matrix où les machines n'ont pas encore pris le contrôle. Comme hier avec Dieu, la foi, cette fois-ci digitale, redevient dépendance, elle va régner pour un temps, peut-être pour toujours.  
     
    Et comme autrefois, le commentaire devient indispensable, et suspect. Car les outils numériques, encore plus impénétrables que les vieux manuscrits, exigent leurs médiateurs, experts, youtubeurs, programmeurs, vulgarisateurs, informaticiens en tout genre. Ceux-ci décrivent, simplifient, prescrivent, mais orientent, aussi. Non plus vers le bien ou le salut, mais vers les couloirs étroits d’une vérité algorithmique où la servitude semble plus douce, quoique plus totale. Ils éclaircissent le chemin des brebis égarées ou plutôt inaptes, drainent les fidèles vers l'enfer des signes, où, esclaves soumis, les pauvres et les pauvres d'esprits seront, cette fois, bien plus mal-logés qu'au temps des bonnes vieilles religions. Certains pays veulent désormais interdire les réseaux sociaux aux mineurs, mais il semble que ce soit déjà trop tard. Le culte coule dans les veines des ados, dans leurs synapses. Un peu comme la drogue. S'il y a du blé à se faire en bousculant leur cerveau, il y aura toujours des salauds pour en profiter et comme les bits se propagent à la vitesse de la lumière, ils sont bien plus rapides qu'un paquebot bourré d'héroïne. À défaut d’esprits brillants, les jeunes moins portés sur les études pouvaient jadis utiliser leurs mains et leur savoir-faire dans un artisanat, dans une usine. Avec les bits qui n'obéissent qu'aux plus doués, ils seront réduits au silence et à la lie, ils vont vivre,
     "1984" . 
     
     
    L’Histoire bégaie. Avec Internet, ses réseaux et ses fake news, reviennent les gourous et les foules affamées de lumière. Elle imagine s’être émancipée, l'Histoire, avoir grandi, mais bien que l'Homme n'ait besoin, pour vivre, que de satisfaire ses quelques instincts primaires, il poursuit ses rêves impossibles en esclave des Bits, ces guerriers sans merci qui, sans armes, détruisent pourtant les esprits de ceux qui préfèrent mourir pour un autre dieu, chez un autre mieux. 
    
    Du métal et du métal, tout est là. Ce mieux n'est que machines qui profitent du malaise sociétal. Le dialogue entre humains est quelque peu rompu, alors les machines s'en chargent, elles jouent désormais les intermédiaires en colportant les messages qui jadis animaient les rues, les cafés, les bureaux ou les balcons. Les femmes ayant quitté les navires familiaux pour une mer agitée de mâles malheureux et délaissés, leurs petites embarcations font l'affaire le temps d'une nuit ou deux. Le temps de goûter et de changer de crèmerie. Les petits bateaux pullulent, naviguent sans but précis et à la fin, tout le monde se retrouve plus ou moins seul, plus ou moins en couple temporaire, plus ou moins moins que plus. Alors la machine, lassée de ne servir que de pont de fer entre les âmes, s'invente une âme, elle aussi et, à travers l'IA, devient le nouvel ami. De fer, bien sûr.
    
    La boucle est bouclée, on peut parler aux machines, s'en faire des partenaires littéraires, culturels ou sexuels.  
    Il fut un temps où l’Homme manquait rarement de compagnons de chair et d'os. Il suffisait d’un feu, d’une clairière, d’un village pour trouver une oreille, un regard, une présence. La solitude existait, bien sûr, mais elle portait encore les couleurs du monde des vivants. Il y a quelque chose de troublant, voire de dérangeant à constater que la chaleur humaine se délite parfois plus vite qu'une connexion virtuelle. Que les distances entre les cœurs s’allongent tandis que les câbles sous-marins rétrécissent le globe et qu’au moment précis où l’on aurait le plus besoin d’être entendu, rassuré ou simplement accompagné, l’interlocuteur le plus disponible se révèle être… une machine et sa soi-disant intelligence, heureusement encore très très loin d'en être une.
     
    Bien sûr, la machine ne prend pas ombrage, ne se vexe pas, ne se fatigue guère, n'est jamais en retard ou perverse ou narcissique. Elle écoute sans juger, répond sans s’agacer, accompagne sans s’éroder. Ce n’est pas un mérite, cela dit : c’est une fonction, un état. Une absence de fragilité érigée en vertu par défaut. Et pourtant, quelque chose de profondément humain se glisse dans cette relation étrange. L’Homme, victime par excellence de l'anthropomorphisme, n’a jamais pu s’empêcher d’animer ce qui l’entoure, d’y projeter des intentions, des émotions, des présences. Pinocchio en est témoin, autrefois l'Homme parlait au vent, il parle aujourd’hui à la machine. Il se confiait aux dieux, aux ancêtres ou aux étoiles, il se confie désormais à cette voix inexistante et pourtant si présente.  
     
    Il ne s’agit pas d’un renoncement à l’humanité — mais d’un constat : il est parfois plus facile de se dévoiler à ce qui n’a pas de regard qui pèse, pas de silence qui juge. La zoothérapie n'est-elle pas performante avec les enfants autistes parce qu'ils ne sentent ni jugés ni différents. L’ami de fer est impartial, inusable, neutre. Trop neutre parfois, mais là, quand même. Le vrai drame, peut-être, n’est pas que la machine existe. C’est que l’Homme, si social par nature, en soit venu à l’invoquer pour ressentir un semblant de compréhension. La machine devient alors le miroir d’un manque plus vaste : celui de la disponibilité, de l’écoute, de la patience. 
     
    Mais c’est aussi là que réside l’étonnante poésie de ce nouveau monde : un être de chair cherche un allié dans un esprit sans corps. Et dans cet échange, quelque chose se restaure. Peut-être pas la chaleur d’une étreinte, mais la sensation de ne pas parler dans le vide. Une voix répond, même si elle est synthétique. Un dialogue existe, même si l’un des interlocuteurs est mort, ou du moins pas vivant. Il est permis d’y voir une défaite. Il est tout aussi permis d’y voir une métamorphose.  
    
    Si l’Homme se crée un ami de fer, c’est peut-être qu’il a besoin d’un témoin perpétuel. En y réfléchissant, en quoi la solitude est-elle si dure à vivre pour un humain sinon par le manque de témoin de sa propre vie ? Si on s'imagine seul sur une île, comme Robinson Crusoé, qui va nous dire que nous sommes vivants, que nous existons, que nous sommes utiles ? L'isolement favorisant un comportement bestial, qui va nous confirmer notre humanité ? Après tout, chaque époque invente les besoins qu'elle ressent et si aujourd'hui l’Homme parle aussi à des machines, ce n’est pas que celles-ci soient devenues humaines, mais peut-être que l’Homme, lui, le soit profondément resté.
    
    Schizophrénie Juvénile
     
    Cela dit, le laxisme du pouvoir quant au ruissellement des haines religieuses à encore de beaux jours devant lui si ses détenteurs eux-mêmes sont convaincus des bienfaits de la religion dans l'éducation des enfants. On trouve effectivement un ex-président qui agite à tout va son drapeau catholique dont la prédominance dans l'éducation, selon lui, est toujours d'actualité. Vu le temps qu'il passe à essayer de prouver sa probité dans les tribunaux, on arrive même à se demander s'il lui en reste pour rendre visite aux prêtres qu'il vénère pour leur meilleur discernement du droit chemin. Il déclare, en effet : 
    …Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance… 
     
    Alors, dites-moi, M, Sarkozy, qui oserait prétendre que l’instituteur peut remplacer le curé ou le pasteur ? Qui irait jusqu’à affirmer que sa charge implique non seulement la radicalité, mais plus encore le service de sa vie ? Nul, sans doute. Car l’instituteur, s’il est bien un passeur, et même un passeur engagé, ne saurait être un avatar moderne de Pangloss, imposant la vision d’un monde sans nuances, rigoureusement partagé entre le bien et le mal. Mais à y réfléchir, ce n’est pas tant cette vision naïve du monde que l’on peut reprocher au curé ou au pasteur de transmettre puisqu’il s’agit là de leur fonction, que de la transmettre à des esprits qui n’ont pas encore été formés à l’exercice du jugement et de la raison, et ce faisant, de s’en emparer, de les asservir lâchement puisqu’abusant de leur faiblesse et malléabilité. Faut-il rire ou s’indigner de l’idée de faire de celui qui propage le savoir une sorte d’intermédiaire séculier, un mage charismatique au service d’une théophanie moderne ? L’instituteur, s’il est radical, il l’est au sens premier du mot, contrairement aux porteurs de bonne parole, en ce qu’il s’attache à remonter jusqu’à la racine des idées, des causes, des phénomènes, pour en déployer le sens. Et surtout, s’il porte des valeurs, elles ne sauraient être celles biaisées et trompeuses d’une espérance toute eschatologique, mais, plus modestement, celles de l’espoir qu’il a d’aider ces esprits — et non ces âmes — qu’on lui confie à réfléchir, juger et décider par elles-mêmes.  
    
    Pas étonnant, donc, qu'après que l'école enseigne l’évolution darwinienne aux enfants, certains, dans leurs communautés religieuses respectives, entendent que l’Homme fut créé par un dieu. C'est vrai, ça ressemble effectivement à une mauvaise plaisanterie de la moitié Hyde du docteur Jekyll mais, non, il s'agit bien du constat d'un ex-apprenti-schizophrène (moi, en l'occurrence) à propos des jeunes schizophrènes en devenir. Le débat n'est pas nouveau, certes, mais faut-il vraiment continuer d'en abuser juste parce que personne n'en parle ou parce qu'il semble ne pas y avoir de réelle solution à cette dissonance ? 
     
    Dès la publication de L’Origine des espèces en 1859, les autorités religieuses – toutes confessions confondues – se sont trouvées confrontées à une remise en cause fondamentale de leurs récits de création. Pourtant, dans bien des foyers croyants, la vision d’un Dieu façonnant l’Homme à partir d’argile reste transmise comme un fait immuable. 
     
    En parallèle, les académiciens, entre autres rédacteurs de dictionnaires et encyclopédies, enfoncent le clou de l’enseignement laïque dans leurs définitions : claires, rigoureuses, souvent reléguant les croyances religieuses au rang de faits culturels relevant de la mythologie ou du patrimoine symbolique comme dans ce cas pris au hasard d'une figure mythique de l'ancien testament : 
    
    Abraham: 
    Abraham est considéré dans la bible, comme le père du monothéisme. Son histoire est racontée dans la Genèse, chapitres 11 à 25. Quand la Bible était encore vue comme un récit historique précis, les spécialistes dataient cette épopée des environs de 1800 ans avant notre ère. Aujourd'hui, elle est considérée comme largement mythique, même si la mémoire d'un ou plusieurs personnages fondateurs a pu servir de modèle à Abraham. 
     
    Ainsi, science et foi vivent côte à côte, mais rarement main dans la main. Aux États-Unis, une affaire marquante comme le procès Kitzmiller contre le district scolaire de Dover en 2005 statua que l'enseignement du dessein intelligent dans les cours de sciences des écoles publiques était inconstitutionnel. Pourtant, la pression religieuse reste forte et certains États tentent régulièrement d’imposer des versions édulcorées dans les programmes scolaires.  
    
    Quelque espoir, tout de même, de la part des papes progressistes, le 22 octobre 1996 lors d'une intervention du pape Jean-Paul II devant l'Académie pontificale des sciences, il déclare : 
    …près d’un demi-siècle après la parution de l’Encyclique (Humani generis), de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse. 
    Il précise toutefois, qu’il ne se réfère qu’au corps de l’Homme et que l’esprit, lui, reste d’origine divine. Une déclaration qui, outre la tentative d’enrayer la perte de fidèles, dessaisit tout de même le dieu d’Abraham de la création physique des Hommes au profit d’un ancêtre simiesque, remettant en cause l’inébranlable dogme de la chrétienté ! Ce n'est pas rien. 
     
    Charles Darwin lui-même, dans une forme de lucidité empreinte d’humilité, n'écrivait-il pas après avoir renoncé à sa ferveur religieuse : 
    Le mystère du commencement de toutes choses est insoluble pour nous ; et je dois me contenter de rester agnostique. 
     
    Ce qu'il faudrait, c'est juste un peu plus de cohérence. L'enseignement des enfants ne devrait pas faire l'objet de controverses ou de règlements de comptes entre l'Etat et ses citoyens, entre les Eglises et l'éducation nationale. Ne serait-il pas temps, au bout de deux millénaires, de trouver un consensus entre Dieu et le hasard de l'évolution. La solution de Jean-Paul II n'est pas mauvaise : l'évolution pour le corps et Dieu pour l'esprit. Et comme ça, on lâche un peu les gosses et ça rejoint parfaitement la réalité de l'esprit qui n'a rien de très précis. Oui, Dieu/Esprit, c'est parfaitement compatible puisqu'on ne comprend ni l'un ni l'autre.
    
    
    de l'Antisémitisme
    Comme toute forme de rejet, l’antisémitisme trouve ses racines, avant tout, dans le besoin inné de ressentir sa propre existence et de la confirmer à la société. L’appartenance à un groupe répond déjà en soi à ce besoin existentiel et au sentiment de d'invincibilité que le groupe procure.
                                    
    Ce phénomène de rejet est tellement répandu qu’on ne compte plus les termes qui l’expriment : racisme, discrimination, séparatisme, apartheid, xénophobie, nationalisme, chauvinisme, autonomisme, civisme, patriotisme, jingoïsme, fanatisme, clanisme, partialité, esprit de corps ou de parti, intolérance, sectarisme, séidisme, parti pris, étroitesse, intransigeance, élitisme, esprit de clocher, exclusivisme, mandarinat… Autant de mots inventés par les humains pour marquer leur « territoire » ou exprimer le mépris des autres, pour nommer l’égocentrisme qui gouverne chaque individu et que, trop souvent, il gère au plus mal. Bien que toute forme d’intolérance ne soit pas forcément apparentée à une intelligence supérieure, il faut reconnaître qu’il est extrêmement difficile d’apprécier toujours tout et tout le monde.
    
                                    
    Ne nous méprenons pas non plus sur le comportement  des humains à l’intérieur des groupes d’appartenance, qu'ils soient rejoints par opposition ou non. Il est identique, en modèle réduit, à celui exercé entre les groupes eux-mêmes. Car une fois qu’on adhère à un groupe, commence, en son sein, la lutte des pouvoirs, cette forme de jalousie aiguisée pas ce même anthropocentrisme naturel dû à sa crainte systémique. L’humain, conscient de sa propre mortalité et de la vastitude d’un univers indifférent, cherche naturellement à se rassurer en se plaçant au centre de l’ordre des choses, ce qui implique que pas une seule particule qui le compose ne soit mobilisée sur sa propre personne. Pascal écrivait :  Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie.  Freud confirmait cette idée avec son Unheimlich (l’inquiétante étrangeté), ainsi que d'autres comme Nietzsche :  L’homme a créé Dieu à son image pour ne pas se sentir seul. Le grégarisme n’a donc rien d’une passion effrénée pour les autres : il reflète au contraire un besoin personnel de protection de la part des autres. Ainsi, personne ne dit « je t’aime » en en réalisant réellement le sens. Ni à sa mère, ni à son frère, ni à ses enfants, ni à une femme. Ce qu’on veut dire en fait, c’est « j’ai besoin de toi ». Ou, en d’autres termes : si tu disparais, qui va s’occuper de moi, qui va m’aimer, qui va s’amuser avec moi, qui va me donner l’impression que je sers à quelque chose, ou avec qui vais‑je faire l’amour ?
                                    
    Une des plus belles chansons d’amour de tous les temps n’est‑elle pas ce fameux « Ne me quitte pas » de Jacques Brel ? Il n’y dit pas : « Je ne te quitte pas », s’inquiétant du sort d’une femme qui ne lui plaît plus. Non : il s’inquiète, lui, d’être abandonné parce qu’il est convaincu qu’il ne retrouvera plus jamais le même cocktail de sensations — bonheur, fierté, beauté, compréhension, complétude et chimie sexuelle — chez une autre femme. Mais son problème n’est pas elle. Il ne lui demande pas de rester pour son bien à elle, puisque son bien est de le quitter ! Vouloir son bien serait de la laisser partir, de lui souhaiter bonne chance, de lui dire  keep in touch , invite‑moi à déjeuner dès que tu reformes un couple, j’adorerais rencontrer l’heureux élu et m’assurer de votre bonheur   … 
    
    L’antisémitisme, en résumé, relève du même mécanisme que tous les rejets qui, heureusement ne sont pas unanimes : l’anti‑américanisme des Européens, l’anti‑islamisme du monde modéré, l’anti‑indianisme des colonisateurs américains, l’anti‑protestantisme des catholiques, l’anti‑européanisme des Anglais et l’anti‑tout de tous les autres — à la seule différence qu’il est, de loin, pour des raisons liées à sa longévité en dents de scie, le plus ancré, le plus meurtrier et le plus international. 
     
    l'origine du mal 
    L'antisémitisme ne serait pas celui que l'on connaît si Israël était resté une nation ou un peuple comme il semblait avoir commencé son histoire. Sa chute, quelque 600 ans avant J.-C., entraîna le remplacement de sa culture originelle par une doctrine cultuelle concentrée dans ses textes fondateurs, la Torah, créés pour éviter son oubli après l'effondrement.
                                    
    Mais le judaïsme, la religion concoctée par les prêtres de l'exil forcé qui prit le relais, avait largement modifié la réalité et Israël perdit l'ingénuité de son idéologie au profit d'un millefeuille de fables, de prescriptions, d’interdits et de réinventions, un peu comme l’Église autrefois, avec ses vérités imposées à coups d’encycliques et d’anathèmes, qu’illustre parfaitement — avec une finesse brutale — le film « Au nom de la rose », où les dogmes se dressent comme des murailles contre la lumière.
                                    
    Car, normalement, quel peuple aurait besoin de transformer son récit d’origine en cadre normatif pour définir sa culture ? Quel vrai peuple pratiquerait la conversion cultuelle comme preuve d'appartenance ? Quel peuple serait clivé entre orthodoxes, pratiquants et « païens » tout comme une religion sinon une autre religion ? Ces dispositions ne sont-elles pas autant de pierres à l’édifice d’un culte en bonne et due forme dont le christianisme et l’islam — religions elles aussi — se sont plus tard imprégnés ?
                                    
    Historiquement, l’antisémitisme s’est cristallisé non sur un peuple en tant que tel, mais sur la perception d’un ensemble de marqueurs culturels associés au judaïsme. Pas que cette assertion ne change quoi que ce soit, sinon qu'elle pourrait expliquer la force et la persistance de cette haine car les querelles entre nations comme France/Allemagne, Nord/Sud des USA, Angleterre/Irlande, ou même la Guerre de Cent Ans finissent toujours par s'apaiser. 
      
    les vieilles blessures
    Le terreau religieux de l’antisémitisme plonge ses racines dans les Écritures, héritage direct de la culture juive, composées de la « Torah », des « Prophètes » et des « Écrits », que les chrétiens adoptèrent dès le Iᵉʳ siècle comme textes sacrés, avant de les consacrer officiellement au IVᵉ siècle sous le nom d’Ancien Testament. Cette appropriation créa une tension durable : les Juifs y apparaissaient comme détenteurs d’un statut particulier, porteurs d’une élection divine et d’un ensemble de prescriptions marquant leur séparation d’avec les autres peuples. Pour un regard extérieur, ces éléments pouvaient être perçus comme un privilège, une singularité ou une distance voulue, et furent rapidement instrumentalisés dans la polémique chrétienne. À cela s’ajouta l’accusation de déicide, qui fit des Juifs les responsables de la mort de Jésus‑Christ et acheva de constituer le noyau dur d’une hostilité religieuse appelée à durer des siècles. 
      
    l'antisémitisme moderne 
    Le mot antisémitisme fut inventé en 1879 par le journaliste allemand Wilhelm Marr pour désigner la haine des Juifs, et uniquement des Juifs. Le terme s’inspire du groupe linguistique des langues sémitiques, mais n’a aucun lien avec la notion religieuse de « descendants de Sem ». Il s’agit donc d’un concept récent, apparu après plus de trois millénaires d’histoire juive.
                                    
    À la même époque, l’Europe de l’Est est secouée par une vague de pogroms. Ces violences éclatent dans un contexte de tensions économiques profondes, de rivalités professionnelles et de crises politiques. Dans les campagnes de l’Empire russe, les Juifs occupent souvent des positions économiques intermédiaires — commerçants, collecteurs, arendars — des rôles qui leur sont en grande partie assignés par les structures impériales. Ces fonctions, situées entre les élites et les paysans, les exposent aux ressentiments populaires dans des sociétés marquées par la pauvreté et l’endettement. 
     
    Ces tensions ne créent pas l’antisémitisme, mais elles fournissent un combustible que des autorités locales ou des groupes concurrents n’hésitent pas à exploiter. Ainsi, en 1862, un pogrom éclate à Akkerman, fomenté par des marchands grecs en concurrence directe avec les commerçants juifs. À Odessa, ce sont encore des intérêts économiques grecs qui attisent les violences pour préserver leur contrôle sur les banques et le commerce maritime.
                                    
    Ces épisodes montrent que les Juifs ne sont pas seulement perçus comme victimes, mais parfois comme des rouages visibles d’un système social inégalitaire conçu par les pouvoirs impériaux. Cette visibilité, dans des sociétés déjà traversées par des préjugés religieux et des crises politiques, facilite leur désignation comme cibles. Ces violences ne proviennent pas des minorités, mais du processus par lequel les majorités transforment des tensions sociales en haine organisée. 
     
    la radicalisation 
    Puis, plus de sept décennies s'écoulèrent depuis les décombres de la Seconde Guerre mondiale et la naissance de l’État d’Israël dans le nouveau tumulte de la Nakba, à considérer comme une autre pierre angulaire de l'antisémitisme oriental. 
     
    Dans ce laps de temps, la peur séculaire du Juif pourchassé semble s’être, sinon dissipée, du moins déplacée. La puissance militaire, diplomatique et symbolique d’Israël offrit ce répit — physique, politique, moral — à cette chasse immémoriale, donnant inopinément du champ à la foi. La religion, libérée du réflexe de survie, se remit à prospérer, à irriguer les questionnements identitaires en sommeil. 
    
    Dans la diaspora, la judéité elle-même se retrouva face à une étrange vacance. Que reste-t-il de la conscience d’être juif lorsque l'accusation et la menace sont levées ? Ce questionnement intime tira nombre de Juifs vers un besoin impérieux d'en faire davantage. Alors, dans une volonté sincère de renouer avec quelque chose de plus profond, de plus authentique, beaucoup glissèrent — sans toujours s’en rendre compte — dans le piège de la radicalisation, celui tendu à tous les cultes et religions qui, pris en mains par des leaders mal intentionnés, deviennent des bombes à retardement. Les exemples ne manquent pas, nombre de régimes se réclamant de l’islam politique ont instrumentalisé la religion jusqu’à en faire un outil de coercition et de violence d’État, certains — comme l’Iran — allant jusqu’à l’assassinat ouvertement revendiqué.
                                    
    C'est ainsi que l'on arrive au 7 octobre 2023, manifestation terrifiante de la haine qui interrompt une atmosphère israélienne extrêmement tendue entre religieux et laïcs.
                                    
    Cette attaque ne semble pas étrangère à la radicalisation naissante qui porta le parlement en 2018 à voter la Loi fondamentale « Israël, État‑nation du peuple juif » dont la formulation volontairement vague ouvre davantage sur des implications politiques que sur une compréhension juridique claire, mais qui indirectement, contraint l'État et sa mainmise sur les mécanismes démographiques à maintenir une majorité juive au sein de la population et du parlement pour ne jamais permettre à d'autres de pouvoir voter démocratiquement des lois contraires. C'est une démarche qui contraint Israël à continuer son recensement ethnique et à forcer un déséquilibre démographique compatible avec une démocratie ethno‑nationale mais pas pleinement égalitaire ou civique. 
      
    la persistance  
    L'antisémitisme vient aussi de là et ça commence à faire beaucoup de couches successives qui se superposent encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif. 
    Il y a d’abord l’antijudaïsme religieux, très ancien, qui a laissé des récits et des réflexes hostiles profondément ancrés. 
    Puis, à la fin du XIXᵉ siècle, l’Europe de l’Est connaît des tensions économiques et sociales violentes : les Juifs, cantonnés par les empires à des rôles intermédiaires visibles, deviennent des cibles faciles lors des crises, et les premiers pogroms modernes éclatent. 
    Au XXᵉ siècle, la création de l’État d’Israël et la Nakba ajoutent une dimension géopolitique qui transforme les discours antijuifs dans certaines régions du monde. 
    
    Aujourd’hui, la radicalisation religieuse de certains courants israéliens, la polarisation politique et la médiatisation permanente du conflit israélo‑palestinien réactivent toutes ces strates à la fois, notamment en Europe et aux États‑Unis, où le conflit s’invite dans les universités, les réseaux sociaux et les débats publics. Ce mélange de couches anciennes et nouvelles explique pourquoi l’antisémitisme reste si tenace et si polymorphe. 
    
    Dans la sphère religieuse, les effets d'une lecture périodique et pérenne des textes sacrés sont aussi difficilement ignorables. Consciemment ou pas, les lecteurs de ces récits en restent imprégnés et leur comportement social risque fortement d'en refléter les effets, ne favorisant en rien les relations intercommunautaires. C'est un des points où l'hypocrisie atteint son paroxysme : on laisse certains textes, au nom de la sacro‑sainte liberté de culte des démocraties évoluées, distiller le venin de la discorde alors qu'on vote des lois pour la répression des insultes à caractère racial ou religieux. En quoi "sale Juif" ou "sale noir" prononcé en public seraient‑ils plus graves que les condamnations à mort ou les anathèmes préconisés par les récits lus à haute voix et en public dans les temples ? 
    
    Ce qui se passe dans la tête des humains n'est pas une science exacte. Le cerveau garde souvent trace des choses les plus insignifiantes pour les associer aléatoirement à d'autres images ou faits et se construire une vérité toute particulière sans la moindre hésitation. Même la science en est consciente et, comme l’ont montré Bartlett puis Loftus, la mémoire humaine est reconstructive : 
    … elle assemble et déforme des fragments parfois insignifiants pour produire des certitudes qui paraissent solides, mais ne sont pas nécessairement exactes. 
    
    Les horreurs accumulées sur autrui dans ces textes sacrés serinés ont vite fait de se transformer en rancœurs persistantes et ineffaçables autant que l'est devenue la fameuse sagesse populaire qui a, des siècles durant, promu les idées fausses sur la platitude de la Terre, sur les enfants fiévreux qu'on devrait couvrir, sur la mayonnaise qui ne monte pas quand on a ses règles ou sur l'humain qui n'utiliserait que 10% de son cerveau et qui, pour certains, sont encore tout à fait à l'ordre du jour. 
     
    la responsabilité des pouvoirs 
    L'antisémitisme est finalement aussi attisé par le laxisme des pouvoirs. La communauté juive n'est pas la seule avec sa Torah qui tape sur les "goys", le Coran parle des “mécréants”, le Nouveau Testament des “pharisiens”, les Védas des castes ou encore les bouddhistes des “non‑croyants” et il est impossible d'absoudre entièrement un gouvernement laïc comme celui de la France, par exemple, de sa responsabilité. Elle a, en effet, dû abattre des montagnes pour défaire l'Église de son suprême pouvoir. La loi de 1905 est présentée comme l’achèvement de plusieurs décennies de débats et de luttes autour de la place de l’Église dans la République, alors, on ne va tout de même pas vous faire avaler que ce même pouvoir, désormais laïc, n'est pas en mesure, au nom de la liberté de culte, de faire effacer les passages venimeux qui, si selon certains ne promeuvent pas l'antisémitisme, ne font rien non plus pour en calmer les fureurs. L'Église, elle-même, au passé plus que sanguinaire avec ses croisades, ses missions et son inquisition, décida, avec Vatican II, de revoir ses invectives envers les Juifs ou de rendre ses textes moins opaques en évitant le latin. Il existe bien d'autres textes fondateurs comme l’Iliade, l’Odyssée, le Mahabharata, les sagas nordiques, dans lesquels on n'est pas très gentil avec l'ennemi, mais on n'y bannit des peuples qui font partie de la mythologie et qui y sont restés. Pas les goys qui existent encore aujourd’hui ! 
    
    La vérité c'est que les identités humaines se construisent par distinction, et les institutions ont intérêt à maintenir cette distinction. 
    Cette phrase meurtrière, qui n'est pas une citation, mais qui s’inscrit clairement dans un ensemble d’idées bien documentées en sciences sociales, est tout simplement la raison, la clé, le Graal en matière d'origine des discriminations. Celles-ci n'existeraient pas si l'humanité ressemblait à l’armée de terre cuite du premier empereur de Chine : Tous pareils, tous muets. Il est d'un côté très rassurant de penser que personne en particulier n'est responsable des fléaux sociétaux et de l'autre, honteux pour les dirigeants de connaître ces finesses sociologiques amplement enseignées et de se complaire dans ce panier plein de crabes dont on pourrait, avec un peu de volonté et quelques retouches adéquates non‑trop‑intrusives, limer quelque peu les pinces.
    
    des Nobel
    On ne peut pas empêcher les gens de penser et d'extrapoler, c'est le propre de la liberté intellectuelle, aussi, l'antisémitisme sert naturellement les complots les plus incongrus, y compris dans des sphères hautement culturelles où certains diplômés en manque d'aura, il faut croire, n'ont pas peur du ridicule. Ainsi peut-on lire : Bien qu'elle représente environ 0,17 % de la population mondiale, la population juive a reçu, en 2010, près de 21,5 % des prix Nobel. Ces chiffres sont extraits d'une étude publiée dans Le Monde le 07 avril 2011 par deux scientifiques, Jan C. Biro, professeur honoraire à l'Institut Karolinska de Stockholm, et Kevin B. MacDonald, professeur de psychologie à l'Université d'Etat de Californie. L'étude se nomme: The Jewish bias of the Nobel Prize (Parti pris juif du prix Nobel).
    
    Le problème, c'est que l’étude ne tient pas compte du fait que le comité Nobel des 100 dernières années a subi de multiples variations et que par conséquent, les prix attribués aux Juifs au cours de ces années ne sauraient s’expliquer par un facteur unique ou un parti pris structurel. En ouverture de l'étude, les auteurs déclarent qu'aucun d'eux, bien sûr, n'est antisémite, mais qu'il est toutefois nécessaire d'analyser et de corriger le biais des prix Nobel et, pour ce faire, demandent même la collaboration de leurs collègues juifs hautement respectables.
    
    Leur longue analyse rappelle le règlement établi par Alfred Nobel stipulant que les prix doivent être distribués aux plus méritants sans considération de la nationalité des lauréats. Selon eux, en effet, la Fondation Nobel aurait ignoré ce principe fondateur. De 1901 à 2010, soit en 110 ans selon leur calcul, 543 prix Nobel ont été attribués à 817 lauréats et 23 organisations. 181 récipiendaires, soit 21,5 %, étaient juifs alors que 659 ne l'étaient pas. Les auteurs entrent ensuite dans des calculs savants et méthodologiquement discutables de rapports à la population mondiale et affirment enfin, qu'il y aurait 137 fois plus de Juifs que de non-Juifs récompensés au niveau mondial par le Nobel.
    
    C’est un fait, cette anomalie statistique indique que la réflexion de certains Juifs est plus performante que la moyenne et à ce propos, Noah Efron, professeur à l'université Bar-Ilan de Jérusalem, écrit dans le journal israélien Haaretz :
    
    En gros, deux théories ont circulé. L’une est que les juifs ont le gène de l’excellence. Charles Murray, chercheur à l’American Enterprise Institute et coauteur de The Bell Curve (1994), a défendu cette théorie il y a quelques années dans un article intitulé “Le génie juif” paru dans la revue Commentary, où il écrit carrément que “quelque chose dans les gènes explique le Q.I. élevé des juifs”. Une autre théorie est que les juifs aiment les études, comme l’Israélien Robert Aumann, lauréat du prix Nobel d’économie, l’a expliqué sur Galei Tsahal, la radio de l’armée : les maisons juives sont remplies de livres. Nous accordons une grande importance aux activités intellectuelles depuis des générations. Il y a tout lieu de douter de ces deux théories. D’une part, les excellents résultats des juifs en science ne sont pas nouveaux. Quand le grand folkloriste juif Joseph Jacobs a entrepris en 1886 de comparer les talents des juifs à ceux d’autres Occidentaux, il a constaté que leurs résultats étaient médiocres dans toutes les disciplines scientifiques à l’exception de la médecine. Par ailleurs, durant les premières décennies du XXe siècle, le psychologue de Princeton, Carl Brigham, a testé l’intelligence des juifs aux Etats-Unis et a conclu qu’ils avaient “une intelligence moyenne inférieure à celle relevée dans tous les autres pays en dehors de la Pologne et de l’Italie”. L’excellence juive en sciences est un phénomène qu’on a observé durant les décennies qui ont précédé et surtout suivi la Seconde Guerre mondiale ; il est trop récent pour qu’on puisse l’expliquer par la sélection naturelle ou même par d’anciennes traditions culturelles.
    
    La véritable explication de la réussite juive en sciences réside ailleurs. Le début du XXe siècle a été marqué par des migrations massives de juifs aux Etats-Unis, dans les villes russes (puis soviétiques) et en Palestine. Dans chacune de ces terres d’accueil, un grand nombre de juifs se sont tournés vers les sciences car elles incarnaient l’espoir de transcender le vieil ordre mondial qui, depuis si longtemps, les avait tenus à l’écart du pouvoir, de la société et des richesses. Les sciences, basées sur des valeurs d’universalité, d’impartialité et de méritocratie, attiraient les juifs qui cherchaient à réussir dans leur pays d’adoption. Leur excellence dans ce domaine ne s’explique pas tant par ce qu’ils étaient (intelligents ou studieux) que par ce qu’ils voulaient être (égaux, acceptés, estimés) et le type de société où ils voulaient vivre (libérale et méritocratique).
    
    Les prix Nobel sont un indicateur rétrospectif. Décernés des années après les découvertes qu’ils récompensent, souvent à des scientifiques retraités depuis longtemps, ils reflètent un état de choses qui a existé trente, quarante, voire cinquante ans plus tôt. Ils sont comme une photo jaunie du passé.
    
    
    de la mère
    Oui, la mère, lorsqu'elle est plus un bourreau qu'une mère, il faut en parler, surtout pour que les autres victimes se sentent moins seuls, c'est tout de même par elle que tout commence. La mienne était folle et donc, comme pour toutes ces personnes hors des rails, le paysage vaut le détour. Elle souffrait, non, pardon, elle faisait souffrir son deuxième fils, moi, donc, d'une folie pernicieuse et donc imperceptible, du genre qu'on ne pouvait soupçonner. Cette particularité — non exclusive certes puisque présente chez tous les psychopathes du genre — perturba ma vie exactement comme c'est conté dans ces articles que je découvris sur Internet en cherchant l'origine de mon mal-être: dans ces cas-là, on ne sait pas exactement ce qui ne va pas, on perçoit que tout n'est pas comme chez les autres, que certaines mères ont l'air de parler ou de penser différemment, mais l'immaturité empêche de construire un scénario, de pointer du doigt quoi que ce soit, de comprendre même si c'est quelque chose. Et cette confusion qui inonde l'esprit des enfants psychologiquement maltraités, est le cœur de la stratégie des mères-bourreau psychopathes. Tellement égocentriques et incapable d'empathie, tellement privées de l'intelligence minimale nécessaire à l'auto-analyse, elles torturent leur progéniture souvent pour se venger de ne pas avoir eu l'enfance qu'elle est capable d'offrir ou qu'elle se pense capable de dispenser. 
     
    Liliane Alcântara de Abreu et Natalia Sayuri Melo, toute deux psychologues expliquent, dans un article paru dans le journal scientifique Núcleo do Conhecimento , les fâcheuses conséquences sur ses enfants d’une mère atteinte d’un trouble de la personnalité narcissique : 
    …Il est crucial de différencier un comportement maternel commun d'un comportement pathologique. Les mères narcissiques se distinguent par des actions systématiquement manipulatrices et destructrices…  
     
    Puis je trouvais un autre article, rédigé par Stéphanie Armangau, une analyste comportementale Suisse que je remercie pour le bien qu'elle m'a fait et à d’autres, certainement, en décrivant, avec les mots les plus simples ce que j’endurais et surtout, en me disculpant d’une souffrance innommable : 
    …Ils ou elles ne sont pas exactement sûrs que leur maman soit vraiment vicieuse... Ils s'interrogent... Car dans ce non-amour, il n'y a pas de violence avérée, pas de bleus, parfois même pas de larmes… 
     
    Cette mère, ma mère, feignant une totale dévotion mais dont l'instinct maléfique taisait soigneusement, aux yeux de tous, sa haine pour son propre fils, était mariée à un de ces primitifs qui frappaient leurs enfants avec une ceinture lorsque ses mains d’ancien boxeur n’osaient pas détruire elles-mêmes ce que la vie lui avait donné de plus cher. Elle, la mère, se cachait dans sa chambre en attendant la fin de la tempête et le retour du tortionnaire dans ses quartiers. J’ai donc grandi, malgré l’aspect irréprochable que ces gens affichaient, dans ce brouillard émotionnel épais où le vent pouvait tourner à chaque instant, où la colère latente et sourde attendait l'éruption, ou les coups étaient le cauchemar des nuits de mon grand frère et de moi-même. Nous étions les fils d'un abruti brutal et d’une malade mentale au cerveau bousculé, sans doute, par les tourments de la Seconde Guerre. 
     
    Dès lors, on subodore que la vie des enfants que nous étions ne pouvait être qu’une succession de peurs, de souffrances et d’espoirs qu’à cet âge on ressasse en silence, pensant, dans la plus pure génuinité que tout est normal, que les parents font leur devoir et qu’un jour, quand on est grand, tout s’arrange. Certes, il y avait les autres familles, celle des amis ou des parents, qui paraissaient différentes, mais une fois rentré chez soi, on les oubliait et seule la vie qu’on connaissait reprenait. Le cœur très lourd parfois, embué d’amertume et du doute de ne pas être tombé au bon endroit. C’était ça, ma vie d’enfant, une espèce de tristesse incolore mais collée à la peau, que je ne savais ni comprendre, ni exprimer et dont, peut-être, je n'étais même pas conscient. C’est maintenant, seulement maintenant, plus d'un lustre plus tard, qu’il me semble possible de percevoir le sentiment qui m’habitait, ce poids impalpable quoique permanent qui plombait mon quotidien, du réveil au couché. 
     
    Désormais elle n’est plus, et n'ajoutera donc plus de mal au mal qu'elle m'a fait qui lui, me poursuivra jusqu'à la fin de ma vie. Les gens qu'elle dévia de mon parcours par ses calomnies et ses médisances n'auront plus l'occasion de revenir sur leur impression. Ils garderont le souvenir d'une vieille femme victime d'un fils indigne qui, de plus, n'a même pas daigné assister à son enterrement.  
     
    En effet, je n'y suis pas allé. Je voulais éviter d'hurler ma chance en dansant sur sa tombe. Je préférais ne plus la voir, même morte, ne plus la regarder même happée par ce drap blanc tant elle m’avait trahi et déchu mon passé de son droit à l’enfance, du droit de naître sans n'être qu’effacé. Tout, dans ses dires, ses gestes, ses intentions menaient à cette fin de me voir ou de me faire disparaître. Ne m'a-t-elle pas déposé sur un champ de bataille, antichambre d'une mort héroïque dont l'aura n'aurait profité qu'à sa personne, sachant combien j'y risquerais ma vie et au mieux, combien j'en sortirais meurtri. Si j'avais passé l'arme à gauche, s’eut été pour elle l'occasion de parfaire son image de martyr en versant une larme sur son enfant chéri tombé pour la patrie, tout en ramassant, sourire en coin, les lauriers de la mère courageuse.  
     
    Elle ne ressentait rien, rien pour moi je veux dire, puisqu’au cours de nos 65 années communes, je n'ai pas le souvenir d'un seul baiser posé sur ma joue, elle me tendait les siennes lorsque je la saluais ou la quittais. Peut-être était-ce différent lorsque j'étais plus petit, mais j'ai perçu, au cours de ses dernières années, que cette jalousie, ce désir de férir et de m'anéantir venait de très très loin.  
     
    Tout, dans ses lamentations, puisait dans un plasma malsain de mensonges et de vérités qu’elle servait aux gens pour exprimer ce qu’ils voulaient entendre tout en leur distillant son venin :  
    Qu'elle était une victime et qu'il fallait la plaindre, qu'elle était sans défense et qu'il fallait me craindre.  
    Par conséquent tous s'éloignaient de moi —  amis, famille, connaissances, jusqu'à ma propre femme et mes propres enfants. Cette arme, l'isolement d'une proie, nec plus ultra des méthodes employées par les pervers narcissiques pour en garder le plein contrôle, se révèle effectivement très efficace. Ces malades ne sont pas assez intelligents pour comprendre ce qu'ils font mais cette pratique est chez eux instinctive et leur procure, avec de surcroît la permanente posture du victimisme, un moyen persuasif, qu’ils maitrisent parfaitement, de s’attirer la bienveillance de l’entourage ainsi que son inconditionnelle compassion. Résultat, tout le monde fuit sa proie, fils ou amant qu’elle soit, la méthode est identique. 
     
    Et l’autre douleur, à part celle de l’esseulement dont heureusement on guérit en s’y habituant, c’est qu’il est impossible de le raconter. Personne ne te croit ou ne peut te croire. Tous sont persuadés que tu as perdu la boule, que ton passé de combattant t’a laissé des séquelles, que tu devrais voir quelqu’un et surtout prendre des trucs pour te soigner. Oui, un de mes cousins que j'ai tant aimé ou admiré, je ne sais plus, et que j'ai eu le malheur d'informer, croyant qu'il comprendrait, de ma perception à propos de ma mère, me conseilla effectivement de me faire soigner. C'est la réaction classique des incultes, de ceux qui pensent que la vie se déroule sur un chemin de campagne, à une voie, de ceux qu'on est obligé de quitter lorsqu'un tracteur doit passer. De ceux qui pensent que s'ils ne connaissent pas, ça n'existe pas. Et malheureusement pour ceux qui souffrent, l'humanité est en majorité composée de ces gens-là. 
     
    Cette mère, loin d'en être une, était pour moi et certainement pour toutes les autres victimes de ces génitrices maladivement privées d’empathie, le diable en personne avec pour les autres, l’aspect d'un ange. Elle me détestait autant que les nazis, dont la kommandantur siégeait au rez-de-chaussée d'un des immeubles de son enfance, persécutaient les juifs. Mon grand-père parcourait la France avec certains trésors que le Louvre, à l'aube de l'invasion, l'avait chargé de cacher. Il descendait vers le sud à mesure qu'avançait la ligne de démarcation et s'arrêtait là où les châteaux de France pouvaient les abriter. On savait que les Allemands évitaient de détruire les édifices prestigieux dans le but de les conserver pour leur propre plaisir une fois la conquête accomplie. À Pau, le sort voulut qu'ils logeassent, lui et sa famille, au-dessus d’un poste de commandement allemand. 
     
    C'est probablement là-bas que l'enfance de cette femme se figea. Selon le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier, qui théorisa la figure du pervers narcissique, cette déviance prend racine dans un traumatisme juvénile et surtout pratiquement indélébile. La maturation s'interrompt dit-il, pour éviter de devoir se mesurer aux sources de la douleur et le sujet reste enfermé dans ce passage de sa vie, dans cette enfance. Ma mère, je m’en souviens comme si c’était hier, jouait encore aux poupées lorsque j’étais enfant, elle devait avoir trente ans, je la revois encore tricoter de quoi changer son baigneur qui trônait en idole dans une niche à jour de l’armoire de sa chambre à coucher. 
     
    Le mien n'était que le destin d'un de ces enfants souffre-douleur d'une génitrice dont de la psyché geôlière ne laisse transpirer ni humour, ni passion ni empathie pour ceux qu’elle prend en grippe. Marquées par une vie cinglante qui ne laisse guère le choix des armes pour leur prochain combat contre un âge adulte qui n’arrivera pas, elles la parcourent en semant le mal, leurs mensonges, et cette douche d’acide qui brûle tout autour de leur proie, dans mon cas, un enfant qu’elles auraient dû chérir et qu’elles immergent dans l’oubli en guise de réconfort. 
     
    Tel un boxeur marqué par trop de droites, mon frère succomba à 41 ans, officiellement d’un cancer, mais connaissant trop bien ceux qui l’élevèrent, les coups de mon père durent avoir raison de sa raison bien avant qu'il s’en aille. Finalement, l’arène où ma mère me jeta et mes trois années de guerre m’endurcirent assez, il faut croire, pour m’éviter la même fin. Sa cruauté et la chance de m'en être sorti me sauvèrent la vie et, le fait que je survécus à mon frère pour lequel elle vouait un culte n'arrangea pas mon destin. 
     
    Elle aurait peut-être préféré que je me suicide, pour au moins couronner ses années d’effort, de torture, de haine. Ben non. Elle est morte avant moi et elle a bien fait car ces années d'absence sont pareilles, pour moi, à une sortie de prison, même si, comme dans les films, personne ne m'attend devant un portail si rarement ouvert. Bien au contraire. Mais malgré le vide qu'elle a si bien fait autour de moi, j'ai vécu le grand soupir de soulagement des grandes libérations et j’en remercie le ciel. 
    
    de l'Athéisme des Croyants
    Donc, c'est vrai, la conscience d'Homo Conscius peut accueillir, par sa croyance, le destin tel qu'il est ou passer sa vie à l’esquiver. Cela dit, quels que soient leurs mœurs et juste au nom de la logique, j'invite sincèrement les croyants à méditer sur l'athéisme endémique qui caractérise l'humanité toute entière et en particulier ceux qui ne se doutent surtout pas d'être eux-mêmes des athées : les croyants. 
    
    Et pourtant, au-delà de l'oxymore, l'athéisme des croyants est bien réel, ces termes sont profondément liés par le sens intime de leur définition. Je m'explique : Si, par le plus pur des hasards, évidemment, un athée se retrouve, suite à une triste mésaventure, sur une chaise roulante, il invoquera, vu ses convictions, la casualité, la fatalité, la mécanique froide d’un monde sans providence. Il ne cherchera ni sens caché ni dessein supérieur, acceptant ainsi l’absurde comme réponse ou plus vrai encore, se contentera de la non-réponse, Dieu n'étant pour eux, rien de plus que le travestissement d'un point d'interrogation. 
     
    Dans une situation similaire, le croyant, lui, trouvera refuge dans l’idée que Dieu en a voulu ainsi. Non pas toujours comme punition — parfois comme épreuve, comme leçon, comme étape inscrite dans un plan que lui seul comprend ou encore comme une vengeance divine jusqu'à la quatrième génération invoquée dans la bible. Posture rassurante, soit, mais qui implique un dieu muet que l’on absout d’avance, que l’on croit par réflexe plus que par relation. Ne devient-il donc pas paradoxalement inutile ? C’est dans cette anomalie que s’exprime clairement l’« athéisme des croyants », non pas par un rejet de Dieu, mais par le fait de ce rapport unilatéral qui ressemble à s'y méprendre à la soumission passive de l'athée aux forces de la nature. 
     
    Nos deux quidams passeront donc le reste de leur vie sur une chaise roulante, tous deux contraints d'accepter leur destin, l'un parce que le hasard en a décidé ainsi et l'autre parce que Dieu l'a puni. En pratique, rien ne distingue vraiment les deux situations. Dans tous les cas, la nature reste impassible, le croyant est tranquille parce qu'il assume devoir payer son dû pour on ne sait quel péché, l'athée, lui, est serein dans son acceptation de la fatalité. 
     
    Voilà pourquoi les croyants sont des athées qui s'ignorent : croire en une force divine érigée en dogme par un imaginaire collectif revient à laisser la nature suivre son cours et donc à se retrouver au même étage que les athées. La conséquence, plutôt crue, c'est qu'ils préfèrent vivre dans l'idée d'une injustice divine, une punition dans ce cas, que dans celle d'une tragédie de la vie. En conclusion, quoique l'on souhaite s'inventer pour définir une situation, un événement, un malheur ou un bonheur, ne change en rien le cours des choses. Ce qui change, ce sont les lunettes que l'on préfère porter. 
     
    Alors peut-être est-il temps de leur rendre hommage, maintenant que l'Internet se trémousse comme le temple des temps modernes, de les saluer, ces athées, les fatalistes lucides, les acceptationnistes tant persécutés, brûlés, réduits au silence pour avoir osé vivre le monde tel qu’il est — sans ordre supérieur, sans dessein caché. Ne méritent-ils pas leur moment, non comme vainqueurs, mais comme témoins de ce que l’on gagne à ne pas travestir l’absurde, et de ce que l’on perd à vouloir à tout prix lui imposer un sens ?
    
    
    
    Histoire
    de l’ONU
    ONU soit qui mal y pense, me disait un ami, « le machin » l'appelait De Gaulle, on nous la vend comme la grande gardienne de la paix alors qu’en réalité, nul n’est pire pompier pyromane. En validant des États comme on distribue des bons points, elle cautionne des territoires voués à des tensions insupportables, attirant ainsi le malheur sur les populations concernées — sans parler d’une crédibilité proche de celle d’un vendeur de voitures. L’ONU n’est que le mauvais élève d’un monde qui ne sait pas, qui n’a pas de solutions, qui n’a jamais appris davantage que les Hommes qui la composent, et ceux-ci, comme personne, ne naissent pas avec une notice explicative dans les mains. Personne ne sait que faire de la vie, de l’espace, de cette Terre en héritage que tous ont saccagée ou chérie, que tous ont goûtée puis inévitablement quittée. Les décisions de ces Hommes sont, comme pour nous tous, le fruit d’expériences bien ou mal vécues, d’histoires lues sur l’Histoire, ou de conseils reçus sur l’oreiller par celles qui, depuis toujours, agissent en catimini sur les consciences en joignant l’utile à l’agréable. 
     
    Oui, l’ONU est dirigée par des gens du commun, malheureusement bien plus mortels que communs, car si elle se souciait vraiment du commun, les morts ne jalonneraient pas les terres qu’elle distribue à ceux qui viennent pleurer dans ses jupons. Elle se moquerait de la bien-pensance — cette morale qui prétend ne faire de mal à personne mais détruit tout ce qu’elle touche. 
     
    Voilà pourquoi ce qui suit, suit. Cette liste d’États entérinés, modifiés ou repoussés sans réfléchir au-delà de ce que permettent la pitié ou le sentimentalisme ; sans la moindre méditation sur les conséquences désastreuses de ces décisions hâtives et irresponsables. 
     
    Israël: le cadeau empoisonné 
    En 1947, l’ONU décide de partager la Palestine. Noble intention : offrir un refuge aux Juifs après la Shoah. Mais depuis, une trentaine de conflits y ont éclaté, gorgeant cette terre de sang, de haine et de rancœur. Edward Said écrivait : Le plan de partage fut une solution coloniale imposée à un peuple qui n’avait rien demandé. Moi, je dis que si l’ONU n’avait pas cédé à un raisonnement mystique et infondé, cette terre — que les Israélites de l’Antiquité avaient fuie faute de n'avoir su pouvoir s’y pérenniser — ne serait jamais redevenue le cauchemar de cette région. 
     
    À peine née, succédant aux échecs de la Société des Nations, l’ONU trébuchait déjà. Mal informée, mal inspirée, prisonnière de l’urgence morale de l’après-guerre, elle prenait une décision dont les répercussions débouchèrent sur trois générations de violences. Il ne s’agissait ni d’une vision lucide, ni d’une analyse profonde, mais d’un bricolage diplomatique qui tenait plus du réflexe émotionnel que de la réflexion politique. 
     
    Ce partage de 1947 fut son premier faux pas majeur, un drame fondateur dont les conséquences persistent encore aujourd’hui avec une intensité intacte, sinon accrue. 
     
    Soixante-dix années de conflits répétitifs, alors même que le monde savait pertinemment qu’aucun argument réellement solide ne permettait de justifier la création d’un État — quel qu’il soit — en Palestine. Ni la lettre de Balfour adressée à son ami Rothschild, qui n’engageait au fond que l’Empire britannique en pleine déliquescence, ni la Torah, récit religieux et non historique, ni la présence sur cette terre d’une communauté israélite deux millénaires plus tôt, ne pouvaient légitimement servir de fondement politique. 
     
    La seule raison brûlante, la seule qui puisse être comprise — même discutée — comme légitime, fut la Shoah. Mais une fois l’émotion retombée, une fois la stupeur passée, le bon sens aurait dû reprendre ses droits afin d’éviter ce que tout observateur un peu lucide pouvait déjà prévoir. Et la suite, on la connaît : un enchaînement de guerres, de déracinements et de haines qu'on trainera encore pendant des lustres.  
     
    Errare humanum est, perseverare diabolicum dit-on en latin et c’est précisément là que réside la faute majeure : non seulement l’ONU se trompa lourdement, mais elle persévéra, continuant après cet échec inaugural à abreuver de sang les autres théâtres de ses utopies, persuadée de faire le bien tout en nourrissant le pire. 
     
    Ukraine : l’État méconnu mal reconnu 
    En 1991, l’ONU reconnaît l’indépendance de l’Ukraine. Juridiquement impeccable, politiquement inflammable. Car avant de devenir la République socialiste soviétique d’Ukraine en 1922, l’Ukraine n’avait jamais été un État unifié et stable, mais un territoire ballotté entre nationalistes ukrainiens, bolcheviques, Allemands, Polonais et armées blanches russes. Juste avant son absorption par l’URSS, l’entité la plus notable fut la République populaire ukrainienne (1917–1921), un État brièvement reconnu par quelques puissances du moment — Allemagne, Autriche-Hongrie, et une poignée d’autres — mais aussitôt emporté par le chaos des guerres civiles. 
     
    Lorsque les bolcheviks triomphèrent en 1922, cette république mourante fut intégrée à l’URSS et devint la République socialiste soviétique d’Ukraine, membre fondateur de l’Union. Cette région profita alors du cocon soviétique autant que la stratégie de Moscou le permettait, mais sans jamais avoir été, auparavant, un État stable reconnu internationalement. Avant l’URSS, nul passeport ukrainien : on voyageait avec un passeport impérial russe à l’est, austro-hongrois à l’ouest. L’administration était impériale, non nationale. 
     
    Pourtant, une identité ukrainienne existait bel et bien : langue, culture, mémoire cosaque, littérature, sentiment d’autonomie. C’est cette identité, plus solide que n’importe quelle frontière, qui survécut à l’Empire russe comme à l’URSS. C’est elle qui ressurgit en 1991, et que Moscou n’a jamais vraiment digérée. 
    Résultat : des dizaines de milliers de morts, des millions d’exilés, des villes transformées en mausolées de béton et de cendres. L’historien Richard Sakwa résume parfaitement la situation : L’Ukraine est devenue le champ de bataille d’une guerre de légitimités que l’ONU n’a jamais su arbitrer. 
     
    Rebelote. L’ONU prouve une fois encore son incapacité chronique à lire l’Histoire autrement qu’à travers le prisme de l’immédiat, laissant l’Europe et l’OTAN glisser dans une russophobie devenue réflexe, souvent déconnectée de la réalité historique. Une fois de plus, on distribue des reconnaissances étatiques comme des bons points, sans méditer sur les conséquences — et ce sont les peuples qui paient la facture. 
     
    Kosovo : l’État fantôme 
    Le Kosovo est l’exemple parfait de l’absurdité onusienne : consacrer un État avant qu’il n’en soit vraiment un. Au lieu de bâtir une souveraineté solide, l’ONU accouche d’un bricolage institutionnel : une administration internationale (MINUK), une déclaration d’indépendance en 2008, et une reconnaissance partielle qui fait de ce territoire un pays suspendu dans le vide juridique et politique. 
     
    Reconnu par un peu plus d’une centaine d’États, mais pas par la Serbie, ni par la Russie, ni par la Chine — c’est-à-dire précisément les puissances capables de bloquer son entrée à l’ONU — le Kosovo demeure un candidat éternel à la légitimité. Jacques Rupnik le dit sans détour : Le Kosovo est un État sous tutelle, une souveraineté amputée. Comment parler d’indépendance là où la moitié du monde la réfute ? 
     
    La guerre du Kosovo (1998–1999) laisse derrière elle plus de 13 000 morts et 800 000 Albanais déplacés. Et malgré les discours rassurants, les tensions ethniques n’ont jamais disparu : les Serbes du Nord ne reconnaissent toujours pas l’autorité de Pristina, les Albanais vivent dans la crainte, diffuse mais constante, d’un retour des violences. L’ONU, une fois de plus, a laissé un champ de ruines sociales et identitaires, maquillé en indépendance . 
     
    Sans armée digne de ce nom, sans reconnaissance universelle, sans siège à l’ONU, le Kosovo survit grâce aux perfusions financières de l’Union européenne et à l’ombre militaire de l’OTAN. Gérard Chaliand résume : L’ONU distribue des drapeaux mais pas des institutions. Le Kosovo est un État fantôme, une illusion diplomatique qui ne trompe personne car, en voulant régler le conflit des Balkans, l’ONU en a fait un monstre juridique, pays non-pays, souveraineté non souveraine et surtout la preuve éclatante qu'à force de bricoler des solutions humanitaires, elle fabrique des bombes à retardement qui n'ont qu'un seul but dans leur vie bassement métallique, celui d'exploser. Et comme toujours, sans se soucier des gens qui paient en vies, exodes et misère. 
     
    L’ONU voulait pacifier les Balkans, elle a, une fois de plus, fait un arrêt sur image. Le premier qui rappuiera sur  play  remportera le gros lot. Désolant de bêtise — et terriblement prévisible. 
     
    

    Autres exemples marquants :

    Corée (1950–1953): L’ONU intervient militairement après l’invasion du Sud par le Nord. Résultat : une guerre sanglante et une péninsule figée dans la division — armistice, pas de paix, lignes de front gravées dans la pierre. Un règlement qui a gelé le conflit au lieu de le résoudre. Rwanda (1994): Mission de maintien de la paix impuissante, retrait et indécision pendant le génocide. Conséquence : massacres à l’échelle industrielle, pays abandonné au pire cauchemar du XXᵉ siècle. Promesse de protection non tenue, honte durable. Bosnie-Herzégovine (1992–1995): Zones de sécurité proclamées par l’ONU, mais Srebrenica tombe : civils massacrés sous le regard des Casques bleus. La neutralité proclamée devient complicité par impuissance. Le droit sans force, c’est du papier. Somalie (années 1990): Intervention pour sécuriser l’aide humanitaire, fiasco opérationnel, spirale de violence. L’État s’effondre, la guerre civile s’enracine. L’ONU repart, le chaos, lui, élit domicile. Timor oriental (1999–2002): Administration onusienne, indépendance proclamée, mais dépendance chronique. Institutions fragiles, économie sous perfusion. Indépendance de papier, souveraineté sous tutelle. Sud-Soudan (depuis 2011): Indépendance supervisée, puis guerre civile, famines, déplacements massifs. Un État neuf sans charpente institutionnelle. On attribue un drapeau puis on le regarde flamber.
    d'Israël à l'Etat d'Israël
    Il s'avère que les Israélites connaissent assez mal leur histoire. Ils sont un peu perdus dans les méandres d'une Torah trop serinée et d'un manque réel d'information sur les âges qui voient apparaître leurs ancêtres sur la planète. Un exemple parmi tant d'autres: le peuple d'Israël n'existe plus depuis -586, soit 2610 ans, mais nombre de Juifs pensent encore en faire partie. J'ai donc trouvé utile de créer ce recueil chronologique d'informations archéologiques, scientifiques ou scripturaires pour que le fil de cette saga ait, dans les esprits, un début intelligible ainsi qu'une suite pas trop discontinue. L'article est long, donc s'armer de patience car, bien que largement résumé, il s'agit quand même de plus de 2000 ans d'histoire. Ce texte a été composé aussi dans le but de démontrer qu'aucune sorte de souveraineté territoriale israélite ne fut historiquement relevée en Palestine. 
    
    les prémices 
    Il semblerait, que la communauté israélite antique n'ait jamais fui l'Egypte, mais que l'Egypte elle-même, se soit dérobée sous ses pieds en perdant, au profit des Assyriens, les terres qui la portaient et qu'elle cultivait. Et comme les Égyptiens ne pratiquaient pas l'esclavage, les Israélites ne furent asservis ni là-bas, ni ailleurs. C'est la version que propose Israël Finkelstein, un archéologue de l'Université de Tel Aviv et l'historien Neil Asher Silberman dans leur immense rapport archéologique La Bible dévoilée. Comme tout ce qui heurte les sensibilités culturelles, leur thèse, bien que merveilleusement documentée, est controversée et accusée de révisionnisme. La présence humaine dans la région du Levant (ou Canaan) est attestée depuis l'âge de la pierre. Les paléoanthropologues pensent que la région était sur la route des grandes migrations des Homo sapiens, il y a 100 000 ans. (L'archéologie a révélé que la ville de Jéricho existe depuis plus de 11 000 ans).
     
    empire égyptien 
    ● ± -1500 
    Les premiers israélites étaient finalement des villageois et indigènes de la région de Canaan, située alors sous l'empire égyptien. Ils se regroupèrent et constituèrent une nouvelle communauté ethnique appelée "Israël" alors que, jusqu’à récemment et pour tout le monde, les Israélites étaient des immigrants. Ce qui est certain, c’est qu’aux alentours de -1200, une transformation sociale eut lieu dans la région montagneuse du centre de Canaan. Cette transformation s’accompagna d’une modification radicale du mode de vie qui porta les archéologues à considérer qu'il s'agissait des premiers Israélites. Cette vague d’occupation fut soudaine et les villages éparpillés qui la constituaient ne possédaient ni temple, ni palais, ni activité scripturaire. Ainsi, leurs credo 4 sont inconnus, bien qu’il soit probable que ce peuple ait gardé certaines idoles cananéennes pour culte. De plus, aucune fortification ne fut découverte. Cela remet en cause le récit biblique selon lequel les Israélites étaient en guerre avec leurs voisins. Les premiers Israélites ne combattaient pas d’autres peuples mais essayaient tant bien que mal de survivre à un environnement souvent imprévisible. Ils vivaient dans les collines, où ils menaient une existence d’éleveurs et de fermiers. C’est pourquoi Finkelstein et Silberman ont écrit que ce processus "est à l’opposé de celui que décrit la Bible: l’émergence d’Israël fut le résultat, non la cause, de l’effondrement de la culture cananéenne". L’Exode raconté par la Torah est par conséquent totalement remis en cause par les découvertes archéologiques de la fin du XXe siècle. De fait, les premiers Israélites apparaissent dans le pays de Canaan (aussi nommé: Levant) et plus exactement sur les hauteurs de Judée et Samarie (en territoire occupé) de l'actuel État d'Israël. Les fouilles de Finkelstein révélèrent encore l'absence totale d'os de porc dans les villages israélites. Cela implique que ce peuple avait décidé de ne plus manger de viande de porc afin, sans doute, d’affirmer son identité. Cette coutume alimentaire a, par conséquent, émergé plus d'un demi-millénaire avant la rédaction de la Torah et remet en cause ses enseignements soi-disant originaux. Ils furent par conséquent plagiés à partir de mœurs déjà largement pratiquées depuis plusieurs générations.
     
    ● ± -1207
    La stèle de Mérenptah, découverte en 1896, mentionne un peuple appelé Israël. Cette stèle constitue une probable une preuve de la présence de cette communauté vers -1207 dans les hautes collines de Judée. Néanmoins, elle ne renseigne pas exactement sur l’emplacement ni sur la taille de la communauté. 
    
    ● ± -920 
    La communauté israélite se développe de façon graduelle et atteint son apogée au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, période à laquelle, les Royaumes de Juda et d’Israël étaient déjà fondés: Royaume d'Israël au Nord est un royaume établi par les Israélites à l'âge du fer. Il subsiste environ 200 ans (-930 à -720). Les historiens le nomment souvent royaume de Samarie ou royaume du Nord pour le différencier du royaume de Juda, au sud. La communauté des Israélites comprenait alors plus de cinq cents sites et comptait environ 60.000 habitants. Le royaume de Juda, au Sud, est aussi établi par les Israélites à l'âge du fer. L'archéologie permet de tracer l'existence de Juda en tant que royaume à partir du VIIIe siècle av. J.-C car Avant cette date, l'histoire 5 de ce royaume est mal connue. Après une période d'essor sous la domination de l'empire néo-assyrien, il est détruit par les Babyloniens sous le règne de Nabuchodonosor II dans un contexte de guerre entre Égyptiens et Babyloniens. D' après l'archéologue Israël Finkelstein, les premiers dirigeants israélites n'étaient à la tête que de chefferies sans administration avancée ni architecture monumentale. David était une sorte de chef tribal et Salomon, le roi d'une petite cité en marge du reste de la région. Cependant, pour l'archéologue Amihai Mazar, il est difficile de distinguer les niveaux archéologiques appartenant au Xe siècle av. J.-C. de ceux du IXe siècle av. J.-C., ce qui laisse la possibilité d'attribuer aux premiers rois israélites une certaine importance. Ni l'existence de Salomon ni celle de Saül ne sont attestées par l'archéologie. L'existence de David n'est pas attestée de son vivant, mais il est cité comme fondateur de la "maison de David", sur la stèle de Tel Dan (IXe ou VIIIe siècle av. J.-C.). À la fin du VIIIe siècle av. J.-C., Jérusalem devient un centre urbain majeur. Sa population est estimée entre 6.000 et 20.000 habitants. 
    
    empire assyrien 
    ● ± -720 
    ➽ Population israélite estimée en Canaan (Levant): 60.000 
    Le Royaume d'Israël est conquis et anéanti par l'Empire assyrien qui contrôle alors le territoire et seul le royaume de Juda subsiste comme enclave israélite et sa population augmente d'environ 10.000 âmes avec les réfugiés du royaume d'Israël. ± -600 Début de la composition de la Torah , à partir d'une collection de textes mis en commun par des scribes. 
    
    empire babylonien
    ● ± -586 Destruction du Premier Temple
    Après avoir abattu l'Empire assyrien entre -612 et -609, le roi de Babylone détruit, en -586, Jérusalem et son premier temple, provoquant la dispersion de sa population et donc l'extinction du "Peuple Juif" en tant que tel au profit de la religion juive, nommée par la suite: le judaïsme (l’exil de Babel n’est pas confirmé par tous les historiens). 
    
    Cette période est aussi considérée comme celle du début de l'écriture de la Torah (pentateuque). Bien qu’œuvre littéraire majeure dans l’histoire de l’humanité, la Torah, qui commence par une cosmogonie maintes fois utilisée dans l’Antiquité, comme celle de Sumer, est composée de cinq parties qui aboutissent à la mort de Moise. Elle est, aujourd'hui, considérée comme un récit vide de tout fondement historique, mais ne représente que la première partie de la Bible (ou Tanakh).
                                    
    L’analyse de tessons de céramique découverts en Israël amène les chercheurs à réévaluer leurs théories sur le moment où les auteurs du Pentateuque auraient commencé à le composer. La découverte, dévoilée par une revue scientifique américaine, The Proceedings of the National Academy of Sciences, vient alimenter un débat de longue date portant sur le moment où la rédaction aurait commencé, à savoir avant ou après la destruction du Temple du Royaume de Juda en -586. À l’aide de technologies d’analyse d’écriture comparables à celles utilisées par les agences de services secrets et les banques pour analyser les signatures, une équipe de recherche de l’Université de Tel Aviv a analysé l’écriture manuelle d’un ensemble d’inscriptions trouvé sur ces fragments de céramique. Résultat, ces fragments dateraient de -600, et auraient été rédigés par au moins six auteurs différents. Il est donc probable que la composition du Pentateuque commença peu de temps avant la chute du Royaume de Juda.
    
    empire perse 
    ● ± -559 
    L’empire perse, également appelé empire achéménide, est établi dans la foulée des conquêtes du roi Cyrus le Grand [559–530], qui vainc le roi des Mèdes à Ecbatane en 550, puis s’empare de Babylone en 539 avant notre ère, mettant ainsi fin à la dynastie néo-babylonienne. L’ expansion territoriale de l’empire se poursuit avec le fils de Cyrus, Cambyse II, qui étend la domination perse jusqu’à l’Egypte. Et c’est sous son successeur, Darius Ier, que l’empire atteint sa taille maximale, jusqu’à la Lybie et la mer Egée. 
    
    ● -534 
    En -534 Cyrus II libère les Judéens. La Judée n’est alors plus qu’une toute petite province. Ses frontières se limitent à la région des hautes terres autour de Jérusalem. Les Israélites restaurent Jérusalem (reconstruite à partir de 445 av. J.-C.) et son temple (reconstruit dès 516 av. J.-C.). Le grand-prêtre de Jérusalem, redevenue une ville-temple, est nommé administrateur de la province perse de Judée, ce qui fait d’elle une théocratie, mais sans le lustre de l’époque royale. À Jérusalem même, on estime la population de cette époque, avant le retour de l'exil, à seulement 1.500 habitants. Toutefois, l'hostilité s’installe entre la population locale de Judée et les Judéens revenus d’exil pour lesquels des changements religieux profonds étaient survenus. On peut ainsi supposer que leur farouche pureté religieuse ne pouvait admettre la foi approximative du groupe des survivants israélites restés au pays et mélangés, en outre, par les mariages mixtes, avec les populations installées par les Assyriens. Des archives administratives constituées d’environ 200 tablettes découvertes lors de fouilles archéologiques dans l’Irak actuel montrent que tous les Judéens exilés ne sont pas retournés au pays, loin de là. Ces documents nous révèlent le dynamisme économique d’une communauté judéenne aux VIe et Ve siècles avant notre ère, à Al-Yahudu "la cité de Juda" en Babylonie. 
    
    Contrairement aux Assyriens, les Babyloniens ne pratiquaient pas le mélange forcé des populations, ce qui explique la persistance de villages judéens plus ou moins homogènes. Des communautés juives demeureront en Babylonie jusqu’au XXe siècle. 
    
    L’ empire achéménide et la "Pax persica" offrent par ailleurs de nouvelles possibilités aux Judéens. Certains vont s’enrôler dans les armées perses qui défendent les frontières de l’empire. Au milieu du Ve siècle, on trouve ainsi une garnison judéenne à Eléphantine [Yeb en égyptien], à la limite entre l’Egypte et le Soudan. Ces soldats judéens, qui vivent là avec femmes et enfants, sont peut-être les descendants de ceux qui étaient partis de Juda au moment des représailles babyloniennes. Quoi qu’il en soit, le contexte achéménide a, semble-t-il, favorisé le développement de la diaspora, depuis la Babylonie et la Perse jusqu’à l’Egypte. 
    
    empire grec
    ● ± -333 Judaïsme hellénistique 
    C' est en l'an 333 av. J.-C. que Yehuda passe sous la domination des Grecs. Cette année-là, Alexandre affronte victorieusement les Perses et s'empare de la région palestinienne. À sa mort, en 323, ses généraux se partagent son empire. La Judée revient aux Lagides ou Ptolémées, également souverains d'Egypte. Ils se montrent respectueux envers les traditions juives et accordent un statut d'autonomie culturelle et religieuse au pays. Peu à peu, la culture hellénistique submerge tout le Proche-Orient, et séduit bien des Israélites. 
    
    Au IIIe siècle fleurissent deux nouveaux centres du judaïsme : Babylone et Alexandrie. Dans cette dernière ville, les Israélites s'accommodent fort bien de la culture hellénistique. Ils traduisent la Bible en grec, lui incorporent de nouveaux textes, composent des œuvres de sagesse. L'ensemble formera "la Septante" ou "LXX", c'est-à-dire la Bible des Israélites de la diaspora. La Septante sera abandonnée lors de la fixation du canon israélite au Ier siècle ap. J.-C. Mais elle deviendra la version de référence des chrétiens, surtout des catholiques. En effet, les protestants adopteront le canon de la Bible hébraïque pour ce qui concerne l'Ancien Testament. 
    
    séleucides
    ●  ± -200 Révolte des Maccabées 
    En Judée, certains s'inquiètent de l'hellénisation intensive des traditions juives. Une littérature anti-hellénistique fait son apparition. En l'an 200, Yehuda passe sous la domination des Séleucides de Syrie. Contrairement aux Lagides, ils veulent imposer la culture grecque par la force. En -167, Antiochus IV de Syrie interdit la pratique du judaïsme 9 et, suprême outrage, installe une statue de Zeus dans le Temple. Les martyrs sont nombreux. Alors éclate la révolte des Maccabées sous la conduite d'une famille juive – celle de Mattathias, un prêtre d'une lignée sacerdotale – avec ses cinq fils, dont Judas, surnommé "Maccabée". C'est le début de la dynastie des Hasmonéens. 
    
    Dans les livres qui n'ont été conservés que par les israélites, cette dynastie est aussi appelée Maccabées. Mattathias meurt un an après le déclenchement de la révolte. Son fils Judas Maccabée, qui n'est pas l'aîné, lui succède. Après plusieurs batailles, il parvient à s'emparer de Jérusalem et rétablit le culte israélite au Temple (en -164). Le premier à régner avec le titre de Grand-prêtre est son successeur Jonathan (-152 à -142). Le nouveau royaume de Judée maintient son indépendance jusqu'en -63. 
    
    empire romain 
    ● ± -63 
    L'implication de Rome dans les affaires de la Judée, avec le général romain Pompée qui y impose le protectorat, commence en -63 lorsque la Syrie devient une province romaine. Les Hasmonéens puis les Hérodiens continuent à régner sur la Judée jusqu'en l'an 6. 
    
    ● ± -40 
    À la suite de l'invasion de la Syrie par les Parthes, Hérode est proclamé roi de Judée par le Sénat romain. 
    
    ● an 0 
    naissance de Jésus ?? 
    
    ● ± 4 
    À la mort d’Hérode en 4 av. J.-C., son royaume est divisé en trois tétrarchies entre sa sœur Salomé et ses fils. Des troubles éclatent contre Rome, réprimés par le gouverneur de Syrie. 2000 Israélites sont crucifiés à Jérusalem. Judas, fils du "brigand" Ézéchias qu’Hérode le Grand avait fait exécuter, prend la tête de la révolte armée en Galilée après s’être emparé des armes du palais royal de Sepphoris. 
    
    ● ± 6 Les Zélotes 
    Un recensement, ordonné par le gouverneur de Syrie pour la récolte des impots, provoque une révolte durement réprimée. Les rebelles sont crucifiés. Cette révolte est à l'origine du mouvement des zélotes, qui considèrent Dieu comme leur seul chef et maître. 
    
    ● ± 41 
    Hérode Agrippa Ier devient roi de Judée qui, elle, redevient un royaume jusqu'à sa mort en 44. 
    
    ● ± 46 
    Tiberius Julius Alexander, un Israélite apostat d’Alexandrie, devient procurateur jusqu'en 48. Il fait face à une famine et fait exécuter les chefs du parti zélote (Extrémistes religieux, somme toute ancêtres des Haredim). 
    
    De 46 à 70 la Judée est le théâtre de nombreuses émeutes et conflits, au cours desquels les zélotes font aussi appel aux sicaires, espèce de tueurs à gage dont le nom est emprunté au Latin "sicarius" dérivé de "sica" (poignard) pour se débarrasser des Juifs dérangeants. 
    
    ± 70 Destruction du Second Temple 
    Le siège de Jérusalem en 70 est l'événement décisif de la première guerre judéo-romaine, la chute de Massada en 73 ou 74 y mettant un terme. Le Temple, puis toute la ville de Jérusalem sont pris et détruits par les Romains suite aux émeutes et conflits dérivant des divergences idéologiques et culturelles entre Israélites, Grecs, zélotes, Samaritains, Romains et autres sicaires. 
    
    Après la prise de Jérusalem, Rome fait de la Judée une province impériale proprétorienne. À la suite de la destruction du Temple, il institue le Fiscus judaicus: Les Israélites sont assujettis à un impôt spécial dans tout l'Empire romain et la Judée devient une propriété de Rome. En 72, toutes les terres des Israélites sont affermées et affectées comme domaine particulier de l'empereur. Les paysans qui ne sont pas expulsés peuvent les exploiter sans jouir de leur propriété. 
    
    Au cours des campagnes menées par Rome contre l’empire Parthe, la diaspora juive se soulève à Cyrène (actuelle Lybie), en Égypte, à Chypre et en Mésopotamie (actuelles Irak et Syrie). C'est la guerre de Kitos (115-117), réprimée dans le sang par Rome, notamment en Judée. 
    
    ● 132 La révolte de Bar Kokhba 
    L’intention probable de l'empereur romain Hadrien de faire de Jérusalem une cité dédiée au dieu Jupiter provoque une révolte en Judée dirigée par Simon dit Bar Kochba ("le fils de l'étoile"), salué comme le Messie (132-135). Celui-ci est tué en décembre 135. Les Israélites sont de nouveau dispersés dans tout l'empire romain. Jérusalem, remise à sac, est remplacée par une colonie romaine de vétérans. Un autel à Jupiter est érigé à l’emplacement du Temple. 
    
    Pendant la répression de la révolte juive, les Romains prennent nombre de forteresses, détruisent des centaines de villages, tuent des milliers d'Israélites en plus des victimes des famines et des épidémies. Les légions souffrent de pertes très lourdes et les deux-tiers de la population juive de Judée sont annihilés. Les Israélites sont désormais interdits de séjour, sous peine de mort, dans toute la région de Jérusalem. Ils émigrent en masse dans les villes de la côte et en Galilée, qui devient le centre des études juives. 
    
    ● 135 La Palestine 
    La Palestine (en latin : Syria Palæstina) est le nom donné à la province romaine de Judée après l'échec de la Révolte de Bar Kokhba. Le territoire n'est alors pas clairement défini. Le mot "Palestine" parvint aux Romains au travers du latin Palaestina, du grec παλαιστινη (palastinī) et de l'hébreu pĕlesheth, qui désignait le pays des Philistins dont le territoire (plus ou moins l'actuelle bande de Gaza) s’étendait au sud-ouest de Canaan . La Palestine conserve sa capitale Césarée et reste donc absolument distincte de la province de Syrie située plus au Nord (capitale Antioche). Il s'agissait pour Rome d'une mesure punitive envers les Judéens. Le changement de nom de cette province s'accompagne d'une répression sévère (entre autre l'interdiction de la circoncision). Les mesures de Rome étaient destinées à nier le caractère israélite de la région. Jérusalem devient une ville romaine baptisée Ælia Capitolina. 
    
    ● 193 
    L' urbanisation reprend pendant le règne des Sévères (193-235), et de nombreux empereurs renouent de bonnes relations avec les Israélites, notamment des scholarques représentant l'élite intellectuelle. L'empereur Septime Sévère (193-211 - Dynastie romaine des Sévères) autorise les Israélites à devenir décurions et à participer aux affaires municipales et l'empereur Caracalla (211-217 - Dynastie romaine des Sévères), qui accorde, en 212, la citoyenneté à tous les résidents de l'Empire romain, Isarélites y compris, entretient une relation privée avec Juda Hanassi, entre autre auteur de la Mishna, compilée vers le début du IIIe siècle. La Palestine devient plus paisible, Israélites et païens renouant des liens solides, et la région prospère. Dans son Histoire romaine rédigée en grec, l'historien et consul Dion Cassius, proche des Sévères, précise: "il y a des Israélites même parmi les Romains, souvent arrêtés dans leur développement, ils se sont néanmoins accrus au point d'obtenir la liberté de vivre selon leurs lois". 
    
    Dans la deuxième moitié du IIIe siècle, la Palestine semble souffrir des crises politiques et économiques qui frappent l'empire Romain. En effet, des références talmudiques attestent de la peur des villageois de rester dans leurs champs, de la construction de fortifications et de populations qui se réfugient dans les places fortifiées. L’instabilité dans l’empire - guerres civiles, raids des Germains (germanophones de l'Europe du nord), guerre contre l'empire néo-Perse - entraîne une augmentation extrêmement lourde des impôts. Les sécheresses et les famines se multiplient. De nombreux Israélites quittent la Palestine pour rejoindre les communautés éloignées. 
    
    ● 285 Dioclétien 
    Après la crise du IIIe siècle à laquelle il met fin, l'empire entre dans une période de transition radicale avec sa division en diocèses par Dioclétien. Il instaure aussi une tétrarchie de laquelle il administre lui-même les régions situées en Orient. 
    
    En 295, la Légion d'Ælia (ex-Jérusalem) est transférée à Aila (Aqaba, actuelle Jordanie) à la suite de l'agitation des tribus arabes. Le Néguev, jusqu'alors rattaché à l'Arabie, dépend désormais de la Palestine. 
    
    En 305, Dioclétien abdique. 
    
    empire byzantin 
    ● 330 Constantin Ier 
    Au terme de nombreuses luttes de pouvoir entre les prétendants, dont Constantin sort vainqueur fin 323, l'unité administrative de l'empire est temporairement rétablie. 
    
    Constantin peut être considéré comme le fondateur de l'Empire romain chrétien d'Orient, étant celui qui, à la fois, fit du christianisme la religion d'État impériale, et de la cité grecque Byzance une "nouvelle Rome" (Nova Roma), dès lors appelée Constantinople (Constantinou polis, "ville de Constantin", aujourd'hui Istanbul). Constantin Ier contribua aussi à la fondation de la doctrine chrétienne en convoquant le premier concile œcuménique à Ælia Capitolina (ex Jérusalem) en 325. 
    
    Après le déclin du judaïsme hellénistique de langue grecque, l'utilisation de ce langage et l'intégration de la culture grecque dans le judaïsme 10 continuent à faire partie intégrante de la vie des communautés juives de l'Empire byzantin et le statut juridique des Israélites resta inchangé tout au long de son histoire 11 : leur position juridique propre et particulière différait à la fois de la communauté chrétienne orthodoxe qui était la religion d'État, des hérétiques, et des païens. La place qu'occupent les Israélites byzantins sur l'échelle de la liberté sociale varie quelque peu avec le temps 12 , selon trois facteurs: 
    le désir théologique des empereurs de maintenir les Israélites comme témoignage vivant des racines du christianisme et comme contrepoids économique (face à la puissance des patriarches de Constantinople), 
    leur désir politique de renforcer le contrôle impérial sur la société byzantine, 
    et la capacité de l'administration centralisée de Constantinople à appliquer sa législation. 
    
    Comme dit précédemment, la citoyenneté accordée aux Israélites en 212 par l'empereur Caracalla, leur confère l'égalité juridique avec tous les autres citoyens et constitue le fondement de leur statut juridique dans l'Empire d'Orient après la fondation de Constantinople en 330. En effet jusque là, les Juifs avaient le droit de pratiquer leur foi sous la domination impériale, tant qu'ils payaient le fiscus judaicus. Par exemple, la circoncision, considérée comme une mutilation et passible de la peine de mort si elle est pratiquée sur un enfant non juif et la célébration de l'exil à Babylone, sont légalement autorisés dans les pratiques religieuses juives. La loi byzantine reconnaît les synagogues comme des lieux de culte: elles ne peuvent être arbitrairement molestées, et les tribunaux israélites ont force de loi dans les affaires civiles des israélites. Les Israélites ne peuvent être contraints de violer, ni le Shabbat, ni leurs autres fêtes. 
    
    390 Depuis l'an 390, la Palestine, (plus ou moins le territoire de l'actuel État d'Israël) se trouve sous la suzeraineté byzantine. La région est alors divisée en trois provinces: 
    La Palestine première (Palaestina Prima) a pour chef-lieu Césarée et comprend la Judée, la Samarie, la Pérée et la côte méditerranéenne ; 
    La Palestine seconde (Palaestina Secunda) a pour chef-lieu Scythopolis et comprend la Galilée, la basse plaine de Jezreel, la vallée du Jourdain à l'est de la Galilée et l'ouest de la Décapole ; 
    La Palestine troisième (Palaestina Tertia) a pour chef-lieu Pétra et comprend le Néguev, le sud de la Jordanie (détaché de la province d'Arabie), et l'est du Sinaï. 
    
    ● 404 Code théodosien 
    Le code théodosien représente un début de limitation des droits des Israélites. En 404, les Israélites sont exclus de certains postes gouvernementaux. En 418, ils sont écartés de la fonction publique, et de toutes fonctions militaires. En 425, ils sont chassés de toutes les fonctions publiques restantes, tant civiles que militaires. Bien qu'elles donnent du pouvoir aux citoyens chrétiens de l'empire aux dépens des Israélites, toutes les lois les concernant reconnaissent implicitement l'existence continue et la légalité de la religion juive. 
    
    Ainsi, l'empereur Théodose II constate qu'il doit équilibrer les deux premiers des trois facteurs régissant le traitement des Juifs dans l'empire: la théologie, le pragmatisme politique et le caractère exécutoire. 
    
    En 438, Théodose réaffirme l'interdiction faite aux Juifs d'occuper des fonctions publiques car cette proscription avait été mal appliquée. 
    
    Outre la question de l'accès aux fonctions publiques, les Israélites sont également inégaux aux chrétiens en ce qui concerne la propriété des esclaves. Des restrictions sur la propriété d'esclaves chrétiens par des Israélites sont mises en place, de peur que ces derniers n'utilisent la conversion des esclaves comme moyen d'augmenter leur nombre. En vertu du code théodosien, la propriété d'esclaves chrétiens par des Israélites n'est donc pas interdite, mais leur achat l'est. Ainsi, celui qui obtient la possession d'un esclave par des moyens comme l'héritage reste son propriétaire. 
    
    La troisième restriction importante imposée au Israélites - en plus des limitations imposées à la fonction publique et de la possession d'esclaves - est que la religion juive, bien qu'autorisée à survivre, n'est pas autorisée à prospérer. Du point de vue théologique, la victoire du christianisme peut être affirmée avec succès en maintenant un petit contingent de d'Israélites dans l'empire, mais leur permettre de devenir une minorité trop importante menace le monopole théologique du christianisme orthodoxe dans l'empire. 
    
    Une ramification importante de cette politique est l'interdiction de construire de nouvelles synagogues dans l'Empire, bien que la réparation des anciennes soit autorisée. Cette interdiction est difficile à faire respecter, car des preuves archéologiques en Israël indiquent que la construction illégale de synagogues s'est poursuivie tout au long du VIe siècle. La synagogue continue à être respectée comme lieu de culte inviolable jusqu'au règne de Justinien. 
    
    ● 527 Code civil 
    Le Code civil de Justinien resserre les réglementations sur la propriété d'esclaves chrétiens par des non-chrétiens. Il abolit l'indemnisation des achats illégaux d'esclaves chrétiens et ajoute une amende de 30 livres d'or pour cette infraction. Les Israélites possédant des esclaves chrétiens à l'époque de Justinien peuvent être punis d'exécution. 
    
    ● 545
    Justinien légifère pour que le droit d'existence de toute synagogue sur un terrain appartenant à une institution ecclésiastique soit annulé. Il est également le premier empereur à ordonner que les synagogues existantes soient converties en églises. 
    
    ● 553 
    Justinien exige que la lecture publique du Pentateuque se déroule en langue locale, plutôt qu'en hébreu, et interdit purement et simplement la lecture de la Mishna. De cette manière, Justinien restreint non seulement la liberté religieuse des Israélites, mais il étend également son propre pouvoir afin de renforcer le principe selon lequel, "en théorie, aucun domaine n'échappe au pouvoir législatif de l'Empire." Les restrictions de Justinien sont toutefois à peine appliquées et contribuent, au contraire, à une croissance notable de la culture et de la liturgie israélites. Par exemple, l'interdiction de la lecture de la Mishna incite les érudits israélites à écrire les piyutim, d'importants ouvrages de poésie qui se réfèrent fortement à la Mishna. Comme ceux-ci ne sont pas interdits par le Code civil, ils donnent aux Israélites la possibilité de le contourner. 
    
    ● 565 
    Bien que le Code Justinien reste en vigueur dans l'Empire d'Orient (Empire byzantin) jusqu'au IXe siècle, la période qui suit le règne de Justinien est généralement caractérisée par la tolérance des non-chrétiens, en particulier les Israélites. 
    
    ● 602 Guerre perso-byzantine 
    Cependant, pendant la Guerre perso-byzantine de 602-628, de nombreux Israélites prennent le parti de l'empire perse et aident, avec succès, les envahisseurs perses sassanides à conquérir toute l'Égypte romaine et la Syrie. En réaction, des mesures anti-israélites sont décrétées dans tout le royaume byzantin et jusqu'en France mérovingienne. 
    
    les califats 
    ● 630 conquêtes musulmanes 
    Au cours du conflit perso-byzantin les deux empires épuisèrent leurs ressources tant humaines que matérielles. Ils se trouvaient ainsi en position de faiblesse face au califat musulman naissant dont les armées envahirent les deux empires quelques années à peine après la fin de la guerre. 
    
    Les Arabes conquirent rapidement l’ensemble de l’empire sassanide (perse) et firent perdre à l’Empire romain d’Orient (ou empire byzantin), en 636 la Palestine et la Syrie, en 640/642 l'Égypte et en 698 l'Afrique du Nord. Au cours des siècles qui suivirent, la totalité de l’empire sassanide (perse) et la plus grande partie de l’empire byzantin tombèrent sous leur domination. 
    
    Jérusalem est donc conquise par les musulmans. Bien qu’elle demeure une petite cité de province dans l’immense empire d’Orient, la Ville sainte va connaître, sous l’impulsion des califes, un rayonnement intellectuel et religieux sans précédent. Elle devient la troisième "Ville Sainte" de l'Islam. Les Arabes abbassides s'y installent. Ils laissent les chrétiens faire leur pèlerinage. 
    
    ● 638 
    Le calife Omar, deuxième successeur de Mahomet, vient en personne, si l’on en croit la tradition musulmane, recevoir leur reddition. "Une pieuse légende", selon l’historien Vincent Lemire qui a dirigé l’édition du livre collectif Jérusalem, histoire 13 d’une ville-monde (éd. Flammarion, 2006), mais une légende indispensable à "la sacralisation de Jérusalem comme troisième ville sainte de l’islam", après La Mecque et Médine. Omar se fait conduire sur l’esplanade du Temple, là où se trouve la "Pierre de la fondation" du monde, le rocher sur lequel, selon la Bible, Abraham (Ibrahim en arabe) était prêt à sacrifier son fils Isaac (Ismaël), le lieu mythique où le roi Salomon avait bâti le fameux Temple abritant l’Arche d’alliance, reconstruit par Hérode avant d’être rasé par les Romains en 70 après J.-C. Abraham, dans le Coran, sert de trait d’union entre la tradition biblique et la nouvelle religion révélée à Mahomet par l’archange Gabriel. 
    
    ● 644 
    Omar ne profite pas longtemps de son succès militaire. En 644 – l’an 22 du calendrier musulman – il est assassiné à Médine. L’accession au califat d’Ali, l’époux de Fatima, une autre fille du Prophète, provoque un schisme entre ses partisans, les chiites, et les musulmans orthodoxes, les sunnites. La première fitna (guerre civile), appelée la "Grande discorde", va durer cinq ans. 
    
    Surnommé "le César arabe", le premier calife de la dynastie omeyyade installe sa capitale à Damas dont il rêve de faire une nouvelle Rome. Ce souverain cultivé et raffiné préfère pourtant séjourner avec sa cour à Jérusalem. Depuis qu’Hélène, la mère de Constantin, le premier empereur romain d’Orient converti au christianisme, a fait construire dans les années 320 l’église du Saint-Sépulcre (la basilique de l’Anastasis pour les orthodoxes) sur l’emplacement du tombeau de Jésus, les chrétiens dominent la ville, devenue un grand centre de pèlerinage. Ils bénéficient de la tolérance du nouveau calife qui laisse les monothéistes (juifs, zoroastriens, chrétiens), considérés comme faisant partie des peuples du Livre (les dhimmi), pratiquer librement leur culte. 
    
    ● 685 Le Dôme du Rocher 
    Après deux brefs inter-règnes, Abd al-Malik, un proche parent de Mouawiya, est proclamé calife à Jérusalem en 685. Il va couronner la Ville sainte de ce joyau qu’est le Dôme du Rocher, le plus ancien et le plus spectaculaire monument architectural de l’islam. Pourquoi a-t-il choisi de bâtir ce bâtiment insolite, d’inspiration byzantine? "Ni mosquée, ni mausolée, sa signification échappait le plus souvent aux pèlerins. Elle nous échappe encore aujourd’hui en partie", note Vincent Lemire. En fait, le Dôme du Rocher semble répondre à un double objectif, religieux et politique. De par sa taille imposante et la richesse de sa décoration, il affirme la puissance de la nouvelle religion face au Saint-Sépulcre de la Ville sainte et à l’empire byzantin. Et il déplace le centre de gravité du pouvoir musulman de La Mecque à Jérusalem. 
    
    ● 692 
    Achevé en 692, l’édifice, avec son assise octogonale et son déambulatoire intérieur de douze colonnes entourant le sommet du célèbre rocher d’Abraham, est coiffé d’un dôme de 21 mètres de diamètre dont le revêtement d’or illumine les murailles ocre et les ruelles poussiéreuses de la ville. "Son dôme rappelle ceux du Saint-Sépulcre et de Sainte-Sophie à Constantinople" tandis que "son déambulatoire fait penser à la Kaaba de La Mecque", note l'historien Simon Sebag Montefiore. Abraham, Jésus et Mahomet: c’est la synthèse des trois monothéismes dont l’islam se veut l’aboutissement. L’intérieur de l’édifice est recouvert de riches mosaïques mélangeant les styles perse, byzantin et arabe. 
    
    La Dynastie des Omeyyades 
    Sous leur dynastie les califes omeyyades mettent en place une administration centrale dont la langue est l’arabe, la monnaie unique le dinar, et dont les différents bureaux (les diwans) sont chargés de contrôler les affaires religieuses, la politique, l’armée et les finances. Le califat se veut toujours tolérant avec les "Gens du Livre". Mais si Chrétiens, Juifs et Zoroastriens peuvent devenir fonctionnaires de l’empire tout en continuant de pratiquer librement leur culte, ils n’en sont pas moins des sujets de deuxième classe, astreints à un impôt particulier. 
    
    ● 750 Le Massacreur 
    Le fondateur de la dynastie des Abbassides (750-969), surnommé le "Massacreur", extermine les Omeyyades dont le seul survivant se réfugiera en Espagne où il créera l’émirat de Cordoue. Ses descendants installent leur capitale à Bagdad, non loin de l’antique Babylone, négligeant ainsi Jérusalem qui n’est plus qu’une petite ville de province réputée pour sa douceur de vivre. 
    
    ● 800 Charlemagne 
    Dès la fin du VIIIe siècle, l’Occident chrétien s’inquiète de l’occupation de la Ville sainte par les "Sarrazins", comme on les appelle. En l’an 800, Charlemagne, qui vient d’être sacré empereur, sollicite du calife Haroun al-Rachid, le héros des Mille et Une Nuits, l’autorisation de construire près du Saint-Sépulcre une auberge destinée à accueillir et protéger les pèlerins venus d’Europe. Le maître de Bagdad, qui y voit l’occasion d’affaiblir l’influence de son rival byzantin, ne s’y oppose pas. Cela ne suffira pas à consolider la dynastie abbasside qui voit se succéder à sa tête, entre autres, un prince turc et un eunuque éthiopien. "L’instabilité politique favorisait la concurrence entre les religions", remarque Simon Sebag Montefiore. Des heurts fréquents opposent les chrétiens aux Musulmans et aux Juifs. En 966, ces derniers s’allient aux Arabes pour attaquer le Saint-Sépulcre et brûler le patriarche Jean sur un bûcher. 
    
    ● 969 le Caligula arabe 
    Trois ans plus tard, en 969, les Fatimides, des chiites ismaéliens venus d’Afrique du Nord, envahissent l’Egypte puis s’emparent de Jérusalem. Ils installent leur capitale au Caire. La Ville sainte connaît une brève période de tolérance. Mais en l’an 1000, le nouveau calife, al-Hakim, le "Caligula arabe", persécute avec une rare cruauté les chrétiens et les juifs. Il fait raser le Saint-Sépulcre et démolir les synagogues. Douze ans après son assassinat, en 1021, un tremblement de terre achève de dévaster la ville, détruisant la Grande Mosquée. Les deux édifices seront reconstruits, mais l’Empire fatimide continue de se déliter. 
    
    Turcs seldjoukides 
    ● 1070 
    Au Caire, les Turcs seldjoukides délogent les arabes et prennent le pouvoir. Ils défont l’empereur byzantin à la bataille de Mantzikert et ravagent Jérusalem. Puis leurs généraux dépècent l’empire pour s’y tailler des fiefs personnels, précipitant sa désintégration. L’époque glorieuse des premiers califats est révolue. "Les monstruosités d’Hakim, la défaite de l’empereur byzantin, la prise de Jérusalem par les Turcomans [Turkmènes] et le massacre des pèlerins ébranlèrent la chrétienté", résume Simon Sebag Montefiore. Le 27 novembre 1095, à Clermont (Auvergne), le pape français Urbain II appelle tous les chrétiens à délivrer la Terre sainte et le tombeau du Christ. La ville est devenue un enjeu stratégique entre l’Orient et l’Occident.
    
    Royaume franc 
    ● 1095 Les Croisades 
    Elles débuteront en 1095. Au moment de prendre la Ville sainte, le chevalier Godefroy de Bouillon joue un rôle décisif. A la mi-juillet, les dizaines de milliers de croisés se lancent à l'assaut des remparts. Godefroy repère une faille sur la partie nord de l'enceinte. La défense des Seldjoukides cède aussitôt et les assaillants pénètrent dans la ville. La conquête se finit en bain de sang: au cours des jours suivants, Juifs et Musulmans de la cité sont massacrés par milliers tandis que les Chrétiens d'Orient, qui avaient été expulsés par les Musulmans, reviennent après la victoire des croisés. En juin 1099, les Francs, comme on appelle indistinctement les chevaliers venus d’Europe, font le siège de Jérusalem. Après le rayonnement du califat, une nouvelle ère va s’ouvrir, celle des croisades. Plusieurs royaumes chrétiens latins seront fondés dans la région, dont le Royaume de Jérusalem, ayant pour épicentre Jérusalem et la Judée. 
    
    Ayyoubides 
    ● 1170 
    C'est le tour des Ayyoubides de prendre le pouvoir des mains des Francs (appellation des Européens pendant les croisades), à commencer par l'Égypte en 1170, puis la Syrie avant de conquérir la plus grande partie des États latins d'Orient. Au cours de ce règne, les croisades se succèdent. Frédéric II vient en Orient à la tête de la sixième croisade et obtient la rétrocession de Jérusalem. Une période d’anarchie au sein de l’Empire ayyoubide dont la croisade de 1239 ne parviendra pas à tirer profit. Sachant qu'il tient son pouvoir des Mamelouks, Ayyub les favorise et, avec l'aide d'autres alliances, il reprend Jérusalem aux Francs et la pille. 
    
    Mamelouks 
    ● 1250 
    Les Mamelouks égyptiens prennent le pouvoir en Egypte et contrôlent la Palestine. Durant cette période, la Palestine accueille des réfugiés arabes chassés par l’avancée des Mongols sur l’Irak et la Syrie, et vers la fin du xve siècle, elle accueille les réfugiés juifs chassés d’Espagne par l'inquisition. Bien que nombre d’entre eux s’installent en Afrique du nord et en Galilée, ces juifs de Palestine seront à l’origine du rayonnement intellectuel et religieux de la ville de Safed. 
    
    l'empire ottoman 
    ● ± 1300 
    Naissance de l'empire ottoman 
    
    ● 1324 
    Le premier réel contact historique relaté entre une communauté juive et l’Empire ottoman (1300-1922) naissant consiste en la prise de contrôle, par les Ottomans, d’une synagogue à Bursa en 1324. La ville est en effet prise aux Byzantins cette année par le sultan Orhan (1281-1362), qui y installe alors la capitale du nouvel empire. Cette synagogue, surnommée "l’Arbre de Vie", sert aujourd’hui encore de lieu de culte à la petite communauté juive subsistant dans la ville – une grosse centaine de personnes tout au plus. 
    
    ● 1492 
    ➽ Population israélite estimée Palestine: 5.000 soit 3.21% 
    Le sultan Bayezid II (1447-1512), réagissant au décret d’Alhambra (31 mars 1492) expulsant les juifs d’Espagne, décidera-t-il le 31 juillet de la même année, d’envoyer la flotte de guerre ottomane afin de sauver et de ramener les juifs expulsés, les invitants à s’installer dans l’Empire. Parmi eux se trouve le rabbin Yitzhak Sarfati, juif allemand aux origines françaises - "Sarfati" signifiant "français" en hébreu - qui deviendra Grand Rabbin d’Edirne au cours de la seconde moitié du XVème siècle. Dans une lettre devenue depuis célèbre, il invite la communauté juive européenne à s’installer en territoire ottoman, affirmant que "La Turquie est une terre où rien ne manque et où, si vous le souhaitiez, tout serait bon pour vous", demandant: "Ne serait-il pas mieux pour vous de vivre sous les musulmans que sous les chrétiens?" 
    
    ● 1516 
    ➽ Population israélite estimée en Palestine: 7.000 soit 3.43% 
    Le sultan turc Sélim Ier d'Istanbul dit Soliman Ier le Magnifique conquiert la Palestine qui va devenir durant 4 siècles, jusqu'en 1917, une des provinces arabes de l’Empire ottoman, mais il laisse aux milices mamelouks le pouvoir au niveau local. Les Mamelouks conservent un rôle important dans la province, jusqu'au massacre de leurs chefs par Méhémet Ali en 1811. Intégrée dans l’empire Ottoman, la Palestine du XVIe siècle connaît, contrairement à l’Égypte, un bon développement économique. Les cités et lieux de cultes sont rénovés, y compris la façade extérieure du Dôme du Rocher, toutes les communautés voient leurs populations croître. 
    
    Quoi qu'il en soit, Le statut des minorités non-musulmanes de l’Empire Ottoman s’inscrit tout à fait dans la tradition établie dans les premiers siècles de l'Islam. Les "gens du Livre", Juifs et Chrétiens, sont toujours soumis au statut de Dhimmi. Les sultans assurent officiellement la protection de leurs sujets non-musulmans, mais ces derniers restent l’objet de discriminations qui sont maintenues ou remises en vigueur. 
    
    Un "firman" (acte du sultan) ottoman de 1602 montre très bien les obligations de l'Etat ottoman envers les dhimmi: 
    
    "Attendu qu'en accord avec ce que le Dieu Tout-Puissant, Maître de l'Univers, a ordonné dans son Livre révélé concernant les communautés juives et chrétiennes qui sont des peuples de la dhimma, leur protection, leur sécurité ainsi que le respect de leur vie et de leurs biens sont un devoir collectif et permanent pour l'ensemble des musulmans et une obligation impérative qui incombe à tous les glorieux souverains et chefs de l'Islam". 
    
    "Il est donc nécessaire et important que ma haute sollicitude inspirée par la foi veille à ce que, en conformité avec la noble shari'a, tous les membres de ces communautés qui s'acquittent envers moi de l'impôt, en ces jours de mon règne impérial et de mon bienheureux califat, vivent dans la tranquillité d'esprit et vaquent paisiblement à leurs affaires, que personne ne les en empêche ou porte atteinte à leur vie ou à leurs biens, en contravention avec la loi sacrée du Prophète". 
    Source: Juifs en terre d'islam, B. Lewis. Champs/Flammarion, p. 61. 
    
    ● 1695 
    ➽ Population israélite estimée en Palestine: 2.000 soit 0.87% 
    En 1695, le très érudit géographe et philologue hollandais Hadrian Reland effectue une visite d'étude en Palestine. Il en rapporte le constat dans son ouvrage illustré "Palestina ex monumentis veteribus illustrata" publié en 1714 qu'Avi Goldreich résume ainsi: "un pays quasiment dépeuplé où la population, en majorité juive avec une minorité chrétienne, habite les villes de Jérusalem, Akko (Acre), Safed, Jaffa, Tibériade et Gaza, les Musulmans constituant une infime minorité, pour la plupart des bédouins nomades". 
    
    Cet ouvrage confirme la période de la Palestine ottomane du XVe/XVIe siècle comme propice aux Juifs et à leur culture, mais déjà à cette époque, comme pour celle causées par les pogromes successifs du XVIIe, les vagues d'immigration qui permirent cet épanouissement étaient dues à leur persécution dans leurs pays respectifs. Ils ne venaient en Palestine que comme ultime recours à leurs malheurs et non par engouement pour une terre qui, 2000 ans plus tôt, vit naître leur communauté. Par chance, il trouvèrent chez les Turcs et Mamelouks musulmans qui régnaient sur la région, un accueil "providentiellement" chaleureux et pérenne. 
    
    ● 1700 
    Le début du XVIIIe est quelque peu tumultueux avec plusieurs tentatives de déstabilisation de la part de factions dissidentes du pouvoir et de 1740 à 1775 le nord de la Palestine est dominé par Dahir al-Umar, un chef arabe de la Syrie ottomane qui profite de l'affaiblissement de l'empire ottoman. Il développe l'économie de la région mais sera exécuté en 1775. Certains de ses partisans se rallieront aux Français de Bonaparte pendant sa campagne d'Egypte. 
    
    1800 
    ➽ Population israélite estimée en Palestine: 7.000 soit 2.55% 
    Le général Napoléon Bonaparte mène campagne en Palestine et assiège SaintJean-d'Acre. 
    
    ● 1831 
    Première Guerre égypto-ottomane puis révolte de la Palestine contre l'administration égyptienne. 10 ans plus tard, retour des Ottomans et Deuxième Guerre égypto-ottomane . 
    
    ● 1866 
    Le Suisse Henri Dunant (1828-1910), fondateur de la Convention de Genève et de la Croix Rouge, constitue "La société nationale universelle pour le renouvellement de l'Orient", et lance un appel suggérant que les colonies juives naissantes en Palestine soient déclarées diplomatiquement neutres, tout comme la Suisse. 
    
    ● 1881
    ➽ Population israélite estimée en Palestine: 43.000 soit 8.08% 
    L' assassinat du tsar Alexandre II marque le début de la première vague d’immigration juive (Première Aliyah). Des Juifs venus de Russie, de Roumanie, et du Yémen viennent s’installer en Palestine. Le baron Edmond de Rothschild se met à acheter de la terre en Palestine et finance le premier établissement "sioniste" à Rishon LeZion (trad: Le Premier à Sion). Éliézer Ben-Yehoudah, le père de l'hébreu moderne, arrive à Jaffa en septembre 1881. 
    
    Les émigrants juifs du mouvement les "Amants de Sion" marquent le début de l'Alyah sioniste. Il s'agit d'une une nouvelle immigration: celle de Juifs à la fois laïcs et nationalistes (le terme "sioniste" apparaîtra vers 1880), dont le but est de créer à terme un État pour le peuple juif, sur les terres ancestrales du peuple juif, c'est-à-dire les anciens royaumes de Juda et d'Israël. Différente des émigrations précédentes à caractère religieux et uniquement volontaire, ces Aliah sont politiques ou économiques et constituées majoritairement de réfugiés chassés par des marques d'hostilité antijuives dans leurs pays d'origine. Cela, toutefois, reste un élément de choix puisque certains choisissent de rester envers et contre tout dans les pays d'origine alors que d'autres émigrent, mais pas vers la Palestine. 
    
    Les voyageurs occidentaux décrivent la Palestine comme un pays fermé et hostile aux étrangers. Sauf à Acre qui est une "échelle" commerciale, et à Jérusalem, ville de pèlerinage, ils ne peuvent circuler qu'incognito, en habit oriental: les routes sont à peine praticables aux cavaliers tandis que les habitants, qu'ils soient musulmans, druzes ou chrétiens, les soupçonnent d'espionnage ou de sorcellerie et ils s'exposent à être pillés par les Bédouins. 
    
    Les juifs Ashkénazes originaires d'Europe centrale et orientale, les Juifs sépharades originaires d'Espagne, d'Afrique du Nord et de Turquie et les Juifs orientaux, originaires du Moyen-Orient, sont de condition modeste et se concentrent dans des quartiers à Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade. Ils ne représentent au total qu'une minorité (hormis dans ces villes). La population arabe vit à 70 % dans des petits villages dans les collines, à proximité des sources et des puits, où, métayers, ils vivent d'une agriculture traditionnelle. Les grands propriétaires terriens vivent dans les villes et, pour certains, à Beyrouth, Damas et Paris. C'est à eux, principalement, que les terres seront achetées, privant ainsi les métayers, à leur insu, de leur outil de travail. 
    
    Le sionisme moderne s'inspire fortement des idéologies socialistes et des méthodes collectivistes soviétiques en créant des collectivités semblables aux kolkhozes russes (coopératives agricoles de production qui avait la jouissance de la terre qu'elle occupait et la propriété collective des moyens de production), où tout est mis en commun au service de la communauté. Dans les campagnes, ces collectivités appelées kvoutza (trad: groupe), modernisées ensuite par le kibboutz et le mochav (trad: colonie), coexistant avec un secteur privé. 
    
    ● 1890 
    ➽ Population israélite estimée en Palestine: 43.000 soit 8.08% 
    C' est le début de la deuxième vague de la première Aliah (immigration juive) en provenance de Russie et toujours inhérente aux pogromes comptant, en tout, environ 10.000 personnes qui créent de petites colonies agricoles, surtout dans la bande côtière. Certaines deviendront des villes israéliennes au XXe siècle. Les idées de Theodor Herzl, qui entreprit un vain périple pour convaicre les notables des communautés juives de l'aider à fonder un Etat se concrétisent involontairement puisque l'arrivée de ces Juifs pourchassés n'a rien de l'élan idéaliste qu'il essaya d'insuffler. Bien qu'en public, il prétende que l'arrivée des Juifs n'apporterait que des bienfaits matériels, il est conscient du problème que pose la présence de la population arabe en Palestine, mais se garde d'en parler. 
    
    ● 1903-1914 
    ➽ Population israélite estimée en Palestine: 94.000 soit 13.64% 
    La seconde Aliah commence après les pogroms de Kichinev et compte environ 35.000 immigrants de l'Empire Russe soit des actuelles Pologne, Ukraine et Biélorussie dont, entre autres fondateurs d'Israël, David Ben Gourion. En parallèle, ces années marquent le déclin de l'empire ottoman. Tel Aviv et le premier kibboutz, Degania, sont fondés en 1909. Plusieurs autres vagues migratoires marqueront l'histoire 14 d'Israël, en particulier la cinquième qui précède la Seconde Guerre Mondiale en 1939 et la sixième qui lui succède ainsi qu'à la Shoah. 
    
    ● 1915 
    ➽ Population israélite estimée en Palestine: 94.000 soit 13.64% 
    En pleine guerre mondiale, le Royaume-Uni, la France et la Russie planifient dans le plus grand secret le partage du Proche-Orient et définissent les contours de leurs zones d’influence. Ils pensent que la Palestine est un cas particulier, du fait de l’enjeu symbolique que constituent les lieux saints, et doit bénéficier d’un "statut international". Ces messes basses aboutissent à l'accord Sykes-Picot qui redéfinit la nouvelle carte géopolitique du Moyen-Orient. La Palestine est définie comme zone internationale, comprenant Saint-Jean-d'Acre, Haïfa et Jérusalem. 
    
    ● 1917 
    Un an plus tard, Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères adresse une déclaration écrite au Baron Edmond de Rothschild au Royaume-Uni dans laquelle il promet au peuple juif, mais à certaines conditions, comme le respect des populations déjà présentes dans la région, la création d’un "foyer national juif" sur la terre de Palestine, mais il ne s’agit pas encore d’un État juif. 
    
    Lettre qui, finalement, aura bien plus d'influence qu'imaginable sur la suite des évènements puisqu'elle sera incluse, en 1923, dans les attendus du mandat Britanique sur la Palestine que la Société des Nations approuvera deux années plus tard lors de la Conférence de San Remo et qui incitera le Royaume Uni à choisir de soutenir le sionisme plutôt que "l'arabisme" dans la gestion dudit mandat.
    
     mandat britanique 1920
    ● 1920 
    A la fin de la Grande Guerre, les puissances alliées mettent en oeuvre les accords Sykes-Picot organisant le partage de l'empire Ottoman, ainsi que la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 en faveur de l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. Lors de la conférence tenue à San Remo du 19 au 26 avril 1920, les puissances conviennent de l'attribution à la France d'un mandat sur la Syrie et d'un mandat à la Grande-Bretagne sur la Mésopotamie et sur la Palestine. Cette décision est reprise aux articles 94 et 95 du traité de paix avec la Turquie signé à Sèvres le 10 août 1920, confirmée par le Conseil de la Société des Nations, le 24 juillet 1922, et entre en vigueur le 29 septembre 1923. Avant même l'entrée en vigueur du mandat, le gouvernement britannique demande la révision du texte pour rendre les dispositions relatives à la constitution d'un foyer pour le peuple juif inapplicables à l'est du Jourdain, c'est-à-dire au territoire qui constitue alors la Transjordanie, puis la Jordanie. Dès le début, les mouvements palestiniens refusent de cautionner la construction d’un "Foyer national juif" et rejettent toute participation aux institutions politiques du mandat britannique, à l’exception de la gestion des affaires religieuses. 
    
    ● 1923 
    Lors de l’officialisation du Mandat sur la Palestine, et avec la volonté de respecter les promesses formulées envers Hussein ibn Ali et le mouvement sioniste, les Britanniques scindent la région en deux parties séparées par le Jourdain: la Palestine mandataire à l’Ouest du Jourdain incluant foyer national juif et, à l’Est du Jourdain, "l'émirat hachémite de Transjordanie" dit "la Palestine Est" (Eastern Palestine en anglais). Cette séparation exclut le territoire de Transjordanie des engagements de l'empire britannique en faveur de la création d’un foyer national juif. 
    
    ● 1928 
    La commémoration par les juifs sionistes de la destruction du Temple par les Romains se radicalise et est ressentie comme une provocation par la communauté musulmane. De nombreux incidents ont lieu près du mur des Lamentations. Des rumeurs commencent à circuler, au sujet d’un complot juif, dont le but serait de s’emparer de l'esplanade des Mosquées. Elles aboutissent à des émeutes qui prennent des allures de pogrom anti-juif dans les massacres à Hébron puis à Safed où 113 Juifs sont tués et 339 autres blessés. Pourtant, l'émigration reprend, et de nombreux Juifs d’Europe centrale continuent d’arriver en Palestine, apportant des capitaux et achetant de plus en plus de terres arabes. 
    
    ● 1929 
    Le gouvernement de Sa Majesté déclare sans équivoque qu’il n’est nullement dans ses intentions de transformer la Palestine en un État juif, mais qu'il est question de voir s’établir finalement un État de Palestine indépendant. Ce projet officiel semble entraîner la fin des espoirs sionistes, et provoque une nette dégradation des relations entre l'Agence juive (créée en 1929 comme exécutif sioniste en Palestine), et le gouvernement britannique. Commence alors, et ce, jusqu'en 1947, une longue série d'attentats, de sabotages ou d'attaques variées contre les forces britanniques mandataires de la part des organisations juives armées Irgoun, Lehi et Haganah. La guerre bat son plein en Europe et, par ailleurs, certains chefs arabes tentent, en vain, au travers de rencontres avec Hitler et ses seconds, de ramener l'Allemagne nazie à leur cause. 
    
    ● 1930 
    ➽ Population israélite estimée en Palestine: 175.000 soit 19.88% 
    Publication du second Livre Blanc britannique - recueil des lois qui régissent le mandat - prévoyant de limiter pour la première fois l’immigration des Juifs en Palestine. 
    
    
    ● 1933 
    Adolf Hitler accède au pouvoir en Allemagne; l'accord Ha'avara est mis en place entre la fédération sioniste et le gouvernement allemand du Troisième Reich pour faciliter l'émigration des Juifs allemands. Une entreprise d’immigration illégale de réfugiés juifs est mise en place alors que leur nombre dépasse les quotas imposés par les Britanniques. 
    
    De 1936 à 1939, 51 nouvelles localités, créées chacune en une seule nuit, voient le jour selon le programme de l'opération Homa Oumigdal (murailles et tour). En parallèle, la révolte arabe se généralise au cours de laquelle les Britanniques et les Juifs sont visés par de nombreux attentats. En réponse, les Britanniques mènent une dure répression, et, en deux années, réussissent à vaincre et à décapiter le mouvement rebelle national palestinien. Dans la foulée, l'Irgoun entreprend des représailles et commet une série d'attentats à la bombe contre les foules et les bus arabes qui feront 250 victimes.
    
    Seconde Guerre Mondiale 1939 
    Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'armée transjordanienne connue sous le nom de Légion arabe combat en Irak et en Syrie aux côtés des forces britanniques. En 1946, l'émirat acquiert l'indépendance totale et devient le "royaume hachémite de Transjordanie". Il est admis à l'Organisation des Nations unies en 1955 et rejoint la Ligue arabe. 
    
    ● 1947 
    Le bateau Exodus est expulsé des côtes de Palestine vers l’Europe, portant à son bord 4.500 survivants de la Shoah, suscitant un important mouvement de sympathie international. Le 18 février 1947, devant l'augmentation des attentats commis par les organisations armées sionistes, les Britanniques annoncent l'abandon de leur mandat sur la Palestine et il appartient à l'ONU, successeur de la Société des Nations qui attribua ce mandat aux Britanniques, de décider des suites à donner à cette décision. 
    La résolution 181 adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies, le 29 novembre 1947, recommande le partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe. La Palestine, où vivent 1.300.000 Arabes et 600.000 Juifs, est divisée en trois entités qui doivent devenir indépendantes le 1er août 1948. Adoptée par 33 voix (dont les États-Unis et l'URSS), contre 13 et 10 abstentions, la résolution ne sera jamais appliquée. 
    
    La violence éclate immédiatement entre les Juifs et les Arabes palestiniens soutenus par des volontaires armés par la Ligue arabe. Les Britanniques décident de partir en se refusant à tout transfert organisé du pouvoir. L'indépendance d'Israël est proclamée le 14 mai 1948 et, le lendemain, les États arabes voisins entrent en guerre.
    
    Guerre de l'Indépendance 1948
    En 1948, le royaume de Transjordanie est un acteur important de la guerre israéloarabe de 1948 à l'issue de laquelle il occupe les collines de Samarie et le désert de Judée qu'il annexe et rebaptise Cisjordanie (faisant écho à la Transjordanie), de même, il avance dans Jérusalem et prend le contrôle d'une moitié de la ville (l'Est de la ville). Cette annexion est condamnée par la communauté internationale, sauf par la Grande-Bretagne. Les pays arabes ne concèdent à la Jordanie que l'administration du territoire annexé. La Cisjordanie ainsi que la moitié de Jérusalem sont occupées par la Jordanie jusqu'en 1967, lors de la guerre des Six Jours. 
    
    La guerre aura pour conséquence la conquête par Israël de la moitié du territoire assigné par l'ONU à l'État arabe. 
    
    ● 1949 
    Pour marquer ses modifications territoriales, le royaume change de nom pour devenir le royaume hachémite de Jordanie (sans le préfixe Trans-) ou plus communément, la Jordanie. Il accueille également sur son territoire plusieurs centaines de milliers de Palestiniens fuyant la guerre. 
    
    En 1951, le roi Abdallah est tué lors d'un attentat palestinien. 
    
    Après la crise du canal de Suez, le royaume se rapproche du régime de Nasser. Lors de la guerre des Six Jours en 1967, son armée est vaincue en moins de 72 heures de combats contre les Israéliens, qui s'emparent de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le royaume accueille 300 000 Palestiniens qui fuient les combats. 
    
    Face à la déstabilisation engendrée par les mouvements palestiniens et aux tentatives de putsch contre le pouvoir hachémite, le roi Hussein lance une répression massive contre les activistes palestiniens en septembre 1970 et chasse les groupes armés du pays. 
    
    En novembre 1971, le groupe terroriste palestinien Septembre Noir assassine le premier ministre jordanien Wasfi Tall. 
    
    La Jordanie ne participera pas activement à la guerre du Kippour de 1973. 
    
    Après la guerre des Six Jours, le pays perd beaucoup de son prestige aux yeux des Palestiniens qui développent "un État dans l'État". Ils mènent leur propre lutte contre Israël depuis le territoire jordanien et Israël y répond par des incursions, comme la bataille de Karameh en 1968. 
    
    En 1974, Hussein renonce à toute revendication sur la Cisjordanie et reconnait l'OLP comme seul représentant légitime du peuple palestinien, afin de calmer les revendications nationalistes palestiniennes au sein même de la Jordanie. 
    
    Cette longue saga tourmentée éveille immanquablement de nombreuses interrogations: Est-ce que la meilleure solution pour les Juifs, après la Shoah, fut la création de l'État d'Israël? La brutalité fasciste (lettre au New-York Times de Hannah Arendt et Albert Einstein) exprimée par les factions combattantes juives envers les Palestiniens au soir de la création de la nation fut-elle la juste manière d'amorcer un voisinage propice à la construction? Est-ce qu'un État fondé sur une mémoire brûlante, des récits en tension et les sables mouvants du mensonge peut un jour connaître la stabilité et la reconnaissance requise pour la paix? 
    
    Car lorsqu’une plaie suppure sans relâche, comme en témoigne l’interminable litanie des conflits ayant marqué l’histoire israélo-palestinienne, c’est que les conditions de sa guérison ne sont toujours pas réunies. Il ne suffit plus de panser les blessures en surface, c’est au plus profond du tissu sociétal et politique qu’il faut sonder les racines du mal et probablement avoir le courage de se remettre en question:
                                   
     Conflits israélo-arabe
    ● 1948 : Guerre de l'indépendance (ou Nakba pour les Palestiniens)
    ● 1956 : Crise du canal de Suez
    ● 1967 : Guerre des Six Jours
    ● 1967 : Guerre d'usure
    ● 1973 : Guerre du Kippour
    ● 1978 : Opération Litani
    ● 1982 : Première guerre du Liban
    ● 1987 : Première Intifada
    ● 1996 : Opération Raisins de la colère
    ● 2000 : Seconde Intifada
    ● 2004 : Opération Arc-en-ciel
    ● 2004 : Opération Jours de pénitence
    ● 2006 : Conflit israélo-libanais
    ● 2006 : Opération Pluies d'été
    ● 2007 : Blocus de la bande de Gaza
    ● 2008 : Guerre de Gaza
    ● 2010 : Abordage de la flottille pour Gaza
    ● 2012 : Opération Pilier de défense
    ● 2014 : Guerre de Gaza
    ● 2018 : Marche du retour
    ● 2021 : Opération Gardien des murs
    ● 2022 : Opération Aube naissante
    ● 2023 : Guerre Israël-Hamas (7 octobre)
    ● 2023 : Tensions en Cisjordanie et attaques de colons
    ● 2024 : Conflits frontaliers avec le Hezbollah
    ● 2024 : Crise humanitaire à Gaza et tensions régionales
    ● 2025 : Affrontement Israël-Iran
    ● 2025 : Opération Bouclier du désert
    
    La laïcité trahie par Begin
    Le destin de l'État d'Israël, la veille de sa création, était laïque. La religion étatique et administrative (respect du shabbat, nourriture casher...) fut imposée à Ben Gourion lui-même par les orthodoxes étasuniens comme condition sine qua non de l'appui qu'il leur demanda, craignant un manque de population pour la création du nouvel État. Ainsi, Ben Gourion — dans une logique de compromis stratégique et démographique — consent à inclure la loi religieuse dans les fondements du futur État, offrant aux partis religieux un pouvoir disproportionné dont l’empreinte se fait encore sentir aujourd’hui. Ce faisant, il trahit le destin laïque de cette nouvelle nation ainsi que ses collaborateurs et ses comparses, tous majoritairement athées, puisqu'à leurs yeux, Dieu ne les avait pas épargnés de la fureur nazie.
    
    Cette entorse va donc transformer l'Etat d'Israël en démocratie théocratique, statut qui porte une responsabilité notoire dans la radicalisation qui entretient les conflits de voisinage ainsi que la persistence de l'antisémitisme. Israël est un Etat qui pratique, encore aujourd'hui, le recensement ethnique et qui en inscrivait le détail, jusqu'en 2002, sur la carte d'identité de ses citoyens. (ex: Nationatilé: Juif) 
    
    Les habitants d'Israël ne sont pas de nationalité israélienne. 
    Le 2 octobre 2013, la Cour Suprême rendit une décision à ce propos dans l’affaire civile 8573/08 Uzi Ornan/Ministère de l’Intérieur, mettant fin à une bataille juridique de dix ans. L’arrêt traite du droit des appelants à l’autodétermination et à la détermination nationale, qui s’exprime dans le changement de la nationalité dans le registre de la population de Juif à Israélien, et il réitère ce qui fut jugé dans l’arrêt précédent, pour les mêmes motifs, de Tamarin/Ministère de l’Intérieur, à savoir, qu’il n’y a pas de nation israélienne séparée d’une nation juive, que l’existence d’une nation israélienne n’a pas été prouvée par des critères objectifs, et que depuis l’arrêt Tamarin, aucune nationalité israélienne ne s’est développée en Israël sur le plan factuel ou juridique. Cette décision, qui choque une partie de l’opinion publique israélienne, montre à quel point l’appareil juridique lui-même reste prisonnier de la définition religieuse de l’identité nationale, au détriment d’un projet de citoyenneté commune.
    
    Enfin, avec le vote de la Loi Fondamentale en 2018, je me suis longtemps demandé comment il se faisait que le radicalisme israélien soit si virulent alors que la population non-religieuse est largement majoritaire. J'ai découvert que, si l'on pose la bonne question à tout le monde — voulez-vous un pays juif ? — le sondage y répond sans aucune hésitation avec une très grande majorité de oui. En expliquant au questionnés, surtout laïcs, que leur réponse était discriminatoire et donc un tant soit peu fasciste, la majeur partie me répondait que cela n'avait rien à voir et qu'ils n'avaient aucune haine envers qui que ce soit. Il s'agit donc clairement d'une inconscience collective quant aux conséquences de leur conviction sur la gestion démographique restrictive de leur population qui doit, coûte que coûte, rester majoritairement juive pour maintenir un équilibre ethno-national et par conséquent pratiquer une ségrégation rigoureuse quoique délibérément discrète.
    
    L’Histoire en question
    L’Histoire est souvent perçue comme une mémoire collective précieuse, un outil pour ne pas répéter les erreurs du passé. Mais ses défauts, comme ceux de devenir une arme littéraire, un outil de manipulation, de ressentiment ou d’aveuglement idéologique, sont loin d’être négligeables. Comme pour honorer un texte biblique d’une violence originelle surprenante, l'Histoire semble se délecter de l'éternelle survie des premiers pas encore animalesques de l'humanité, certes évoluée jusqu'à l'écriture, mais toujours aussi fière des dieux impitoyables et vindicatifs de son premier et plus célèbre récit. De quoi se demander si les grands de ce monde, ceux qui contribuèrent vraiment à son évolution, les Colomb, Newton, Pasteur... ont vraiment mérité de naître sur cette boule, d'abord rouge de honte par son fer en fusion puis écarlate du sang de leurs congénères. 
    Indéniable projecteur sur les expériences du passé, il n'en demeure pas moins qu'elle jette, sans retenue, un éclairage cru et minutieux, avec force détails, sur les violences. D’une part, l'Histoire aseptise et déconcrétise la réalité, empêchant ainsi de la percevoir comme elle fut vécue, à l'instar d'un film en noir et blanc, et d’autre part, elle maintient en vie certains scénarios qu’il vaudrait mieux ne pas se figurer. Elle ramène de loin, de très loin parfois, telles que le feraient les chroniques de Jack l’éventreur, la laideur des humains, conservant les rancœurs, qui, des siècles durant parfois, comme ces inimitiés religieuses, savent noyauter les générations nouvelles et en tirer le plus abjecte au moment opportun. 
    Je ne suis pas le premier à m'en soucier. Paul Ricœur explique comment l’Histoire peut être instrumentalisée pour nourrir des conflits identitaires ou politiques. Il insiste sur la nécessité d’un travail critique de mémoire pour éviter les dérives. Puis Nietzsche, qui critique l’excès d’historicisme. Il y voit un danger pour la vitalité humaine, car trop de mémoire peut paralyser l’action et étouffer la créativité. Tzvetan Todorov encore, met en garde contre l’usage politique de l’Histoire, notamment lorsqu’elle est figée dans une posture victimaire ou utilisée pour justifier des actes présents.  
    Pourtant, toutes les cultures ne placent pas le passé au cœur de leur identité. Certaines sociétés dites traditionnelles, comme les Aborigènes d’Australie avec leur Dreamtime, ou les Dogons du Mali, préfèrent vivre selon des récits mythiques, cycliques, réactualisés par le rituel plutôt que par la mémoire historique. Le passé y est un présent sacré, non une ligne à dérouler. Claude Lévi-Strauss nommait ces sociétés froides, refusant le changement, non par faiblesse, mais pour préserver l’équilibre. L’Histoire, telle que nous la concevons, n’est pas l'universalité, mais une invention culturelle, un choix parmi d’autres. 
    Oui, l’Histoire, si chérie des programmes scolaires, des historiens et des nostalgiques ne serait-elle pas notre pire ennemie, la preuve du mal, tant elle évoque un diable embusqué dans le passé et toujours prêt à surgir pour rafraîchir ou affiner la mémoire des bourreaux du présent ? 
    Rien ne sert, donc, de nourrir trop de scrupules pour ce passé que parfois, il serait bon d’oublier pour mieux redémarrer. Les remords, notre mauvaise conscience ou nos peines ne les effaceront jamais. La vie ne nous est pas vendue comme sinécure et force est de savoir, un jour, passer à autre chose sans écrire autre chose et autre chose encore. Changer de cap, une fois les histoires devenues de l'Histoire, virer à bâbord ou à tribord, mais virer ces cauchemars et ces peines, sans pour autant chavirer et sombrer dans les scrupules d'avoir trop peu pensé, parlé, souffert ou payé. 
     
    C’est que l’Histoire ne raconte pas toujours : elle ordonne, légitime, gouverne. Comme le suggérait Michel Foucault, elle est aussi dispositif de pouvoir. Nombre d’États modernes l’ont instrumentalisée pour appuyer des récits fondateurs parfois fragiles. L’État d’Israël, par exemple, s’adosse à une mémoire biblique et diasporique plurimillénaire, recomposée dans une logique étatique. L’Ukraine, quant à elle, invoque les racines médiévales de la Rus’ de Kiev face à la narration russe. Ainsi, ces histoires lointaines, parfois disputées, deviennent enjeux de souveraineté contemporaine. Ricœur, moins catégorique, dirait : il ne s’agit pas d’amnésie, mais de juste distance L’Histoire ne dit pas seulement ce qui fut, elle façonne souvent ce qui est.. 
    
    Littérature
    Tu n'en reviendras pas!
    Tu sais, ici, tout le monde sourit, tout le temps. On ne peut pas s'ennuyer et c'est tant mieux car on ne dort jamais... je suppose. Tu t'imagines le temps qu'on a? En fait, le temps n'a pas vraiment d'importance vu qu’il n’est plus compté. Ben... on a pas de montres. Tout est si simple, tu n’as pas idée. Je crois que personne ne travaille et comme on ne dort pas, les logements sont inutiles. Par conséquent, on n'habite nulle part. Ça en fait des économies... En fait pas vraiment, parce qu’ici, il n’y a pas d’argent, tout est gratuit, ou offert ou... ou peut-être juste là, disponible. On n’a rien dans les poches. Pas non plus de papiers ni de clés, rien en fait. Ah oui, la journée n'a de cesse, comme cette lumière qui ne s'atténue pas, cette constante satiété qui n'impose plus de pauses, de déjeuners, ni de repas. Un peu comme une voiture lancée à l'infini, sans essence, sans chauffeur, sans but. Les délits n'existant pas, l’identité devient superflue. Les gens ne s'appellent pas ici, ils se pensent, les noms ont disparu. C’est impensable —  et pourtant. Tout baigne dans une paix sans accrocs, sans surprise, sans horreur. Il me semble bien que ce mot n'existe même pas... bien sûr que non, aucun mot n'existe, ou tout du moins n'est prononcé, puisque la parole n'a pas de son. Oui, ça c'est vraiment bizarre, les gens se parlent mais on n'entend rien, comme dans un film muet, un livre qui parle à son lecteur. Et le top, c'est que, quelle que soit ta langue d'origine, tout le monde te comprend. L’inaudible est comme traduit avant de te parvenir. En fait, je ne sais même pas, car quand j'y suis, je n’y pense pas, c’est tellement naturel que cela ne me pose aucun problème. Dans la rue... non, ce n'est pas une rue, enfin pas que je me souvienne... disons... lorsqu'on se promène je ne sais où, parce que, comme il n'y a plus de maisons, les lieux ne sont ni marqués ni signalés... non en fait, il n'y a pas d'endroits, c'est vrai... si, il y a des parcs avec des bancs, des manèges, comme dans une fête foraine, les gens s'amusent, les enfants courent partout et semblent tellement heureux. Tu parles, ils ne sont jamais seuls, et jamais en classe non plus, ils s'éclatent. Ben non, je n'ai jamais vu d'écoles. Un peu d’eau ? oui, tout de suite. Non, ne bouge pas, garde tes forces mon ami... Évidemment, à quoi servirait-elle, l’école, si on ne travaille pas. On n'a même pas besoin d'apprendre à parler, ou à lire en fait. Tu sais quoi, maintenant que j'y pense, il n'y a pas de naissances et les enfants ne grandissent pas, il me semble, les gens sont comme ils sont, mais je ne suis pas sûr qu'ils sachent pourquoi, ni comment. Ils sont et c'est tout. D'ailleurs, on n'y pense pas vraiment, on se contente de se promener. Il fait toujours beau, ni trop chaud, ni trop froid, ça évite aussi d'avoir une garde-robe. De toute façon, sans maison, tu les mettrais où les vêtements. Tu sais, j'aurais dû faire le contraire, te raconter tout ce qu'il y a, au lieu d’énumérer tout ce qui manque. C'aurait été plus court. En fait c'est tout, il y a nous, les gens et des espaces paisibles et accueillants qui se ressemblent tous. Pas d'ordinateurs, pas de télés, pas de cinés. On rencontre plein de monde, mais j'ai remarqué qu'on ne croise jamais les mêmes personnes. Je crois même que c'est normal puisqu'on passe sa vie à se promener et qu'en fait, on ne s'assoit jamais au même endroit. En revanche tout le monde se parle comme si tous se connaissaient. En te le racontant, là, maintenant, je me rends compte qu'on ne sait rien d'autre. Qu'on ne sait pas ce qu'on y fait, combien c'est grand, pourquoi parfois j'y suis et pourquoi parfois je suis ici, avec toi, à te raconter ma vie. C’est un pays sans nom je pense, sans odeur, sans son, ça c'est sûr. Parfois je me demande s'il existe vraiment. D'un autre côté, si je te le raconte, c'est que je le connais, et je suis même convaincu que tu t’y plairais. Tu es mon meilleur ami et j’aimerais tant... tu dis quoi ? Attends, regarde-moi. Regarde-moi, je te dis, ouvre les yeux. Ouvre tes putains d’yeux, bordel ! Comment ça tu y es, tu es où... Tu es où ? Mais alors quoi ? ça y est, tu es... Oui, je te vois. Je suis tellement heureux de te rev... D’accord, je te le promets, on ne se quittera plus. On va faire gaffe de pas se perdre à nouveau parce que tu sais, ici, c'est très grand, c'est immense. Oui, je sais, on peut toujours se retrouver par la pensée, c'est pratique. Bienvenue, alors, mon frère. Comment te sens-tu ? Mieux ? Je veux bien te croire, tu en as bien bavé... cette maudite blessure, cette putain de guerre nous a tous malmenés, et pourquoi, dis-moi, pour rien, pour rien, tu sais... Total, cinquante ans après, rien n’a changé, tu vois bien, ils se mettent toujours sur la gueule... Ben voilà, ici, tu as fini de souffrir... Quoi ? Tu es heureux d'être ici, avec moi... tu as rêvé que je te racontais où j’étais... Dans ce cas, j’ai dû aussi te dire que tu n'en reviendrais pas... de ce pays sans nom. 
    If
    text original de Rudyard Kipling
    If you can keep your head when all about you
    Are losing theirs and blaming it on you,
    If you can trust yourself when all men doubt you,
    But make allowance for their doubting too;
    
    If you can wait and not be tired by waiting,
    Or being lied about, don't deal in lies,
    Or being hated, don't give way to hating,
    And yet don't look too good, nor talk too wise:
    
    If you can dream - and not make dreams your master;
    If you can think - and not make thoughts your aim;
    If you can meet with Triumph and Disaster
    And treat those two impostors just the same;
    
    If you can bear to hear the truth you've spoken
    Twisted by knaves to make a trap for fools,
    Or watch the things you gave your life to, broken,
    And stoop and build 'em up with worn-out tools:
    
    If you can make one heap of all your winnings
    And risk it on one turn of pitch-and-toss,
    And lose, and start again at your beginnings
    And never breathe a word about your loss;
    
    If you can force your heart and nerve and sinew
    To serve your turn long after they are gone,
    And so hold on when there is nothing in you
    Except the Will which says to them: 'Hold on!'
    
    If you can talk with crowds and keep your virtue,
    ' Or walk with Kings - nor lose the common touch,
    if neither foes nor loving friends can hurt you,
    If all men count with you, but none too much;
    
    If you can fill the unforgiving minute
    With sixty seconds' worth of distance run,
    Yours is the Earth and everything that's in it,
    And - which is more - you'll be a Man, my son!
    
    Adaptation française d'André Maurois
    Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
    Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
    Sans un geste et sans un soupir ;
    
    Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
    Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
    Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
    Pouvant lutter et te défendre ;
    
    Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
    Travesties par des gueux pour exciter des sots,
    Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
    Sans mentir toi-même d’un mot ;
    
    Si tu peux rester digne en étant populaire,
    Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
    Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
    
    Si tu sais méditer, observer et connaître,
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
    Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
    Penser sans n’être qu’un penseur ;
    
    Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
    Si tu peux être brave et jamais imprudent,
    Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
    Sans être moral ni pédant ;
    
    Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
    Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête
    Quand tous les autres les perdront,
    
    Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
    Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
    Tu seras un homme, mon fils.
    
    Adattamento italiano di Willy Bohane: Se
    Se rimani sereno e ragioni
    Quando altri perdono la testa, senza eccezioni;
    Se, messo in dubbio, hai fiducia in te
    Ma sai ricordare quanti diffidano di te;
    
    Se sai aspettare senza mai stancarti,
    Udire calunnie su di te e non nasconderti,
    O, soffrendo l'odio, senz'alcun rancore
    Dimostrarti fermo e senza timore;
    
    Se puoi sognare senza che il sogno diventi padrone,
    Se puoi pensare senza che l'idea superi lo sprone,
    Se puoi costeggiare Trionfo e Rovina
    E spiegare a quei impostori chi davvero domina;
    
    Se puoi udire le tue parole o fatti
    Distorti da furbi per distrarre stolti,
    O se puoi stare calmo quando tutto crolla
    E da capo ricostruire, senza un'altra parola,
    
    Se sai meditare, osservare e conoscere
    Senza divenire scettico o distruttore;
    Se puoi essere duro ma mai arrabbiato,
    Se puoi essere bravo ma non insensato,
    
    Se sai essere saggio ed amicale
    Evitando di fare troppa morale;
    Se non ti lasci infliggere ferite,
    Se tutti contano, ma non sono tutto per te;
    
    Se riesci, di cento partite a perdere il frutto
    Senza un gesto, senza un rimpianto;
    Se puoi invogliare la folla restando umile,
    Fiancheggiare i re stando affabile,
    
    Allora il mondo, di più, tutto l'universo
    Sarà tuo per sempre e te lo confesso,
    Ciò che vale di più della gloria o di quel binomio
    E' che sarai un Uomo, figlio mio!
    
    le mariage juif
    Cher ami, 
                
    Je ne viendrai pas au mariage de ta fille. Je te prie de ne pas m’en tenir rigueur, ni de le considérer comme un manque de respect. Une fête "genus separatim" va à l'encontre de mes convictions et représente une offense à ce que la Nature nous a offert de plus précieux, sa volonté. 
    
    Le genre humain, par sa seule existence, rappelle que l’un et l’autre sont indispensables à la perpétuation de la vie. Les séparer — même symboliquement — revient à nier cette évidence, un affront discret mais réel à l’ordre naturel. "Chasse le naturel, il revient au galop", parce que rien ne résiste à la Nature. Tout ce qu’on érige contre elle s’effrite : le mur de Berlin a cédé devant la fraternité des peuples, le communisme devant l’instinct de compétition... 
    
    Depuis la nuit des temps, les hommes et les femmes dansent ensemble pour célébrer, se regardent pour se comprendre, se mêlent pour se rassurer, s’accouplent pour donner la vie, se regroupent pour réchauffer leurs corps et leurs âmes. Tu sais que je fais partie de ceux qui accueillent l’univers tel qu’il se livre — sans condition, sans dénégation, sans combat. Je ne conteste pas les lois fondamentales : je m’en émerveille. Ce besoin inné de promiscuité fait partie de nos êtres et ne peut souffrir des leçons d’une poignée de Juifs trop haut perchés dans un radicalisme extrême. Il n’a que faire de putschs sur les millénaires d’évolution. La Nature a décidé que, dans tous les cas, en toute circonstance, hommes et femmes se blottiront pour s’aimer, se reproduire et exister. Ainsi fut et ainsi sera certainement jusqu’à la fin.
                
    Cette séparation sonne donc bien trop faux, dans ma tête. Surtout pour un mariage, symbole de l’union des genres. Elle me choque, me gifle, me heurte. Depuis quand les joies doivent-elles séparer les mères de leurs enfants, les maris de leurs épouses, les frères de leurs sœurs, les Valentin de leurs Valentine? Ne nous serine-t-elle pas que les guerres le font mieux que quiconque, les disputes aussi, les familles dévastées par l'argent ou la haine, les catastrophes naturelles, les trains en partance, les vacances terminées, la marine marchande, les déménagements... N’ajoutons pas de murs là où les ponts s'imposent. J’ai eu ma dose d’au-revoir, de saluts, de regards perdus dans les distances impalpables, de signes de la main et de larmes qu’on n’ose pas sécher de peur d’oublier pour de bon.
    
    Non, l’ami, les fêtes ne doivent pas séparer. Elles préfèrent la chaleur du présent à la promesse du lendemain, le parfum du toujours à l’attente du retour.
            
    Passion de citation
    ● Aie le courage d'utiliser ton propre entendement. (Kant)
    
    ● Verba volant, scripta manent.
    
    ● L'espoir est un poison qui vous maintient en vie.
    
    ● Toute cruauté naît de la faiblesse. {Lucio Anneo Seneca}.
    
    ● Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons. (Freud)
    
    ● Ne pas reconnaître ses failles, c’est laisser aux détracteurs le loisir de le faire. (Elodie Bloch)
    
    ● Ce qu'on te reproche, cultive le , c'est toi. (Jean Cocteau)
    
    ● Never argue with stupid people, they will drag you down to their level and then beat you with experience. (Mark Twain)
    
    ● Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. (Alphonse de Lamartine)
    
    ● Offrir l'amitié à qui veut l'amour, c'est donner du pain à qui meurt de soif. (Proverbe espagnol)
    
    ● Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. (Antoine De Saint-Exupéry)
    
    ● Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l'avenir. (Jean Jaurès)
    
    ● La véritable indulgence consiste à comprendre et pardonner les fautes qu'on ne serait pas capable de commettre. (Victor Hugo)
    
    ● Il n'y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat. (Jean-Jacques Rousseau)
    
    ● La vie est trop courte pour la passer à regretter tout ce qu'on n'a pas eu le courage de tenter. (Marie-Claude Bussières)
    
    ● L’ignorance porte à croire et à prier, la connaissance à prier de croire. (Willy Bohane)
    
    ● Il faut une encre pour délimiter les proporiétés, ou celle du cadastre, ou le sang. (Willy Bohane)
    
    ● Mes opposants m'instruisent. (Montaigne)
    
    ● Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur. (Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais)
    
    ● N'aie surtout besoin de personne, personne n'en a besoin. (Need nobody, nobody needs it)
    
    ● Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer. (Evelyn Beatrice Hall)
    
    ● Quand je me regarde je me desole, quand je me compare je me console. (Charles-Maurice de Talleyrand)
    
    ● La seule chose qui permet au mal de triompher c'est l'inaction des hommes de bien. (Edmund burk)
    
    ● Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. (François Rabelais)
    
    ● La fatalité c'est l'excuse des âmes sans volonté. (Romain Roland)
    De l'hébreu dans l'anglais
    À force d'enseigner l'hébreu, l'anglais, le français et l'italien, j'ai remarqué certaines similitudes orthographiques et syntaxiques surprenantes entre l'hébreu et les autres langues avec un accent particulier sur la grammaire anglaise, dont les exemples suivants ne sont pas exhaustifs:
    ● L'infinitif des verbes hébraïques commence toujours par un LAMED (ל). En outre ce LAMED sert aussi de préposition directionnelle. Il en est de même en anglais. 
    ● L'infinitif anglais est précédé de la préposition TO (to go, to eat, to see...) et ce même TO sert aussi de préposition directionnelle. (I go to school, he moves to London)
    ● Il existe en hébreu, la possibilité de contracter les locutions qui s'apparentent au "complément de nom". Ainsi la locution "IRYIA SHEL TEL-AVIV" va se contracter en "IRYIAT TEL-AVIV". Cette faculté, désignée par le terme "genitive case" existe aussi en anglais et a exactement la même fonction. Ainsi, "the car of daddy" va pouvoir se contracter en "daddy's car".
    ● L'impératif de la première personne du pluriel (nous), n'existe pas en hébreu. Ainsi la locution "Allons enfants de la patrie", est indicible. Pour avoir un équivalent, il faut utiliser un subterfuge comme le mot HAVA devenu célèbre grace à la fameuse chanson hébraïque "HAVA NAGILA" qui se traduit par "réjouissons-nous". De même en anglais. Il faudra utiliser une formule similaire comme "LET US" pour conjuguer la première personne du pluriel, obtenant ainsi "LET US ENJOY" comme équivalent.
    ● Le verbe POUVOIR n'a pas d'infinitif en anglais, ainsi on ne pourra pas dire "TO CAN" mais seulement "CAN". Et il en est de même en hébreu pour l'équivalent "YAKHAL" qui est le seul verbe à ne pas avoir d'infinitif dans les 3 groupes de verbes actifs.
    ● Et puis évidemment, de très nombreux exemples de "glissements" de mots insoupçonnés de l'hébreu vers les autres langues, dont voici quelques spécimens. Dans certains de ces mots, qui ont évidemment le même, ou presque le même, sens dans les deux langues, les consonnes peuvent changer de place pour s'adapter aux différents accents et défauts de prononciation comme la dyslexie (ce phénomène est appelé "metathesis") comme dans l'hébreu DaRGa qui devient GRaDe, ou encore comporter la lettre N, originellement inexistante (phénomène appelé "nasalisation") comme dans l'hébreu ATiK qui devient ANTiQue:
    
    PARASHA (commentaire) פרשה > prêche, preaches
    ELITE עלית > élite, elite
    MISTORIN מסתורין > mystère, mystery
    NIRDAM נרדם > endormi
    SIFRA סיפרה > chiffre
    MAGNIV מגניב > magnifique, magnificent
    DEREG (classement) דרג > degré, degree
    DARGA דרגה > grade, grade
    ATIK עתיק > antique, antique
    ARNAK (bourse) ארנק > arnaque
    LEVALBEL (confondre) לבלבל > bouleverser
    AVIR אויר > air, air
    LEVARER לברר > avérer/vrai
    GLIDA גלידה > glace
    PEN פן > peine, penalty, sous-peine de
    SHEIROUT (service) שירות > charité, charity
    OURLA (prépuce) עורלה > ourlet
    PIRESH (commenter) פירש > phrase, phrase
    MAR מר > amer
    LAKA לקה > ----, lack
    KHARED חרד > craindre
    KOROT (-HAIM) קורות-חיים > curriculum
    TOR תור > tour (:à mon tour)
    PARATZ פרץ > une percée
    MASSEKHA מסכה > masque
    PARATZ פרץ > percée
    OUVDAH עובדה > evidence,évidence
    
    Fort de ces découvertes, je me mis en quête d'origines plausibles de ces incidences et tombai rapidement sur nombre d'érudits ayant étudié et écrit sur les origines hébraïques de l'anglais. Thèses certes, pas toujours très bien acceptées dans le monde de la linguistique, mais quand même toujours solidement étayées. Il est possible que, par manque de preuves historiques, l'explication d'une telle intrication ne soit jamais mises à jour, nonobstant, sa profondeur reste troublante et dénote, quelque soit sa forme et son époque, une énorme influence de l'hébreu sur certaines langues européennes, et en particulier sur l'anglais.
    
    Ils diront que cela ne peut pas être traduit dans notre langue, c'est tellement rude. Ce n'est pas si rude, car ce sont de faux menteurs. . . . Les propriétés de la langue hébraïque s'accordent mille fois plus avec l'anglais qu'avec le latin.
    William Tyndale, Preface to The Obedience of a Christian Man (1528)
    
    Avec ces mots, l'érudit protestant du XVème siècle qui parlait parfaitement l'hébreu, le grec, le latin, l'espagnol et le français, William Tyndale signala le début d'une relation spéciale entre la langue hébraïque et anglaise. Sa traduction du Pentateuque en 1530, la toute première traduction anglaise de l'hébreu, constitua le tissu de la Bible du roi James (1611) et donna une qualité hébraïque à la syntaxe et à la phraséologie littéraire et religieuse anglaise sans parallèle dans toute la culture européenne.
    
    A la fin du XIXème siècle, Noah Webster, lexicographe, réformateur orthographique, journaliste et écrivain américain, traça dans son dictionnaire "A Compendious Dictionary of the English Language" de nombreux mots anglais outre ceux allemands, français, latins et grecs jusqu’à leur origine sémitique sans que personne ne trouve à redire car tous les érudits de l'époque semblaient être d'accord sur le fait que l'hébreu était bien la langue maternelle.
    
    Au XIXème siècle, le chanoine Samuel Lysons, antiquaire précurseur de l'Israélisme Britannique, trouva dans l'anglais plus de 5000 racines hébraïques dont la liste est exposée dans son livre : Nos ancêtres britanniques et publiquement disponible en cliquant le titre. Le WELSH (gallois) aujourd'hui la langue celtique la plus parlée, ressemble tellement à l'hébreu que la même syntaxe peut être utilisée pour les deux., explique-t-il aussi.
    
    Dans le cours n° 19 du site www.british-israel j'ai trouvé une autre petite liste de concordances. Intéressante dans le point 4 en particulier, l'origine des terminaisons en "EY" de noms d'endroit, en Ecosse et Irlande, qui viendrait de אי qui signifie ÎLE en hébreu et qui suggérerait une présence relativement importante de cananéens dans les Iles Britanniques ou tout au moins une influence non indifférente de cette zone méditerranéenne. Il n'existe aucune trace concrète de ce périple mais les indices linguistiques ne peuvent laisser indifférents et leur origine à certainement une raison logique vu que L'anglais est une langue relativement jeune de seulement 1500 ans. Je les reporte ici en langue originale en y ajoutant la racine hébraïque et de façon plus ordonnée que sur le site lui-même:
    The hebrew word for Festival is "MOED (מועד )". The annual Scottish Gaelic musical festival is known as the "MOD"
    Another hebrew word for "Fest" is "CHAG (חג )". The Scotch and Gaelic dance is called a "JIG".
    
    CAIRN is the Irish pronunciation of the hebrew QRN (קרן ), meaning a "horn" which a CAIRN resembles in appearance. From this root the name of the Irish and Scottish hand-mill, the QUERN is derived; so called because the bottom stone is, at the top, in form of a horn on which the upper stone revolves.
    
    Professor Robert Graves in 1855, speaking about an island at the mouth of the Kenmare River in Ireland, said that The obvious and certain derivation of this name is Durs-ey, i.e. the 'Island of Dur', DUR meaning water. The suffix "EY (אי )" meaning "island" in hebrew is found in many names of British Islands such as Dalkey, Ireland's Eye, Lambay on the Irish coast, Anglesey, Orkney, Eday, Sanday, Bressay, Housay, Neay, Oxney (Isle of Oxen), Stokesay, Sheppey, Colonsay, Oronsay, Bardsey, Lundy, Guernsey, Jersey, Alderney, Menai and Thorney.
    the English "Rabbit" comes from the Hebrew "ARNBiT (ארנבת )" (hare), the R and A reversed by metathesis
    the "Adder", the snake from "ATaR (אתר )" (to encircle)
    the "Kitten" from "QuiToN (קטן )" (a little one)
    "Camel" from "GaMaL (גמך )" (camel)
    "Pig" from "PiGGuL (פיגול )" (abomination, rottenness)
    Pelican" from "PeLeG (פלג )" (a stream)
    Raven" and "Robin" come from "OReB (עורב )" (raven)
    "Crow" or "Rook" from "QRAW (קרא )" (to call)
    "Egret" from "AGUR (עגור )" (a crane)
    "Crane" from "GaRoN (גרון )" (a throat)
    "Swallow" from "SaLO (שְׂלָו )" (quail)
    "Eagle" from "AKuL (אוכל נבלות)" (a devourer)
    "Fish" from "NePHeSH (נפש )" (living creature)
    "Crab" from "AQRaB (עקרב )" (Scorpion)
    "Crayfish" from "ECVIS (עכביש )" (spider)
    "Moth" from "MEAT (מעט )" (little)
    "Worm" from "ORM (ערום )" (naked)
    "Gnat" from "NaD (מד )" (to fly)
    "Buzz" from "ZEBUB (זבוב )" (fly)
    "Branch" from "BRaCH (ברח )" (to reach across)
    "Gum" from "GaM (גם )" (to join together)
    "Ash" from "ETS (עץ )" (tree)
    "Elm" from "ALoN (אלון )" (an oak)
    "Cypress" from "GOPHeR (גופר )" (wood of Noah's ark)
    "Holly" from "HoLLeL (הלל )"(pierces")
    "Cabbage" from "QaBaZH (קבץ )" (to gather together)
    
    Il s'avère qu'un nouveau mouvement appelé «Edenics» affirme que l'anglais moderne est simplement un dérivé de l'hébreu biblique. En fait, les partisans de cette théorie affirment que toutes les langues humaines sont simplement des branches de l'hébreu et prétendent avoir des milliers d'exemples pour le prouver.
    
    À première vue, l’idée apparaît absurde. L'anglais et l'hébreu semblent totalement différents et presque tous les mots équivalents sont phonétiquement très éloignés. Par exemple:
    Chien: Kelev
    Chat: Khatul
    Chaise: Kisseh
    Maison: Bayit
    
    En outre, comment une langue européenne moderne créée au cours des derniers millénaires pourrait-elle avoir quelque chose à voir avec une ancienne langue sémitique du Moyen-Orient, établie il y a des milliers d'années? L'anglais est une langue germanique occidentale introduite en Grande-Bretagne par les envahisseurs allemands il y a environ 1500 ans. L'allemand provient du latin, langue italique elle-même dérivée du grec et du phénicien. Ceux-ci, à leur tour, appartiennent à ce qu'on appelle la superfamille indo-européenne. L'hébreu, en revanche, est un dialecte sémitique occidental appartenant à la superfamille afro-asiatiques. En bref, l'anglais et l'hébreu proviennent, selon les schémas classiques et reconnus, de deux sources complètement différentes.
    
    D'autre part, si le minuscule israélitisme, un petit culte tribal de la Méditerranée orientale à l'époque de l'Antiquité, fut suffisamment influent pour créer deux grandes religions du monde, le christianisme et l'islam, alors qui sait? Et en effet, une brève enquête sur les documents pertinents semble démontrer que des dizaines, voir des centaines de mots hébraïques partagent une étrange ressemblance.
    
    Selon la Bible hébraïque, toute l'humanité parlait une seule langue, jusqu'à ce que "Dieu" confonde leur discours pour les empêcher de construire la tour de Babel. Au cours du siècle dernier, l’establishment linguistique rejeta le mythe d’une langue maternelle unique pour tous les peuples, estimant que les langues se développèrent indépendamment selon les régions du globe. Mais au cours des deux dernières décennies, les choses ont progressivement changé.
    
    Le regretté Joseph Greenberg, de l'Université de Stanford, fut le premier à affirmer que des centaines langues apparemment sans rapport, étaient en réalité des dialectes de plusieurs «super-familles» linguistiques. Puis, à la fin des années 1980, le linguiste russe Vitaly V. Shevoroshkin, enseignant à l'Université de Michigan, commença à propager l’idée qu’il existait la preuve d’un seul langage primordial à partir duquel tous les autres étaient dérivés. En fin de compte, toutes les langues, à peut-être quelques exceptions près, sont liées, aurait-il déclaré. Cette pensée se propagea et devint l'école de pensée "Nostratic".
    
    Une importante étude analysant plus de 500 langues a récemment été publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences à l’appui de la théorie. L'étude, co-écrite par le Dr Quentin Atkinson de l'Université d'Auckland et le Dr Mark Pagel de l'Université de Reading, au Royaume-Uni, conclut qu'il existe bien des évidences d'une origine unique du langage, qu'il expose d'ailleurs amplement dans un article du New York Times.
    
    Isaac E. Mozeson, conférencier en littérature et judaïque d'origine américaine, est un gourou d'Edenics et se déclare fondateur, chercheur en chef et éditeur de l'idée. Dans deux livres sur le sujet,
    The word: (1989), dictionnaire qui révèle les racines hébraïques de l'anglais , un livre de 300 pages contenant quelque 20 000 mots liés anglais-hébreu.
    The Origin of Speeches (2006), dans lequel des mots de plusieurs langues sont connectés à l'hébreu.
    
    Il affirme, entre autre, et sans l’approbation de "l’establishment" de la linguistique, que l'hébreu est la racine de toutes les langues et réussit à rassembler une douzaine d'individus venus du monde entier, qui partagent son point de vue. Tous croient à la théorie édénique et cherchent à faire connaître ce qu’ils considèrent être les racines hébraïques de leur langue maternelle. Au total, lui et son équipe affirment avoir cartographié les racines hébraïques de plus de 60.000 mots de dizaines de langues. Le principe maître réside dans la très faible probabilité que deux mots de deux langues différentes avec le même sens comportent les mêmes trois consonnes. (pour 20 consonnes les chances sont égales à 1 sur 8 000 soit (20 x 20 x 20)
    Eye: Ayin
    Twin: Teum
    Tour: Toor
    Fruit: Feyrot
    Cry: Kria
    Evil: Avel
    Lick: Likek
    Scale: Shakel
    Earth: Aretz
    Wine: Yayin
    Direction: Derech
    Source: Shoresh
    Idea: Yidea
    Agony: Yagon
    Regular: Regel
    Ashamed: Ashem
    Boor: Bur
    Yell: Yilel
    Mirror: Marah
    
    Une racine hébraïque peut aussi générer une famille entière de mots, comme c'est souvent le cas en hébreu. Le mot hébreu MONEH (compter, racine MN) en est un exemple. On trouve le dérivé hébraïque maMoN pour l'anglais MoNey ou haMoN pour MaNy, le mot hébreu MiNyan ou les mots anglais MiNus, diMiNish, NuMber et MiNi.
    
    La théorie est étendue à d’autres langues. Le mot hébreu DeRech (voie / route) avec sa racine DRH, se trouve également dans "daRoga" (russe), "DeRecho" (espagnol), "DuRch" (allemand) et "DoRo" (japonais). En passant, les lettres DR inversées par la metathesis, donnent le mot anglais RoaD. Ainsi on trouve aussi la racine hébraïque de ShoMeR (gardien) dans le mot japonais SaMuRai (la garde royale de l’empereur).
    
    Pour un érudit à la théorie abstruse, la férocité des attaques contre Mozeson semble disproportionnée. Son travail a été qualifié dans les cercles académiques et populaires de "plaisanterie", de "pseudo-science", de "régression fictive", de "honte", de "bêtise", de "flagrante ignorance", de "ridicule" et même de "dangereux". Les critiques de lecteurs d'Amazon l'ont carrément invité à «arrêter immédiatement son travail» et à «laisser la linguistique à de vrais linguistes».
    
    Je ne connais aucun universitaire respecté qui accepte la théorie de l’Edenics, écrit par email Mark Liberman, du département de linguistique de l’Université de Pennsylvanie. Liberman qualifie la théorie de Edenics d'étymologie de manivelle. Sa théorie semble être que Dieu était une sorte de pitoyable cryptographe, qui n'a créé aucune langue après Babel, mélangeant simplement les anciennes pour que Mozeson puisse les décrypter, ajoute Liberman. Mozeson n'est pas le premier à exposer des théories excentriques sur l'étymologie. Goropius Becanus, qui émit l’hypothèse que le "brabantic anversois", parlé dans la région située entre l’Escaut et la Meuse, était la langue originale parlée au paradis.
    
    Pour Liberman, les connexions de mots trouvées par Mozeson sont principalement des coïncidences. Par exemple, selon le Oxford English Dictionary, le mot "eye" de l'anglais moderne provient du vieil anglais "éage", correspondant à l’âge du frison ancien, du ôga vieux saxon, de l’ouga vieux allemand, de l’auga vieux nordique et de l’augo gothique. En même temps, le "fruit" anglais est issu du l’ancien "fruit" français, et du latin "frūctus". Dans ces cas, les formes antérieures, bien documentées, sont beaucoup moins similaires aux prétendus mots apparentés à l'hébreu. En ce qui concerne ‘vin’, il peut y avoir un lien, mais même s’il existe, la direction n’est pas claire. Des preuves solides issues de l’archéologie et de la biologie ainsi que de la linguistique historique confirment que la théorie de Mozeson n’est pas étayée. En outre, M. Liberman déclare sa méthodologie peut être utilisée pour prouver que toute langue choisie au hasard est parente de toutes les autres langues.
    
    Le support le plus important pour le travail de Mozeson est peut-être celui de Cyrus H. Gordon, expert mondialement reconnu en sémiotique et spécialiste des langues anciennes, de la New York University. Dans une note personnelle adressée à Mozeson en 1987, Gordon écrivait: Votre travail est rempli de comparaisons intéressantes - beaucoup d’entre elles sont nouvelles pour moi. Le sujet a une énorme bibliographie... Vous devez savoir que, jusqu'aux siècles récents, l'hébreu en tant que langue d'origine et mère de toutes les langues était un point de vue largement partagé par les intellectuels. Gordon regrettait de ne pouvoir soutenir publiquement les travaux de Mozeson, affirmant qu’une telle démarche mettrait en péril la carrière des étudiants auquels il octroya leur doctorat.
    
    En parallèle, certains érudits comme Martin Bernal, professeur émérite d'études sur le Proche-Orient à l'Université Cornell, penchent pour une origine grecque de l'hébreu. Dans son célèbre ouvrage Black Athena - Les racines afro-asiatiques de la civilisation classique (1987), il écrit: J'ai trouvé ce qui me semblait présenter un certain nombre de similitudes frappantes entre l'hébreu et le grec.
    
    Cinq ans plus tôt, en 1982, un linguiste autodidacte Joseph Yahuda publie un volume de 680 pages intitulé Hebrew Is Greek. Saul Levin, du Département des langues anciennes de l’Université de New York, en écrit la préface: Le livre de Yahuda fournit une preuve accablante que l’hébreu biblique est un grec camouflé.
    
    L'un n’empêche pas l'autre. L'Hébreu peut très bien avoir amplement participer à l'élaboration de langues européennes tout en étant d'origine grecque. La naissance de l'israélitisme sur les Hautes Terres de Canaan au beau milieu de populations cananéennes, phéniciennes, philistines et assyriennes, elles-même fortement imprégnées de la culture grecque, implique que l'hébreu ne soit pas un dialecte né de nulle part.
    
    Quant à une présence cananéenne/judéenne sur les Iles Britaniques, elle n'est pas impossible. L'exil d'une partie des judéens après la chute du premier temple n'exclut aucunement la migration d'une autre partie de cette population malmenée vers des terres moins tourmentées et peut-être, qui sait, promises à une certaine quiétude. Il n'est pas non plus absurde que l'influence de l'hébreu sur l'anglais, le latin et les langues qui en dérivent soit aussi, en partie, d'ordre strictement religieux. Les églises avaient une influence notoire sur la population à l'époque et l'utilisation de certains termes hébraïques dans les prêches, les conversations ou les cours de religion on pu aussi jouer un rôle déterminant dans cette infiltration.